Et si la vérité était ailleurs ? Cellou Baldé, Ousmane Gaoual, Bah Oury… Cellou Dalein a-t-il vraiment raison ?

Cellou Dalein face à ses anciens alliés : et si son jugement était erroné ?

Cellou Dalein Diallo : un leadership figé, des échecs accumulés et une démocratie en panne

Edito de conakrylemag.com

Depuis 2007, Cellou Dalein Diallo dirige l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti d’opposition guinéen. Pourtant, malgré des promesses de renouveau, d’alternance démocratique et de changement, ce leader est aujourd’hui synonyme d’un échec politique persistant, d’un immobilisme qui plombe l’opposition, et d’une impasse dans la course vers une véritable alternance démocratique en Guinée.

Alors que Habib Yembering Diallo de l’article présenté loue la stratégie de Cellou, son « intuition » et son maintien des « fidèles » dans l’appareil, il faut regarder la réalité en face : ce leadership sclérosé a coûté cher au parti et au pays. Le refus obstiné de céder la place, de faire émerger de nouvelles forces, ou même de capitaliser sur ses défaites électorales pour se remettre en question, empêche la jeunesse politique de s’exprimer et étouffe tout espoir de victoire durable. C’est la fuite en avant d’un homme qui, malgré l’accumulation d’échecs, continue à exercer un pouvoir personnel plus qu’à incarner un projet collectif.


1. Plus de 15 ans à la tête de l’UFDG : où est l’alternance promise ?

Depuis 2007, Cellou Dalein Diallo est l’unique président de l’UFDG, sans jamais organiser de véritable alternance interne. Dans une formation politique qui se dit « union des forces démocratiques », l’absence de débat interne et la concentration du pouvoir dans ses mains montrent un décalage flagrant avec les principes démocratiques qu’il revendique.

La contradiction majeure

Comment prétendre incarner le changement dans un pays qui souffre d’une démocratie fragile, quand on refuse soi-même de tourner la page à l’intérieur de son parti ? Après plusieurs défaites aux élections présidentielles – notamment en 2010, 2015 et 2020 – où il a à chaque fois échoué à convaincre les électeurs, Cellou aurait dû comprendre que le renouvellement est une condition nécessaire pour mobiliser de nouveaux soutiens, renouveler les stratégies et proposer un vrai projet alternatif crédible.

Au lieu de cela, il s’accroche au fauteuil, dépossédant les cadres compétents, affaiblissant la dynamique collective par son autoritarisme, et paralysant le parti. Son maintien en poste, malgré les défaites à répétition, empêche l’UFDG de se réinventer, ce qui condamne l’opposition à la stagnation.


2. L’échec électoral persistant : une responsabilité personnelle

Habib Yembering Diallo évoque que le parti a survécu aux défections grâce à la fidélité d’un trio de fidèles collaborateurs. Mais cela ne masque pas l’échec politique patent de Cellou Dalein Diallo. Depuis 15 ans, il n’a jamais réussi à dépasser un plafond électoral, ni à infléchir la balance politique en Guinée.

Refuser d’admettre ses erreurs

Chaque défaite électorale a été suivie d’un déni systématique. Cellou a refusé d’entendre les critiques constructives, préférant blâmer les autres, l’ethnie, la fraude, voire un « complot » contre lui. Ce refus de remise en question est un poison pour toute formation politique, surtout en démocratie. Il bloque les évolutions nécessaires.

Une stratégie politique erratique

Plutôt que de bâtir un projet rassembleur, ouvert à de nouvelles figures, Cellou s’est enfermé dans un cercle restreint, loyal mais stérile. La gestion du parti ressemble plus à une monarchie qu’à une organisation démocratique. Ce fonctionnement a favorisé le clientélisme et la concentration des pouvoirs, au détriment de la vitalité politique.


3. La fuite des talents et le risque de démobilisation

L’article insiste sur la fidélité des « trois lieutenants » restants, mais ignore l’érosion globale du vivier de cadres de l’UFDG. La politique guinéenne, comme ailleurs, est un jeu d’équilibres où la capacité à renouveler les talents est cruciale.

Quand la fidélité devient une prison

L’attachement à des fidèles n’est pas en soi une qualité, surtout quand il s’agit d’une fidélité aveugle qui étouffe le débat et empêche la montée de nouvelles compétences. La conséquence est que l’UFDG est aujourd’hui un parti figé, où les jeunes cadres et militants les plus dynamiques préfèrent partir, découragés.

Le paradoxe de la débauche des cadres

Le fait que plusieurs anciens cadres de l’UFDG aient rejoint le gouvernement ne traduit pas nécessairement un « complot » contre le parti, mais un échec du leadership à maintenir l’attractivité et la cohérence du projet. Une formation politique forte doit savoir convaincre ses membres de rester et de bâtir une opposition constructive, pas susciter la fuite par un autoritarisme dépassé.


