[dropcap]L[/dropcap]es dernières sorties médiatiques du gouvernement guinéen et de la Banque Mondiale – à travers sa filiale d’investissement Société de Finance International connue par son abréviation anglaise International Finance Corporation IFC – sur le futur immédiat du projet Simandou en disent long sur l’état actuel de l’économie guinéenne et l’inabilité du système actuel de crééer et maintenir des emplois pour les Guinéens.
Tous les Guinéens ont appris par coeur qu’il existe dans la zone de Beyla, une fabuleuse richesse minière qui, lorsqu’elle sera mise en exploitation va transformer radicalement non seulement la Guinée, mais toute la sous région: le gisement de fer de Simandou dont la reserve prouvée est plus de deux milliards de tonnes de haute teneur en fer.
Rio Tinto – une multimilliardaire transnationale angloaustralienne – est chargée de developper ce projet et s’est toujours engagé devant les Guinéens à réaliser ce rêve transformateur qui sortira la Guinée de la spirale de pauvrété. Le projet est estimé d’un coût de 20 milliards de dollars
Le hic est que depuis 20 ans, c’est la même chanson de Rio Tinto: « Nous travaillons là dessus ! » alors que tous les gestes de la multinationales prouvent le contraire : Rio n’est pas prête à s’engager dans ce méga projet dans les temps qui courent.
Ce refus d’aller de l’avant pour ce projet complexe est tout à fait normal pour le géant minier, qui a toujours eu à négocier avec les régimes guinéens successifs plus intéréssés par les effets d’annonce et les espèces sonnantes et trébuchantes (les 700 millions de 2010 étant l’exemple le plus spectaculaire) que de developper le projet au bénéfice long terme de la Guinée et des Guinéens. Le présent gouvernement ne semble pas faire exception. malgré les discours officiels souvent orientés par de cabinets de communication chèrement payés.
Des mauvais chiffres boursiers pour Rio rattrapée par la crise
La semaine dernière, le 11 février Rio Tinto, le géant minier publie ses chiffres officiels de ses résultats de 2015 à l’intention du marché boursier, des investisseurs et des actionnaires. Les faits qui sautent aux yeux des observateurs est que Rio perd de l’argent, beaucoup d’argent 866 millions de pertes comptables.
Pour rassurer le marché, Rio annonce qu’elle réduira considérablement ses dépenses et met une croix temporaire sur le projet Simandou. Les titres des journaux sont très illustratifs : Rio réduit les dividendes aux actionnaires ! Rio diminue le salaire de ses dirigeants ! Rio compresse les dépenses d’investissement! Rio annonce que son riche gisement de fer àu monde est compromis et que conformément aux règles comptables, Rio passe ces investissements dans la colonne des pertes sèches.
Plus soucieuse de noyer le poisson, au lieu de dire la vérité aux Guinéens sur les faibles chances de réalisation dans l’immédiat de ce projet, le gouvernement guinéen, partie prenante du projet si cher aux Guinéens choisi la fuite en avant: dans une série de communiqué, publiés dans la plus part des media guinéens et internationaux le 11 février 2016 le jour de la publication des chiffres comptables de Rio Tinto, le ministre des mines de la Guinée, Mr Abdoulaye Magassouba déclare solenellement:
Le Gouvernement guinéen est pleinement confiant dans la réussite du projet Simandou.
Rio Tinto voudrait bien aussi afficher la même «confiance» au projet Simandou, mais elle n’a pas le choix que de dire la vérité à ses actionnaires.
Pour bien comprendre le monde financier et minier dominé par les anglo-saxons, il est important de savoir que toute entreprise publique n’a qu’un seul et unique patron : les actionnaires qui sont les propriétairets légaux de l’entreprise. Etant une entreprise publiquement cotée aux bourses de Londres et Sydney (Australie) et indirectement à New York, n’importe qui peut acheter et devenir part propriétaire de la compagnie Rio Tinto PLC. Mais des 1.384.496.455 actions qui donnent le droit de vote, les Banques (HSBC, JP MOrgan, City Group, UBS etc…) et les Fonds de Pensions (Australian Foundation, Argo Investment, Tasman etc….) sont les institutions qui en possèdent le plus de part d’actions et de fait suivent de prêt la stratégie de la compagnie et ont un seul leitmotiv: comment maximiser le rendement des fonds qu’ils ont mis dans la compagnie en achetant des actions: le profit.
