ÉDITORIAL DE LA PAGE
Par Abdoulaye Sankara (Abou Maco)
La fabrique du coupable : la foule, la morale et l’illusion de la vertu
Dans l’espace social, et plus encore dans les arènes politiques, il existe une constante anthropologique que redoutaient déjà les anciens qui est le besoin viscéral de la foule d’avoir un coupable à immoler.
L’affaire de Barabbas et de Jésus, narrée dans les Évangiles, n’est pas qu’un récit religieux
Comme le rappelait René Girard dans sa théorie du bouc émissaire, « le désir mimétique engendre la violence, et la violence appelle une victime expiatoire. » L’histoire ne cesse de rejouer ce drame fondamental, où la désignation d’un fautif supplée à l’examen des causes réelles et apaise, un temps, les tensions collectives.
L’affaire de Barabbas et de Jésus, narrée dans les Évangiles, n’est pas qu’un récit religieux ; elle est un miroir tendu à nos sociétés. L’homme juste y est condamné, non pour ses actes, mais parce que la clameur publique exige un sacrifice. Barabbas, criminel notoire, est absous par simple effet de contraste. Et Jésus, qui ne répond à aucune violence par la violence, devient le porteur idéal du rejet. Il n’a pas besoin d’être coupable : il suffit qu’il soit désigné.
Comme l’écrivait Friedrich Nietzsche, « la morale est souvent la meilleure des ruses pour masquer nos instincts de domination. » Accuser l’autre, le haïr, suffit à faire briller, un instant, notre propre façade. L’indignation devient parade. La haine, un miroir de vertu. À cet instant, l’ombre que l’on projette sur autrui dissimule opportunément nos propres failles.
Il est aisé, dès lors, d’abandonner la complexité au profit du jugement. Qui se pose encore la question de ce qui a été dit, dans quel contexte, dans quelle intention ? Le soupçon, disait Paul Ricœur, « a ses maîtres : Marx, Nietzsche, Freud », et avec eux il devient une grille de lecture de la réalité. Mais poussé à l’excès, il devient sa propre justification. Il remplace la pensée par le réflexe.
À celles et ceux qui auraient pu être heurtés par une parole, un mot, une image, qu’ils sachent que nul outrage n’a été prémédité. Mais il serait malhonnête de taire la sincérité qui m’anime devant certaines réalités insoutenables. Socrate affirmait que « la vérité ne fait pas toujours plaisir, mais elle demeure le seul chemin vers le juste. » Si parler avec franchise dérange, peut-être faut-il interroger moins le propos que la société qui le reçoit.
Car dans un monde où la condamnation précède l’enquête, et où l’innocence devient suspecte par nature, celui qui pense avec courage devient inévitablement une cible.
PAR CONAKRYLEMAG.COM
— conakrylemag

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