4. L’illusion d’un parti multiethnique : un masque politique

Habib Yembering  défend l’idée que la présence d’acteurs issus de différentes ethnies au sein de l’UFDG serait la preuve de son ouverture et de sa modernité.

Une réalité plus nuancée

En réalité, la politique guinéenne reste largement marquée par les logiques ethniques, et l’UFDG n’échappe pas à cette règle. Le fait de maintenir quelques figures « symboliques » issues d’autres groupes ethniques ne signifie pas qu’il y a un réel dépassement des clivages. Il s’agit souvent d’un affichage stratégique destiné à élargir la base électorale, mais sans modifier en profondeur les alliances ni les pratiques politiques.

Le danger de la division ethnique instrumentalisée

Le discours officiel de l’UFDG sur la non-ethnicisation masque des tensions internes réelles, où la concurrence pour le contrôle du parti et l’accès aux ressources passe par des jeux d’alliances ethniques. Cette posture empêche l’émergence d’une vraie citoyenneté politique fondée sur des projets et des valeurs partagés.


5. La démocratie interne sacrifiée sur l’autel du pouvoir personnel

Habib Yembering Diallo justifie la longévité de Cellou Dalein Diallo par la « fidélité » de ses collaborateurs et le fait qu’il aurait « maintenu la barque à flot ».

La « barque » est en train de couler

L’opposition guinéenne n’a jamais été aussi divisée, affaiblie et démobilisée. Le monopole de la direction de l’UFDG par un seul homme crée des frustrations, des départs et un déficit de légitimité. Un parti politique qui refuse de se renouveler devient un instrument de pouvoir personnel, plutôt qu’une force politique capable de conquérir le pouvoir et gouverner.

Le choix de la continuité plutôt que le changement

L’enjeu crucial, c’est que ce refus d’alternance interne empêche la formation d’une nouvelle génération de leaders capables d’apporter un souffle démocratique et des idées nouvelles. On se retrouve face à un piège : la peur de perdre le pouvoir dans son propre parti conduit à l’immobilisme politique. Résultat : l’UFDG stagne, et la Guinée paie le prix fort.


6. Si Cellou n’avait pas raison ?

Le texte insiste sur la « raison » de Cellou Dalein Diallo, ses choix tactiques, et la supposée clairvoyance qui aurait évité « le loup ». Mais si Cellou n’avait pas raison, alors ?

Le parti a-t-il vraiment progressé ?

Les faits sont têtus. Le parti n’a pas progressé. Il n’a jamais remporté la présidentielle. Il ne s’est jamais imposé comme une alternative crédible au pouvoir. Les critiques internes et externes pointent un leadership devenu un frein. Le choix de ne pas séparer les hommes et femmes clés au sein du parti ne semble pas avoir empêché la déroute politique.

Le vrai problème : un projet politique absent

Au-delà des luttes de personnes, le problème fondamental reste l’absence d’un vrai projet politique pour la Guinée. Le leadership de Cellou Dalein Diallo, par son caractère personnel et autoritaire, a étouffé le débat politique, empêché la construction d’un projet d’avenir partagé, et freiné la mobilisation populaire.


7. L’opposition guinéenne, entre immobilisme et défiance

Le refus de renouvellement politique au sein de l’UFDG reflète un problème plus large : la faiblesse de l’opposition en Guinée, entre fragmentation, leaderships vieillissants et stratégies conservatrices.

Un modèle à revoir

L’exemple de Cellou Dalein Diallo montre à quel point l’opposition peut s’enliser quand elle confond parti politique et pouvoir personnel. La démocratie guinéenne a besoin de renouvellement, de débats internes francs, d’alternance des élites et d’ouverture vers la société civile.

La nécessité d’un vrai changement

Pour sortir de cette impasse, il faut que les acteurs politiques guinéens acceptent de remettre en cause leurs certitudes, de céder la place quand c’est nécessaire, et de faire confiance à une nouvelle génération. Cela implique de passer du pouvoir personnel au pouvoir collectif.


Vers une vraie démocratie guinéenne ?

La critique de Cellou Dalein Diallo n’est pas un appel à la défaite, mais à la réflexion. Un leadership qui se veut démocratique doit accepter la règle du jeu démocratique, y compris en interne.

Le pays ne peut plus se permettre que ses principaux acteurs politiques restent figés dans leurs certitudes, refusent la remise en question et s’accrochent au pouvoir au détriment du renouveau démocratique.

