Carte d’identité biométrique gratuite : un cadeau empoisonné emballé dans un arrêté
C’est désormais officiel : la carte d’identité biométrique sera gratuite en Guinée. Un arrêté conjoint du ministère de la Sécurité et de l’Administration du territoire vient de fixer les modalités d’application de cette gratuité. Hourra ? Non. Pas si vite. Derrière l’annonce triomphale d’une mesure en apparence « populaire », se cache une opération de contrôle bien huilée, une tentative désespérée de regagner la sympathie d’un peuple exaspéré, et surtout une formidable manœuvre électorale camouflée en geste social.
Gratuité sur le papier, instrumentalisation dans les faits
Il faut avoir une mémoire très courte — ou être d’une naïveté affligeante — pour croire que cette soudaine générosité du pouvoir est désintéressée. Depuis quand un régime qui écrase ses citoyens sous les pénuries, les coupures, les suspensions et les arrestations se mettrait subitement à distribuer des cartes d’identité gratuitement, par pure bonté républicaine ?
La réalité est simple : cette gratuité est une stratégie. Un piège. Un calcul. À l’approche d’échéances électorales que la junte feint d’ignorer tout en les préparant fiévreusement en coulisse, il devient impératif de réactualiser les fichiers, de mieux identifier les électeurs, de verrouiller les circuits de participation. Et quoi de mieux qu’un outil biométrique, centralisé, potentiellement interconnecté avec les fichiers électoraux, pour tout contrôler à la source ?
Un outil de traçage plus qu’un outil de citoyenneté
La carte biométrique gratuite, en soi, n’est pas une mauvaise idée. Dans une République normale, ce serait même un progrès. Mais dans un contexte de dérive autoritaire, c’est un instrument de traçabilité citoyenne, une base de données nationale offerte à un régime obsédé par le contrôle. Chaque empreinte, chaque photo, chaque donnée inscrite devient un maillon dans la chaîne de surveillance massive.
Et puisque c’est « gratuit », il faut bien que tout le monde y passe, non ? Même les opposants. Même les activistes. Même les journalistes. On veut vos empreintes, vos coordonnées, vos visages — pas pour vous protéger, mais pour vous surveiller.
L’arbitraire administratif n’a pas disparu, il change juste de forme
Ne soyons pas dupes. Si l’arrêté promet la gratuité, il laisse aussi une large marge d’interprétation sur les délais, les procédures, les cas d’exception. Qui garantit que les agents de terrain ne feront pas payer « autre chose » ? Que les cartes ne seront pas délivrées en priorité aux fidèles du régime, aux partisans des bonnes préfectures, aux militants dociles ?
Le favoritisme, l’opacité et l’arbitraire administratif sont les trois mamelles de la gouvernance guinéenne. Ce n’est pas un arrêté, aussi “conjoint” soit-il, qui va les faire disparaître comme par magie.
Un écran de fumée pour faire oublier l’essentiel
Et pendant qu’on applaudit la générosité du gouvernement, on oublie l’essentiel : les salaires impayés, les écoles sans enseignants, les hôpitaux sans médicaments, l’électricité absente, l’eau rare, le gaz inaccessible. Mais attention, chers concitoyens, vous aurez votre carte d’identité ! Et gratuite en plus ! Elle ne vous nourrira pas, ne vous soignera pas, ne vous protègera pas. Mais elle prouvera que vous existez… sur les fichiers d’un État qui, lui, ne vous reconnaît que quand ça l’arrange.
carte gratuite, démocratie confisquée
L’annonce d’une carte biométrique gratuite aurait dû être une avancée citoyenne majeure. Mais dans les mains d’un régime illégitime, c’est un outil de domination de plus. Un gadget électoral. Une vitrine démocratique derrière laquelle se cache un appareil autoritaire sophistiqué.
Alors oui, prenez vos cartes. C’est votre droit. Mais ne vous y trompez pas : ce que le régime vous donne d’une main, il le reprend en cent fois plus avec l’autre. La carte est gratuite. La liberté, elle, reste hors de portée.
— conakrylemag


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