Affaire Air Guinée : un jugement par défaut pour Cellou Dalein Diallo ? Le procès politique de trop

Le CNRD veut l’éliminer, pas le juger

Affaire Air Guinée : un jugement par défaut pour Cellou Dalein Diallo ? Le procès politique de trop

Il fallait s’y attendre : quand on ne peut pas battre un adversaire sur le terrain des idées, on le traîne devant les tribunaux. Et si possible, en son absence. La dernière manœuvre du régime militaire guinéen ? Un jugement par défaut en préparation contre Cellou Dalein Diallo, principal opposant au pouvoir de Mamadi Doumbouya, dans le très controversé dossier de la liquidation d’Air Guinée, vieille affaire exhumée à dessein, histoire de salir, discréditer, et tenter de disqualifier politiquement celui que le pouvoir redoute le plus.

Mais ne soyons pas dupes. Ce procès n’a rien de judiciaire. C’est une opération de lynchage politique sous couvert de légalité, orchestrée par une junte aux abois, incapable d’offrir une alternative crédible, mais redoutablement efficace pour neutraliser ses opposants.

Un dossier ressuscité pour tuer politiquement

Air Guinée. Une entreprise liquidée il y a près de vingt ans. Un processus entamé sous l’ère Conté, validé à l’époque par tous les organes de l’État, dans un contexte de crise économique aiguë, où la privatisation des entreprises publiques était la norme dictée par les bailleurs internationaux.

Et qui était ministre des Transports à l’époque ? Cellou Dalein Diallo. Et voilà, il n’en fallait pas plus au CNRD pour tirer sur cette ficelle usée. Pourquoi maintenant ? Parce que la présidentielle approche. Parce que Cellou reste, malgré l’exil et la diabolisation constante, le seul leader politique capable de mobiliser massivement contre la junte.

Ce procès n’est donc pas un hasard du calendrier judiciaire, mais un coup monté du calendrier politique.

Un jugement par défaut : la lâcheté judiciaire comme stratégie

Le plus indécent dans cette affaire, c’est la procédure par défaut. Autrement dit, on juge un homme sans lui donner l’occasion de se défendre. Sans contre-interrogatoire. Sans confrontation. Sans débat contradictoire. Un procès en catimini, sans témoin, sans bruit. Juste une sentence prononcée à huis clos, et un cachet : « Condamné ».

Une méthode digne des pires régimes autoritaires. Quand la justice se fait à sens unique, elle devient une arme de guerre politique. Et le CNRD le sait. En l’absence de Cellou Dalein, ce jugement par défaut serait une condamnation instrumentalisée, fabriquée, politique, toxique — mais surtout, illégitime.

Une justice à deux vitesses : les ennemis du pouvoir jugés, les proches protégés

Pendant que Cellou Dalein est poursuivi pour une affaire vieille de deux décennies, que fait la justice avec les scandales récents, flagrants, massifs qui éclaboussent le régime actuel ? Où est la CRIEF sur les 20 milliards GNF disparus sous la gestion de la Cour constitutionnelle ? Où est Aly Touré sur les 2 millions de dollars de Magassouba ? Où sont les convocations pour les marchés opaques, les contrats miniers obscurs, les détournements de fonds post-coup d’État ?

Silence. Complicité. Impunité.

La justice ne s’active que lorsque le pouvoir politique lui souffle une cible. Et cette cible, aujourd’hui, c’est Cellou. Pas pour ce qu’il a fait. Mais pour ce qu’il représente : un obstacle. Une menace. Une alternative.

Le CNRD veut l’éliminer, pas le juger

Le procès Air Guinée n’est pas là pour établir la vérité. Il est là pour tenter de disqualifier un opposant. Le but n’est pas la justice, mais l’exclusion politique. Car une condamnation, même par défaut, pourrait suffire pour empêcher Cellou Dalein de se présenter aux élections. Voilà la vraie finalité de cette mascarade judiciaire : éliminer un adversaire par la ruse légale, faute de pouvoir le battre dans les urnes.

C’est une stratégie vieille comme le monde, utilisée par tous les régimes illégitimes pour survivre. Une élection sans Cellou, c’est un boulevard pour Doumbouya. Mais une Guinée sans Cellou Dalein dans le jeu politique, c’est une démocratie amputée, piégée, pervertie.

Une junte qui prépare sa fraude électorale en avance

Qu’on ne s’y trompe pas : le régime militaire est en campagne. Mais pas pour convaincre. Pour éliminer. Pour disqualifier. Pour terroriser. Après les suspensions de partis politiques, les interdictions de manifestations, la censure des médias, voici venu le temps des jugements par défaut.

La justice guinéenne, au lieu de devenir un levier de moralisation, s’est transformée en outil de sabotage démocratique. Et tant qu’elle sera entre les mains d’un pouvoir militaire sans légitimité populaire, aucun procès politique ne sera crédible.

Un procès par défaut pour une démocratie en défaut

Ce que la junte prépare avec ce jugement par défaut contre Cellou Dalein Diallo, ce n’est pas un acte de justice. C’est un acte de guerre politique. Un coup de poignard dans le dos de la démocratie guinéenne. Une tentative désespérée d’éviter le face-à-face électoral en maquillant une exécution politique sous les oripeaux d’un procès.

Mais qu’ils prennent garde : plus ils s’acharnent contre Cellou, plus ils le renforcent. Plus ils le diabolisent, plus ils l’installent comme l’ultime recours, l’opposant à abattre car il est le seul qui fait peur.

Et un jour viendra où les procès montés, les jugements par défaut et les manipulations judiciaires ne pourront plus contenir la colère d’un peuple fatigué d’être pris pour un pion.

Ce jour-là, ce ne sont pas les accusés d’aujourd’hui qu’il faudra juger.

Mais ceux qui, aujourd’hui, utilisent la justice comme un fusil politique braqué sur la République.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

Author Signature for Posts

Exprimez-vous ! Réagissez à cet article maintenant avec Facebook
Quitter la version mobile