La Guinée mérite une opposition forte, crédible, innovante, capable de mobiliser au-delà des appartenances ethniques, de construire un projet national et d’offrir une alternative politique claire.

Cellou Dalein Diallo, comme tous les leaders, devra tôt ou tard faire ce choix : continuer à défendre un leadership personnel ou laisser la place pour que la démocratie avance enfin. Ce choix déterminera l’avenir politique de l’UFDG, et surtout celui du pays.

Vous pouvez les arguments de Habib Yembering Diallo que nous partageons ici publier sur le site guineematin.com

Avec trois anciens lieutenants de Cellou Dalein Diallo dans l’actuel gouvernement, un secrétaire général d’un département ministériel et plusieurs autres cadres de second rang dans différentes entités de l’administration publique, les ex membres de l’UFDG sont bien servis. La stratégie consistant à débaucher les cadres du principal parti susceptible d’empêcher l’actuel numéro un du pays de rester au palais se poursuit. Ce qui est perçu par les militants comme un projet de démolition de l’UFDG, savamment orchestré au sommet. Peu à peu, ces militants deviennent comme une troupe sevrée de ses chefs. Même si le principal chef maintient la barque sur l’eau, malgré l’obsession de ceux qui veulent la faire couler.

Avec le recul, l’histoire est en train de donner raison à Cellou Dalein Diallo. La principale pomme de discorde entre lui et ses ex proches collaborateurs a pour origine l’obsession de certains de ces derniers d’exclure ceux qu’ils qualifiaient de « taupes du régime d’alors » : Fodé Oussou Fofana, Aliou Condé et Kélémodou Yansané. Le patron du parti a toujours réfuté ces accusations et réitéré sa confiance au trio mis en cause par « les siens ». Ce qui a irrité ces derniers.

Les derniers événements, avec à la clé, la nomination de Cellou Baldé (un troisième ténor de l’UFDG) comme ministre du CNRD, donnent finalement raison à Cellou Dalein Diallo. Ceux qui criaient au loup se sont avérés être les véritables loups. Montrant ainsi que c’est leur projet qu’ils attribuaient aux autres. C’est l’occasion qui fait le larron. Si Cellou Dalein avait cédé aux revendications de ceux qui ne voulaient voir que « les leurs » dans les instances dirigeantes du parti, il n’aurait eu que ses yeux pour pleurer aujourd’hui. Or, malgré les défections, parfois les moins attendues du monde, le parti parvient pour le moment à sauver les meubles grâce à la présence du trio Fofana, Condé et Yansané. Auquel il faut ajouter le désormais incontournable responsable de la cellule de communication, Souleymane Souza Konaté. Déjouant ainsi tous les pronostics.

En outre, le refus catégorique de Cellou de se séparer de ses trois fidèles compagnons balaye d’un revers de la main les allégations selon lesquelles l’UFDG est un parti ethnique. Car autant les militants issus du groupe ethnique du président sont nombreux, autant des responsables issus des autres communautés le sont au sein de cette formation politique. Ce qui est à la fois atypique et prometteur pour la démocratie dans ce pays. C’est la preuve que des Guinéens peuvent s’associer sur la base de leurs valeurs communes. La fidélité à toute épreuve du trio est la preuve, s’il en était besoin, que l’idée selon laquelle il faut privilégier son parent avant tout est totalement erronée. Avec, d’un côté, le trio Bah, Diallo et Baldé qui a rejoint le président et de l’autre le trio Fofana, Condé et Yansané qui a préféré l’opposant, l’assertion selon laquelle « on n’est jamais malmené que par les siens » se confirme. Cellou Dalein Diallo ne dira pas le contraire.

A l’exception d’Abdoulaye Bah, ce sont désormais des cadres issus d’autres communautés qui sont les principaux lieutenants du président de l’UFDG. Une situation qui constitue un démenti cinglant de la campagne menée par le RPG avant la présidentielle de 2010. Estimant que c’est la fin qui justifie les moyens, le parti d’Alpha Condé avait utilisé des moyens peu conventionnels pour présenter Cellou…

Inutile de dire que ces attaques avait suscité la peur et la méfiance vis-à-vis de l’homme et de son parti. En apprenant ces allégations, Cellou avait souffert dans son âme. Lui qui ne manque aucune occasion pour clamer et proclamer que le Guinéen ne doit être jugé que sur les actes qu’il pose et non sur son appartenant ethnique, régionale ou religieuse. Certains observateurs estiment que cette posture d’équité et d’impartialité relève d’une naïveté et d’une utopie. En revanche, pour ceux qui partagent les opinions de l’homme, cette posture est plutôt un idéal politique et démocratique qu’il faut défendre quel que soit le prix à payer.

Habib Yembering Diallo pour Guineemation.com

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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