Justice en otage : le parquet promet des enquêtes pendant que les disparitions se multiplient
Alors que l’indignation reste vive après l’enlèvement et les tortures infligées à Me Mohamed Traoré, avocat au barreau de Guinée et figure respectée du monde judiciaire, le procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya, est (encore) sorti de son silence pour annoncer une « enquête approfondie ». Une promesse de plus, diront certains, dans une République où l’engagement judiciaire a souvent la consistance d’un nuage de fumée.
Dans son communiqué officiel, le parquet exprime sa « profonde consternation » face aux violences subies par Me Traoré. Il évoque une action judiciaire engagée dès l’information reçue. Il assure qu’un procureur territorialement compétent a été désigné pour ouvrir une enquête. Mais l’histoire récente de la Guinée enseigne la prudence, voire la défiance, face à ce genre de discours rodé, souvent répété, rarement suivi d’effet.
Litanie d’enquêtes, absence de résultats
En juillet 2024, après les disparitions de Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, le même parquet s’était fendu d’une déclaration similaire. Enquête ouverte. Préoccupation exprimée. Réaffirmation de l’attachement aux droits fondamentaux. Un an plus tard, les intéressés restent introuvables, leurs familles sans nouvelles, leurs avocats sans audience.
Entre-temps ? D’autres citoyens ont été enlevés. D’autres voix réduites au silence. Abdoul Sacko, Habib Marouane Camara, Saadou Nimaga… Tous victimes d’un même scénario : enlèvement, séquestration, violences. À chaque fois, les autorités promettent d’« enquêter », mais le pays découvre surtout un modèle guinéen de disparition forcée, où la loi s’efface devant la force, et où les institutions judiciaires semblent jouer les figurants.
Le Barreau se rebelle, le parquet temporise
Face à ces dérives, le Barreau de Guinée a annoncé un boycott de deux semaines des audiences. Une réaction forte, rare, mais qui témoigne du ras-le-bol d’une profession humiliée, méprisée, criminalisée. En retour, le parquet général joue la carte du dialogue, affirmant sa solidarité avec la profession, mais refusant dans le même souffle de recevoir collectivement les avocats, sous prétexte de « décorum judiciaire ».
Une pirouette protocolaire pour éviter d’affronter le fond du problème : une justice instrumentalisée, incapable de protéger ses propres défenseurs.
Un climat de peur entretenu avec méthode
L’affaire Me Traoré n’est pas isolée. C’est une pièce de plus dans un puzzle de terreur savamment organisé. Même modus operandi, mêmes commanditaires présumés : des éléments issus des Forces Spéciales, de la Gendarmerie, agissant souvent sous les ordres de figures proches du régime, comme Balla Samoura ou le tristement célèbre « Spartacus ».
L’objectif est clair : neutraliser toutes les voix crédibles qui refusent de chanter les louanges de la junte. Lui briser le corps, pour briser le verbe. C’est ce qu’on a tenté avec Me Traoré. Mais c’est aussi ce qui est arrivé à Siaka Barry, Abdoul Sacko, ou encore à des journalistes comme Habib Marouane Camara.
Une junte qui n’écoute personne, pas même ses propres lois
La Guinée d’aujourd’hui est un paradoxe vivant. Une transition censée ramener à l’ordre constitutionnel qui multiplie les actes anticonstitutionnels. Un pouvoir qui se fabrique un vernis juridique pendant qu’il sape le droit à la base. Des généraux promus sans mérite militaire, des juges réduits au silence, des citoyens enfermés parce qu’ils pensent trop.
Fallou Doumbouya peut bien signer tous les communiqués qu’il veut. Tant que ses déclarations ne sont pas suivies d’actes concrets, elles resteront ce qu’elles sont : des paravents de dignité pour couvrir l’indignité d’un système.
Et maintenant ?
Me Mohamed Traoré est vivant, mais blessé, humilié, menacé. Ses ravisseurs n’ont pas été arrêtés. Les responsables politiques gardent le silence. Et le parquet parle d’enquête… comme il l’a déjà fait. Comme il le refera sûrement. Comme il ne conclura probablement jamais.
Car dans cette Guinée de la transition éternelle, l’impunité est devenue politique d’État.
— conakrylemag


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