Aboubacar Sidiki Camara, prêcheur de la soumission : quand la religion devient un outil de légitimation de la dictature
Dans une sortie aussi troublante que révélatrice, le ministre de la Défense nationale, Aboubacar Sidiki Camara — alias « Idi Amin de Guinée » pour les plus ironiques — a osé déclarer ceci :
« Celui qui craint Dieu va toujours respecter et rester loyal à celui que Dieu a désigné pour nous diriger. »
Ah, enfin ! On comprend maintenant : Mamadi Doumbouya a été désigné par le ciel, sans doute entre deux éclairs et trois tonnerres. L’ordre divin serait donc à l’origine du putsch du 5 septembre 2021, et toutes contestations politiques ne seraient rien d’autre que… des actes d’impiété ?
Bienvenue en théocrature guinéenne, mélange toxique entre théologie de bazar et autoritarisme rampant.
Dieu, ce grand complice des militaires ?
L’utilisation de Dieu pour justifier un pouvoir issu des armes, c’est vieux comme les despotes. Mais dans la bouche d’un ministre de la Défense, en charge des casernes, des blindés et des répressions, ça sent la manipulation mystico-politique à plein nez.
On croyait naïvement que les putschistes justifiaient leur action par des « dysfonctionnements institutionnels », « l’appel du peuple », ou des « ambitions de refondation ». Mais non. En réalité, c’est Dieu qui a agi. Les colonels ? Juste des instruments célestes.
Et donc, si vous critiquez Mamadi Doumbouya, vous critiquez Dieu. Si vous demandez des comptes sur les détournements, les arrestations arbitraires, la suspension des partis ou la confiscation du pouvoir, vous blasphémez.
Pratique, non ? Plus besoin d’argumenter. Il suffit de sacraliser.
Le syndrome de Pharaon : quand les dictateurs se prennent pour des élus divins
Aboubacar Sidiki Camara rejoint ici le club très fermé des courtisans d’État qui justifient tout par la volonté divine. L’Afrique en a vu d’autres :
- Mobutu : « Zaire, don de Dieu »
- Blaise Compaoré : « Dieu m’a donné le pouvoir »
- Yaya Jammeh : « J’ai été choisi par Allah »
La formule est connue : on vous impose un chef par la force, et ensuite on vous interdit de le contester… au nom de Dieu.
C’est une insulte à l’intelligence collective, une profanation de la foi, une instrumentalisation abjecte de la religion à des fins purement politiques. Car soyons clairs : Dieu ne participe pas aux coups d’État.
Et si Dieu désignait aussi les opposants, les résistants, les martyrs ?
Pourquoi Dieu désignerait-il uniquement des colonels en treillis, bardés d’ambitions et de privilèges ? Et les victimes du 28 septembre 2009 ? Et les prisonniers politiques ? Et les jeunes qui crient leur ras-le-bol dans la rue ? Ne sont-ils pas aussi créatures de Dieu ?
Mais dans la bouche du ministre, Dieu ne désigne que ceux qui tiennent le manche. Curieusement, il oublie toujours les opprimés.
Il ne cite pas Dieu quand il faut parler des détentions sans procès.
Il ne parle pas de Dieu quand les libertés fondamentales sont piétinées.
Il reste muet quand les militaires tabassent des civils au nom de la stabilité.
Mais dès qu’il s’agit de légitimer un chef imposé, alors là, le Coran devient un document administratif.
La loyauté n’est pas l’adoration
Le ministre confond respect des institutions et soumission aveugle à un homme. Être loyal envers un dirigeant ne signifie pas le suivre dans toutes ses dérives, ni accepter l’injustice au nom de la stabilité.
Loyauté ne veut pas dire silence.
Loyauté ne veut pas dire prosternation devant l’arbitraire.
Loyauté ne veut surtout pas dire fermer les yeux sur la confiscation du pouvoir.
Il serait temps que les dirigeants guinéens cessent de se cacher derrière Dieu pour justifier ce qu’ils sont incapables d’assumer politiquement. Le peuple de Guinée mérite des institutions solides, pas des sermons militarisés. Des dirigeants élus, pas des messies autoproclamés.
Et si Dieu a un message à délivrer à la Guinée, ce n’est sûrement pas par la voix d’un général en treillis, mais peut-être par celle du peuple qu’on réduit au silence.
— conakrylemag


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