Crise à l’UFDG : La justice suspend tous les congrès, une victoire du droit ou une manœuvre politique ?

Ousmane Gaoual Diallo, un pion du pouvoir pour détruire l’UFDG ?

Crise à l’UFDG : La justice suspend tous les congrès, une victoire du droit ou une manœuvre politique ?

L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) est plus que jamais au bord de l’implosion. Ce jeudi, un coup de tonnerre judiciaire a frappé le parti de Cellou Dalein Diallo : la justice a ordonné la suspension de tous les congrès annoncés, plongeant la formation politique dans une crise sans précédent.

Alors que deux factions rivales s’affrontent pour le contrôle du parti – l’une menée par Cellou Dalein Diallo, président historique en exil forcé, et l’autre portée par Ousmane Gaoual Diallo, actuel ministre et fidèle du régime militaire – la décision du tribunal suscite de nombreuses interrogations. S’agit-il d’une tentative de sauvegarder l’unité du parti, ou bien d’une manœuvre orchestrée par le CNRD pour affaiblir encore plus l’opposition ?

Une bataille politique transformée en guerre judiciaire

Depuis plusieurs mois, l’UFDG est déchirée par des luttes internes, opposant les partisans de Cellou Dalein Diallo aux dissidents soutenus par Ousmane Gaoual Diallo. Ce dernier, ancien porte-parole du parti et désormais ministre sous Mamadi Doumbouya, tente d’imposer une « nouvelle direction », avec l’appui du CNRD.

Le colonel Doumbouya et Ousmane Gaoual Diallo
Le colonel Doumbouya et Ousmane Gaoual Diallo

D’un côté, le camp de Cellou Dalein Diallo a convoqué un congrès pour élire un nouveau président les 19 et 20 avril 2025. De l’autre, le clan Ousmane Gaoual Diallo, rebaptisé « CERAG-UFDG », prévoit un congrès concurrent les 12 et 13 avril 2025, une semaine avant l’échéance officielle.

Ce double congrès avait toutes les chances d’aboutir à un schisme, transformant l’UFDG en un champ de ruines politiques. C’est dans ce contexte que la justice guinéenne a décidé de frapper fort : aucun congrès ne peut se tenir tant que les conflits internes ne sont pas résolus.

Mais cette décision est-elle réellement motivée par un souci d’équité et de préservation de la démocratie au sein du parti, ou cache-t-elle une ingérence politique du CNRD ?

La justice, un outil aux mains du pouvoir ?

Difficile de croire à la neutralité de la justice guinéenne dans ce dossier. Depuis l’arrivée du CNRD au pouvoir, la justice est devenue un instrument de domination, utilisée pour étouffer toute voix dissidente et affaiblir les formations politiques qui pourraient menacer le régime militaire.

Ces questions révèlent une intervention opportuniste qui profite étrangement au pouvoir militaire.

Empêcher l’UFDG d’organiser son congrès, c’est garantir que l’opposition reste affaiblie et divisée.
Bloquer tout processus électoral interne, c’est maintenir le chaos pour empêcher le parti de se structurer avant les échéances nationales.
Créer une crise artificielle, c’est donner au CNRD le temps de continuer son entreprise de démantèlement des partis politiques historiques.

Alors que Mamadi Doumbouya entretient le flou sur sa propre candidature, neutraliser l’UFDG sert parfaitement ses intérêts.

Ousmane Gaoual Diallo, un pion du pouvoir pour détruire l’UFDG ?

Le rôle de Ousmane Gaoual Diallo dans cette affaire ne fait plus aucun doute. Celui qui était autrefois un farouche défenseur de l’UFDG est aujourd’hui l’un des artisans de son affaiblissement.

Sa proximité avec le régime militaire ne laisse aucun doute sur ses motivations. Il n’agit pas pour l’UFDG, il agit pour le pouvoir qui l’a coopté.

Si son projet de congrès concurrent avait abouti, l’UFDG se serait retrouvée avec deux présidents rivaux, un scénario parfait pour enterrer définitivement le parti.

Un précédent dangereux pour la démocratie guinéenne

L’interdiction judiciaire de ces congrès crée un précédent inquiétant pour la vie démocratique du pays.

Si la justice peut empêcher un parti politique d’organiser ses propres élections internes, alors plus aucun parti n’est à l’abri d’une ingérence du pouvoir.

Aujourd’hui, c’est l’UFDG qui est visée.
Demain, ce sera le RPG Arc-en-ciel, le PADES, l’UFR ou toute autre formation qui osera s’opposer à la transition sans fin du CNRD.

En réalité, cette décision ne vise pas seulement l’UFDG. Elle envoie un message à toute la classe politique guinéenne : le CNRD veut contrôler tous les processus démocratiques, jusqu’à l’intérieur des partis.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Avec cette suspension, l’UFDG est plongée dans une incertitude totale.

Les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir de l’UFDG, mais aussi pour la démocratie guinéenne dans son ensemble.

Une manœuvre pour préparer 2025 ?

Alors que la transition militaire s’éternise, la junte sait qu’elle devra bientôt justifier son maintien au pouvoir.

Diviser l’opposition, affaiblir les partis historiques et contrôler le paysage politique est la meilleure stratégie pour éviter une élection réellement compétitive.

Si l’UFDG ne peut pas organiser de congrès, elle ne pourra pas se préparer correctement aux futures élections.
Si le parti reste en crise interne, il ne pourra pas mobiliser efficacement ses militants.
Si la justice continue d’interférer dans la vie des partis, alors aucune élection crédible ne sera possible.

L’UFDG doit résister ou disparaître

L’avenir de l’UFDG dépendra de la réaction de ses militants.

Le temps joue contre eux. Si l’UFDG ne trouve pas rapidement une issue à cette crise, elle risque de ne jamais s’en relever.

Mais une chose est sûre : le CNRD et ses alliés ont montré qu’ils sont prêts à tout pour maintenir leur emprise sur le pays.

Et dans ce combat, ce ne sont pas seulement les partis politiques qui sont en danger, c’est toute l’idée même d’une démocratie en Guinée.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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