A ces gros brasseurs de fonds, les dirigeants de Rio Tinto ne peuvent que dire la vérité car tout mensonge risque de se retourner contre les auteurs avec des poursuites judiciaires inévitables. Si Sam Walsh le pdg de Rio Tinto déclare par exemple aux actionnaires qu’il va lancer le projet Simandou et qu’il ne le fasse pas et que les résultats ultérieurs sont décevants, ce seront des milliards de penalités qui lui seront intentés en dommage à travers les tribunaux anglo saxons réputés pour leur indépendance. L’acheteur d’action de Rio sur la base des déclarations de ses dirigeants peut raisonablement convaincre un tribunal qu’il a subi des dommages à cause des mensonges des responsables de la compagnie. Si Rio cède à la pression (négligible) de la Guinée pour réaliser ce projet alors que le marché ne s’y prète pas, il va à coup sur perdre de l’argent aux prochains résultats désastreux les dirigeants risquent d’être évincés par les actionnaires principaux. Avec une baisse de la demande de minerai de fer allant de 35 à 75 pour cent dépendant de la source, l’heure n’est surtout pas aux nouvelles dépenses pour de nouvelles mines estiment tous les spécialistes
C’est pourquoi tout gouvernement responsable devrait suivre les déclarations des compagnies à leurs actionnaires et non les communiqués laconiques cooptés à coup de milliards de FG par les sociétés de relations publiques dont l’objectif est de mentir légalement pour leur clients. Et ce n’est pas ce que le gouvernement guinéen faiten ce moment.
Qu’est ce que Rio Tinto a déclaré aux actionnaires concernant Simandou, après les résultats du dernier trimestre 2015?
La valeur comptable du projet Simandou en Guinée a été affectée par les conditions actuelles du marché et de l’incertitude sur la propriété de l’infrastructure et de financement. En conséquence, le Groupe a décidé qu’il serait approprié d’enregistrer une charge de dépréciation avant impôts de US 1,655 millions de dollars à l’exploration et à l’évaluation des actifs incorporels et une charge de dépréciation avant impôts de 194 millions de dollars des immobilisations corporelles pleinement la dépréciation des actifs à long terme du projet et une charge de 7 millions de dollars US par rapport aux stocks. Une charge avant impôts supplémentaire de 183 millions dollars a été reconnu comme un passif financier pour les arrangements contractuels conclus dans le cadre de l’élaboration du projet. Le Groupe charges le coût des études supplémentaires lorsqu’ils sont engagés.
Source: Rio Tinto statement to investors
Si on se fie à cette annonce à ses actionnaires, Rio affirme avoir dépensé près de 2 milliards de dollars pour le projet Simandou et POUR RIEN.
De ce qui précède Rio Tinto déclare donc que toutes les dépenses engagées à date pour le developpement de Simandou sont de l’argent jeté à la fenêtre. Aux investisseurs, Rio annonce clairement qu’elle ne va plus dépenser sur ce projet sauf pour le minimum nécéssaire pour maintenir sa propriété.
Aucune question sur Simandou
Fait révélateur, aucune question ne fut posée par les journalistes sur Simandou, Sam Walsh (le pdg de Rio Tinto) ne parlait que de ses mines australiennes de Silvergrass, Pilbara et le nouveau projet de 3,5 milliards de dollars de Koodaideri par la filiale de Rio Tinto Mount Bruce Mining.
D’ailleurs dans ses livres comptables, le gisement de Simandou est maintenant estimé à 11 millions de dollars.
Le monde minier est en crise structurelle et ca risque de durer.
Ceci est une reconnaissance de la réalité que tout le monde a constaté avec la crise persistante dans le domaine des minéraux due essentiellement au ralentissement de la croissance mondiale, réduisant la demande de minerai de fer de l’usine du monde: la Chine. Si la Chine ne produit plus comme avant dans ses millions d’usines pour satisfaire les consommateurs du monde entier, elle a besoin de moins d’acier donc moins de fer et donc moins de minerais de fer surtout que les géants miniers ont augmenté leur production dans leur mines existantes justement pour pousser les petits producteurs à la faillite.
L’une des indications les plus claires à date que Simandou n’existe plus aux yeux des planificateurs de Rio Tinto est que les dépenses en capital des projets miniers de la multinationale seront réduites de trois milliards de dollars en 2016 et 2017, pour être ajustées à quatre et cinq milliards de dollars respectivement. Presque tous ces investissements se feront en Australie sous pression du gouvernement australien soucieux de maintenir les emplois chez eux.
