Quel sera l’impact économique et social à moyen et à long terme de la hausse de la TVA, des droits de douanes et la dépréciation de notre monnaie face aux devises et particulièrement face au dollar ($) et à l’euro (€) ?
À cette allure quelles alternatives peut proposer le gouvernement pour nous sortir de cette situation économique chaotique ?
Pour repondre à ces questions, analysons les points suivants:
1) La relation entre la consommation et la hausse des taxes.
Quand l’Etat veut stimuler la croissance, il doit inciter les ménages à la consommation en faisant appel à son lévier fiscal, c.à.d avoir une tendance baissière des taxes pour soulager la population.
Cette consommation de biens et services va être favorable aussi bien à l’Etat qu’aux entreprises. Ceci dit, plus la consommation augmente, plus l’Etat renfloue ses caisses et plus les entreprises augmentent leurs chiffres d’affaires, plus elles font des investissements et créent de l’emploi.
Paradoxalement chez nous en Guinée, on veut une chose et son contraire.
Soit le gouvernement opte pour la croissance en créant un environnement économique favorable allant dans le sens de rélance économique, soit on choisit le chemin de l’austérité qui sera un poids insupportable pour le peuple.
C’est vrai qu’ebola a laissé de sequelles et traces profondes sur la vie économique et sociale de notre pays, mais on peut tout mettre sur le dos de cette crise sanitaire.
Faisant cela voudrait dire que l’Etat fuit ses responsabilités de redresser notre économie.
On sait bien que l’Etat se fiance principalement par les impôts, taxes et autres droits. Mais trop de taxes tue l’économie.
Si notre système bancaire et financier était efficace et dynamique, notre BCRG aurait joué sur les taux directeurs pour booster le marché de crédits afin de refinancer l’économie à travers les banques commerciales.
2) Le commerce et la depréciation de la monnaie locale.
Dans un pays comme le notre où le commerce est le secteur qui fait vivre la plupart des familles guinéennes, l’Etat devrait organiser, mobiliser rationaliser les ressources du commerce formel (lutter contre la corruption en créant une cellule de control des controlleurs de l’Etat), encourager les commerçants à créer des PME et PMI, formaliser le commerce informel en proposant des avantages fiscaux, administratifs aux acteurs afin de tirer profit de ce secteur.
La guinée etant un grand pays importateur peut avoir un grand impact économique quand le FG se deprecie fortement par rapport aux devises primaires principalement le dollar qui la monnaie d’echange dans le commerce international. Les prix des marchandises sur les marchés etrangers sont quasimment fixés en dollar.
Illustration: Un homme d’affaires guinéen achetant ses produits à l’etranger, préfère une tendance haussière du GNF face au USD pour augmenter sa marge, c.à.d il doit debourser peu de GNF pour avoir plus de USD lors du change.
Mais au regard de l’actualité sur le marché de change, le GNF présente une tendance baissière devant les devises ( $ et € ).
Cela n’arrange ni l’Etat, ni les opérateurs économiques, ni les menages.
3) L’Etat entre la pression des bailleurs de fonds et la pression syndicale.
a) La pression des bailleurs:
On dit souvent « La main qui donne et celle qui dirige »
Les partenaires techniques et financiers de la Guinée ne donnent pas l’argent gratuitement sans contrepartie.
En alouant aux Etats désireux des aides financières bugetaires ou au développement, les institutions internationales imposent à ces Etats un certain nombre de conditions (la bonne governance, la maitrise de l’inflation, la discipline bugetaire c.a.d la bonne gestion des finances publiques etc..) pour béneficier des fanancements.
Or dans la plupart des pays africains, surtout en Guinée, quand on parle de transparence dans la gestion de la chose publique, on est tout de suite vu d’un mauvais œil, menacé ou reduit au silence. Les dirigeants ne s’inquiètent pas vraiment, car nos institutions ne jouent pas pleinement leur rôle.
Pourtant pour évfoluer il faut avoir une justice forte, impartiale, compétente, independante et il faut accepter les critiques objectives, constructives, edificatrices. Ces bonnes critiques peuvent nous être très utiles en prenant du recul, en faisant une retrospective de la situation pour enfin rectifier le tir:
Car aucune œuvre humaine n’est parfaite.
Pour moi l’Etat et nos dirigeants doivent jouer sur la fibre patriotique en ayant et adoptant une politique de financement basée sur nos ressources internes (necessité de faire appel à l’epargne publique gage de tout developpement durable, fiable et stable, creation des outils et produits de financement par le secteur bancaire et financier) pour reduire la dependance exterieure. On peut concevoir être dependant à court et moyen terme dans une certaine mésure ( cas de crise, catastrophe) mais quand on s’ inscrit dans la logique dependance totale et de façon indefine, on restera toujours dans une position de faiblesse chronique.
b) La pression syndicale
Le role 1er des syndicats est de défendre les intérêts des travailleurs.
Le principal point de discorde entre l’Etat et les syndicats est la question de diminution du prix de carburant à la pompe.
Au vu de ce qui se passe, Va t-on vers un point sans issue dans cette affaire?
Quel est le sens d’une négociation si toutes les parties restent inflexibles et campent sur leur position ?
Les uns( côté Etat) avancent l’idée que ce n’est pas le moment ideal et propice de réduire le prix du carburant sous pretexte que l’economie va mal suite à ebola, baisse du prix des Matières Premières etc..
Notre économie va tres mal d’ailleurs selon les indicateurs macroeconomiques ( inflation en hausse, deficit bugetaire, dette publique élévée etc..)
Les autres (côté syndicat) argumentent leur revendication sur la baisse continue du prix du baril sur le marché international, la pauperisation de la population (une réalité inquiètante), cherté de la vie….
Au regard et après analyse de cette situation, je pense que l’Etat devrait revoir sa copie en pensant au niveau de précarité de la population, à la misère generalisée n’epargnant personne, en pensant à l’ensemble de la population qui a enduré toutes les epreuves avant et après ebola. L’Etat ne doit pas pousser le peuple contre le mur sinon il risque de provoquer une grogne sociale dont personne ne peut imaginer et evaluer les conséquences.
C’est vrai que l’Etat a de difficultés, mais il doit pas faire payer le peuple ce dont il n’est pas responsable. Les autorités doivent refléchir sur d’autres sources de financements et surtout rationaliser les ressources fiscales existantes, sommer les acteurs économiques (personnes physiques et personnes morales) de s’ aquitter de leurs obligations fiscales.
Au vu de toutes ces difficultés, j’attire l’attention de l’Etat sur la nécessité de diversifier notre économie et nos sources de financement des activités du pays.
Pour finir j’appelle l’Etat et les membres du gouvernement à prendre toute leur responsabilité pour desarmorcer cette crise qui se profile.
Aux syndicats également de veiller au respect de l’ordre public
Abdourahmane Sow, Analyste & Consultant Financier au Luxembourg