Guinée : Quand le silence se fait complice, que reste-t-il du droit ?
Me Mohamed Traoré, enlevé. Oui, enlevé. Pas arrêté. Pas convoqué. Pas interrogé. Arraché à son domicile, en pleine nuit, comme un vulgaire criminel. Sauf que Me Traoré n’a rien d’un criminel : il est avocat, ancien bâtonnier, figure morale, voix libre, citoyen debout.
Mais voilà, en Guinée, en 2025, être droit devient une faute. Être critique, une menace. Être libre, un crime.
Ce que son épouse rapporte est glaçant : des hommes non identifiés, dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 juin, ont pénétré chez eux. Et Me Traoré a disparu. Sans mandat. Sans explication. Un kidnapping d’État ? Très probablement. Mais comme toujours, les autorités vont se murer dans leur silence. Le ministère de la Justice jouera les muets. Et la présidence, comme à son habitude, évitera soigneusement de « commenter des affaires en cours ».
On connaît la chanson.
Le régime Doumbouya ne gouverne plus : il traque, il muselle, il fait disparaître.
Ce n’est plus une transition, c’est une descente aux enfers.
Me Traoré avait démissionné du Conseil National de la Transition (CNT). Un geste symbolique, mais courageux. Il avait osé rappeler que la transition devait s’achever au 31 décembre 2024, comme promis, comme inscrit, comme proclamé. Depuis, c’est un homme ciblé.
Il avait critiqué — poliment mais fermement — la création autoritaire d’une Direction Générale des Élections, taillée sur mesure pour que le CNRD fabrique à la carte ses futurs résultats électoraux. Pas d’organe indépendant, pas de contrôle citoyen, pas de contre-pouvoir.
Et voilà ce qu’on récolte, en Guinée, quand on ose : l’effacement.
Mais Me Traoré n’est pas le premier. Et c’est bien ça le problème.
- Foniké Menguè : disparu depuis juillet 2024.
- Mamadou Billo Bah : effacé du paysage depuis la même période.
- Saadou Nimaga, Habib Marouane Camara : introuvables, fantômes d’une République aux abois.
- Et maintenant Me Mohamed Traoré.
Combien faudra-t-il de disparus pour que la communauté internationale comprenne qu’on ne parle plus d’une transition mais d’une dictature militaire camouflée ?
Le CNRD, ce pouvoir qui a peur de l’encre plus que des armes.
Il faut dire la vérité : le régime de Mamadi Doumbouya est devenu ce qu’il prétendait combattre. Un appareil brutal, opaque, paranoïaque. Un système qui traque les journalistes, les militants, les avocats, les penseurs, les artistes, les citoyens.
Le général-président, promu à son propre mérite (c’est-à-dire aucun), bombarde des institutions bidon, crée des commissions sur mesure, et tisse un filet de surveillance autour de tous ceux qui ne récitent pas sa litanie. “Unir la Guinée”, dit-il ? Quelle blague. On n’unit pas un pays avec des menottes.
À qui le tour ?
Cette question n’est pas rhétorique. Elle est réelle, tragique, urgente.
Parce que tous les signaux sont au rouge, mais que les langues se paralysent. Parce que le silence est devenu stratégie de survie, et que la peur remplace le débat. Parce que ceux qui restent parlent à voix basse, pendant que les voix fortes, elles, sont réduites à néant.
Qui sera le prochain ?
Un autre avocat ? Un journaliste ? Un professeur ? Un imam ? Un simple citoyen ? Personne n’est à l’abri quand le pouvoir agit dans l’ombre, sans loi, sans limite, sans pitié.
Une justice kidnappée, un État fantôme, un peuple qui suffoque.
Ce n’est plus un gouvernement. C’est un régime de confiscation, un clan installé dans les ors d’un pouvoir pris par la force, et qui entend le garder par tous les moyens.
Me Mohamed Traoré n’est pas juste un nom de plus. Il est le symbole d’un basculement.
Quand un avocat respecté disparaît sans trace, ce n’est pas lui seulement qu’on attaque. C’est tout l’État de droit qu’on enterre.
Et pendant ce temps, que fait la justice ? Que fait l’Ordre des avocats ? Que fait la CEDEAO ? L’ONU ? Les belles voix qui chantent la démocratie dans les colloques climatisés ?
Le silence. Encore. Toujours.
Mais le silence, lui aussi, finit par faire du bruit. Et ce bruit, c’est celui d’un pays qui s’effondre.
— conakrylemag


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