Voici ce que rapportent les analystes financiers interrogés par le journal australien Sydney Morning Herald – qui suivent pour les clients les cours de l’action de Rio Tinto.
Andy Forster, du fond d’investments Argo: «Il est « peu probable » que Rio poursuive ce projet pendant cette décennie, compte tenu de l’emplacement et des besoins énormes en infrastructures. Ce projet n’a jamais été dans nos radars, « Loin de là! Ce projet n’a aucun sens », continue Mr Forster. « La, meilleure option retour risque le plus faible est d’étendre ses opérations de Pilbara (mine déjà opérationnelle en Australie) et de décongestionner les infrastructures existantes, et la dernière chose dont le marché a besoin en ce moment est plus d’approvisionnement en minerai de fer. »
L’analyste minier Paul McTaggart de Crédit Suisse «Ce projet n’a jamais été dans les prévisions de résultats de Rio dans nos analyses. Il n’y a aucun besoin de nouvelles infrastructures de minerai de fer pendant au moins 15 ans qui ne peuvent pas être répondus par les projets existants. Rio le sait. Il (Sam Walsh – pdg de Rio Tinto) essaye simplement de géler ce projet pour que personne d’autre ne s’en accapare !» Ce que Guinéenews a toujours soutenu aux trois derniers régimes guinéens.
L’analyste minier Deutsche Bank Paul Young quant à lui dit avoir abandonné Simandou dans ses prévisions de Rio il y a cela trois ans et n’a pas l’intention de le considérer comme un projet dans le moyen terme.
Ceci explique pourquoi, tous les analystes s’accordent tous à dire que l’un des nombreux obstacles que Rio aura à faire face pour exploiter le minerai de fer du sol de Simandou est d’attirer les investisseurs pour les infrastructure et le port en eau profonde et 650 km rail nécessaire pour obtenir le minerai à la côte de Guinée. Le tout estimé à 13.5 milliards de dollars US. Et dans la situation économique actuelle du monde, ce montant est impossible à réunir.
Cette vérité, que Simandou n’est pas pour demain, les Guinéens dans leur fort intérieur le savent et n’en voudront certainement pas totalement au gouvernement de cet échec. Ce qui pose la question, à savoir: pourquoi mentir aux Guinéens ?
La Banque Mondiale complice.
Rio Tinto au plus fort du boom minier avait toutes les capacités financières, logistiques et stratégiques pour réaliser ce projet. Mais pour mieux se protéger et éviter les éceuils d’affaires dans les pays en voie de developpements Rio Tinto fit appel à la filiale d’investissement de la Banque Mondiale (la Société Financière d’Investissement) pour se donner une couverture solide connaissant l’influence des insititutions de Bretton Woods sur les pays pauvres. A 5 % du projet, la SFI est co-propriétaire en théorie et toute tentative d’expropriation sera une attaque contre la Banque Mondiale elle même. Mais Rio se rendra vite compte de la limite de l’influence de la Banque Mondiale car ceci n’empêchera pas Lansana Conté de lui reprendre la moitié du gisement pour l’octroyer à BSGR.
La Société Financière Internationale, a chaque fois que ca chauffe vient toujours à la rescousse de Rio Tinto et cette fois ci il n’y a pas eu d’exception. Dans un communiqué laconique le jour de la publication des résultats comptables désastreux pour Simandou, la SFI déclare aussi sans rire:
« La SFI continue d’appuyer pleinement le travail en cours sur le projet Simandou, y compris l’Etude de Faisabilité Bancable et les initiatives relatives au contenu local pour le soutien à l’emploi et aux fournisseurs guinéens. Simandou est un gisement de minerai de fer de classe mondiale, à faible coût, avec un potentiel économique important pour la Guinée, et nous attendons avec intérêt de travailler avec le Gouvernement guinéen et nos autres partenaires de Simandou pour son développement ».
Source: IFC Statement on the Simandou Iron Ore Project, Guinea
Nulle part il n’est mentionné comment les milliards de dollars seront mobilisés pour le developpement de Simandou. Sachant que la Banque Mondiale a une limite légale maximale d’octroi de prêt envers la Guinée qui se situe dans des dizaines millions de dollars….
Que faira maintenant la Guinée quand bientôt Rio Tinto déposera – 20 ans après – une étude de faisabilité bancable réchauffée des tiroirs techniques? Quand Rio Tinto demandera à la Guinée de se débrouiller pour trouver le financement et qu’elle va l’accompagner ?
A suivre …