Élections en Guinée : le billet de banque l’emporte-t-il sur le bulletin de vote ?

Élections en Guinée : le billet de banque l’emporte-t-il sur le bulletin de vote ?

En Guinée, comme dans de nombreux pays africains, les campagnes électorales se transforment souvent en marchés où l’argent prime sur les idées. Entre cynisme et pragmatisme, les électeurs jouent un double jeu, posant une question cruciale : la démocratie peut-elle survivre à la corruption électorale ?

Élections en Guinée : le billet de banque l’emporte-t-il sur le bulletin de vote ?
Élections en Guinée : le billet de banque l’emporte-t-il sur le bulletin de vote ?

Yako, Passoré – Alors que la Guinée s’apprête à tourner la page de la transition enclenchée en septembre 2021, les campagnes électorales battent leur plein. Mais sur le terrain, une réalité s’impose : l’argent semble être le seul programme qui mobilise.

► L’argent, roi des campagnes
Dans les rues de Yako, comme dans bien d’autres localités, les meetings politiques ressemblent à des distributions de billets. « Les candidats viennent, font des promesses, et repartent après avoir donné de l’argent. Les électeurs applaudissent, mais personne n’est dupe », raconte un habitant. Les influenceurs et influenceuses, souvent sollicités pour mobiliser les foules, jouent également ce jeu, transformant la politique en spectacle mercantile.

► Le cynisme des électeurs
« Pourquoi refuser l’argent ? Si ce n’est pas moi qui le prends, ce sera quelqu’un d’autre », explique un jeune électeur. Beaucoup justifient leur attitude en affirmant que cet argent provient des caisses de l’État ou de détournements. « Puisqu’il est volé, autant qu’il serve à quelque chose », ajoute-t-il. Une logique qui, bien que compréhensible, alimente un cercle vicieux de corruption.

► Un système enraciné
Cette pratique n’est pas nouvelle. En 2020, lors des élections controversées en Guinée, des rapports d’observateurs avaient déjà souligné l’usage massif de l’argent pour influencer les votes. Aujourd’hui, le scénario se répète, malgré les promesses de réforme du CNRD (Comité National du Rassemblement pour le Développement).

► Les conséquences pour la démocratie
À court terme, cette pratique permet aux candidats de s’assurer des voix. Mais à long terme, elle sape la crédibilité des institutions et décourage les citoyens les plus engagés. « Quand l’argent décide du vote, les idées et les programmes passent au second plan. C’est une tragédie pour la démocratie », déplore un analyste politique.

Enjeu : Comment rompre ce cycle de corruption électorale sans aliéner un électorat habitué à ces pratiques ?

→ À méditer : « La démocratie ne peut pas se construire sur des fondations pourries. Si l’argent continue de dicter les choix, les élections perdront toute légitimité », prévient un expert.

Sources : Rapports d’observateurs électoraux, témoignages d’électeurs et d’acteurs politiques (février 2024).

Ibrahima Dramé pour Conakrylemag.com

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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