Digitalisation de l’administration : La Guinée veut copier le Sénégal… mais est-elle prête ?
Le gouvernement guinéen annonce vouloir s’inspirer du Sénégal pour moderniser et digitaliser son administration. Une ambition louable, en théorie… mais totalement déconnectée de la réalité, quand on sait que l’administration guinéenne est synonyme de lenteur, corruption et bureaucratie archaïque.
Peut-on sérieusement parler de digitalisation quand il faut encore un « petit quelque chose » pour obtenir un simple extrait de naissance ?
S’inspirer du Sénégal, vraiment ?
Le Sénégal a mis des années à construire un système administratif efficace et digitalisé. Aujourd’hui, ses citoyens peuvent obtenir des documents en ligne, payer leurs impôts sans passer par des intermédiaires et suivre leurs démarches sans se perdre dans les couloirs interminables des ministères.
Mais la Guinée, elle, peut-elle réellement suivre cet exemple ?
- Quand la corruption gangrène chaque service administratif, peut-on espérer une digitalisation honnête ?
- Quand l’électricité est instable, comment assurer un accès fiable aux services en ligne ?
- Quand la connexion Internet est un luxe dans de nombreuses régions, comment rendre la digitalisation accessible à tous ?
Vouloir copier un modèle étranger sans s’attaquer aux problèmes de fond, c’est comme vouloir construire un gratte-ciel sur du sable mouvant.
L’administration guinéenne : un monstre bureaucratique
Avant même de parler de digitalisation, l’administration guinéenne souffre d’un mal bien plus profond : une inefficacité chronique doublée d’un système où la paperasse règne en maître.
- Les délais sont interminables. Un simple document peut prendre des semaines, voire des mois, si vous n’ »accélérez pas le processus » avec quelques billets.
- Les pots-de-vin sont institutionnalisés. Chaque démarche est une négociation. Même digitalisée, une administration corrompue restera corrompue.
- Les archives sont un chaos absolu. Avant de mettre les dossiers en ligne, encore faudrait-il les retrouver… et éviter qu’ils ne disparaissent « mystérieusement ».
Avant de parler de modernisation, il faudrait d’abord purger ce système de ses vices, sinon c’est juste un moyen plus rapide de monnayer les services en ligne au lieu de sous la table.
L’éternelle politique de l’effet d’annonce
Ce genre de déclaration n’est pas nouveau en Guinée. Depuis des années, on nous vend des réformes miracles, mais au final, les choses restent bloquées dans la lourdeur administrative.
On nous avait déjà promis :
- Un fichier électoral biométrique fiable… toujours contesté.
- Une digitalisation des finances publiques… pendant que des milliards disparaissent sans trace.
- Une gestion moderne des mines… alors que les ressources du pays profitent toujours aux mêmes cercles.
Alors pourquoi cette nouvelle promesse serait-elle différente ?
Une digitalisation qui sert qui ?
Si cette réforme est réellement mise en place, restera à savoir qui en bénéficiera.
- Un citoyen ordinaire pourra-t-il enfin obtenir ses documents sans payer de « frais supplémentaires » ?
- Ou bien cela profitera-t-il uniquement à une élite capable de manipuler ce nouveau système à son avantage ?
- Les acteurs de l’administration prêts à tout pour monnayer leurs services accepteront-ils de perdre leur pouvoir ?
Car en Guinée, chaque « modernisation » est souvent une opportunité pour un réseau mafieux de mieux contrôler et exploiter le système.
Faut-il encore y croire ?
La digitalisation de l’administration est une nécessité, mais elle ne peut pas être un simple copier-coller du Sénégal.
- Sans réforme de fond, la corruption sera simplement digitalisée.
- Sans infrastructures solides, l’inefficacité ne disparaîtra pas.
- Sans volonté politique réelle, ce projet sera encore une annonce sans lendemain.
Alors avant de s’inspirer du Sénégal, la Guinée ferait bien de s’inspirer d’elle-même, en réglant ses propres blocages. Car une administration pourrie sur papier le restera aussi sur Internet.
— conakrylemag


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