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Le président guinéen Alpha Condé fait une déclaration à l'ouverture d'une conférence internationale sur l'émergence du continent africain, le 28 mars 2017 à Abidjan | AFP | SIA KAMBOU
Le président guinéen Alpha Condé fait une déclaration à l'ouverture d'une conférence internationale sur l'émergence du continent africain, le 28 mars 2017 à Abidjan | AFP | SIA KAMBOU

Alpha Condé a fort à faire avec le mercure social qui ne cesse de grimper

Le roi de Syracuse, Denys l’ancien, avait un courtisan nommé Damoclès. Ce dernier le complimentait sans cesse sur le train de vie qu’il menait, et lui disait qu’il enviait sa situation.

Pour montrer à ce courtisan que les choses n’étaient pas aussi simples, et que s’asseoir sur le trône n’était pas sans danger, Denys l’ancien organisa un grand banquet et installa Damoclès à la place habituellement réservée au roi. Au milieu du festin, le courtisan leva la tête et s’aperçut qu’une énorme épée, qui ne tenait qu’à un fil, était suspendue au-dessus de sa tête. Il passa ainsi l’une des plus mauvaises soirées de sa vie, craignant à chaque instant que l’épée ne lui tomba dessus.

Depuis le XIXe siècle, on parle d’une « épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de quelqu’un », pour décrire une situation particulièrement dangereuse et pénible.
Beaucoup de signaux semblent l’indiquer : la décrispation politique obtenue, entre autres grâce à l’entregent du ministre d’Etat Tibou Kamara, est sur le point de prendre fin. Les discours au vitriol refont surface dans le débat politique, tandis que l’on bande les muscles dans la perspective d’affrontements que les uns et les autres croient inéluctables. Les gros nuages qui s’amoncellent au-dessus du pays sont en train de recouvrir, peu à peu, les espoirs que la détente avaient suscités.

Une sombre perspective surtout pour celui qui tient actuellement les leviers du pouvoir. Ce que leurs contempteurs appellent un « deal » entre le président de l’UFDG et lui, a mis en veilleuse les manifs de l’aile dure de l’opposition.

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Au moment où le président Alpha Condé a fort à faire avec le mercure social qui ne cesse de grimper. Alors que le moral, le portefeuille et le panier des Guinéens et des Guinéennes sont en berne, le plus petit incident ou la moindre manifestation de rue est l’occasion rêvée pour maints citoyens d’exprimer leur ras-le-bol. A Conakry et dans l’arrière-pays, les actes d’incivisme notoires, les lynchages en live et autres vandalismes scandaleux se multiplient au gré des humeurs et des rumeurs. De plus en plus, les Guinéens ont le sentiment de vivre dans une société qui marche sur la tête, habituée à flirter de façon vénielle avec le désordre et l’impunité.

Trop de vers à l’hameçon … 

Certainement de bonne foi, et animé d’une réelle volonté de marquer d’une empreinte indélébile son passage à Sékhoutouréya (dans le bon sens, bien sûr), le président Condé ne s’en rend pas peut-être compte. Sept ans après son avènement à la tête du pays, les effets d’annonce n’accrochent plus. Le show ne fait plus recette. Les promesses qu’il ne cesse d’égrener ne font plus rêver.

Au contraire, cette propension à promettre monts et merveille chaque fois qu’il est en face d’une foule, commence à susciter des inquiétudes. Certains y voient de la légèreté, quand d’autres pensent que c’est là autant de vers qu’il accroche à son hameçon pour pêcher le maximum de voix, dans la perspective d’un … troisième mandat !

Cette histoire de troisième mandat est une véritable épée de Damoclès au-dessus du président Alpha Condé.

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S’engager, pour briguer un troisième mandat, dans la voie d’une violation ou d’une modification de la constitution, voire le vote à travers un référendum d’une nouvelle loi fondamentale qui rendrait caduque la présente, c’est prendre le risque d’être emporté par une insurrection populaire.

Au cas où il n’aurait pas de telles velléités, déclarer maintenant, officiellement, qu’il ne sera pas candidat en 2020 n’est pas non plus sans danger. Avec un parti qu’il a réussi jusque là à tenir en laisse, en exacerbant les ambitions, en jouant les uns contre les autres pour faire sa pelote, les choses pourraient se compliquer. Une telle déclaration risque d’exacerber les antagonismes et déclencher un vent de panique chez certains, qui vont se demander s’ils ne vont pas finir dans le cimetière des ambitions envolées.

Il lui faudra organiser au plus vite un congrès électif, à l’issue duquel le président élu apparaitrait comme son successeur potentiel à la tête du pays. Vu que dans le contexte politique guinéen, une victoire du RPG/AEC sans Alpha Condé n’est pas à exclure, on imagine aisément jusqu’où ce choix va être difficile. Pour imposer quelqu’un il va falloir dompter quelques éléphants, mettre en cage deux ou trois (faux ?) lions et se départir de cette attitude arrogante qui irrite de plus en plus les militants à la base. Tout un programme ! Qui peut rester en vieilleuse, puisqu’on est à près de trois ans de l’échéance.

En attendant, comme le dit un proverbe chinois, « on gagne toujours à taire ce que l’on n’est pas obligé de dire ».

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Jusqu’à preuve du contraire.

Top Sylla




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