Le Grand Imam de Kankan rétabli : un recul tactique du pouvoir sous pression ?

Le Grand Imam de Kankan rétabli : un recul tactique du pouvoir sous pression ?

Le Grand Imam de Kankan, Elhadj Karamo Bangaly Kaba, vient d’être réhabilité dans ses fonctions après une éviction controversée qui avait suscité une vive indignation.

Mais derrière cette réintégration précipitée, se cache une réalité politique gênante : le régime de Mamadi Doumbouya, qui pensait pouvoir imposer son autorité sans résistance, se retrouve contraint de reculer face à la pression populaire et religieuse.

Alors, erreur de calcul ou simple manœuvre pour calmer la contestation ?

Un limogeage aux relents politiques ?

Le renvoi du Grand Imam avait immédiatement été perçu comme une décision à connotation politique. Dans un contexte où le CNRD tente de verrouiller tous les espaces d’influence, la mise à l’écart d’un leader religieux influent comme Elhadj Karamo Bangaly Kaba n’avait rien d’anodin.

Quoi qu’il en soit, cette tentative de mainmise sur le leadership religieux a déclenché une onde de choc bien au-delà de Kankan, forçant le pouvoir à revoir sa copie.

Un régime qui recule face à la pression

En rétablissant le Grand Imam dans ses fonctions, le CNRD admet indirectement avoir sous-estimé la réaction populaire.

Cette volte-face révèle une faiblesse : le CNRD, malgré sa posture autoritaire, sait qu’il ne peut pas se mettre tout le monde à dos en même temps.

Un avertissement pour Doumbouya ?

Ce fiasco est une leçon pour le pouvoir militaire :

  1. Le contrôle absolu a ses limites. Même en s’imposant par la force, certains symboles et figures restent intouchables sans provoquer une révolte.
  2. La religion reste un pilier puissant en Guinée. Manipuler les institutions religieuses pour des intérêts politiques est une stratégie risquée qui peut se retourner contre ses instigateurs.
  3. Les Guinéens ne sont pas dupes. Ce type de décision et de rétropédalage nourrit la méfiance et affaiblit la crédibilité du régime.

Un apaisement de façade ?

Si le Grand Imam a été rétabli, la confiance est désormais brisée. Le pouvoir a montré qu’il était prêt à instrumentaliser la religion à des fins politiques, mais aussi qu’il n’est pas infaillible face à la pression du peuple.

Ce rétablissement n’est pas un geste de bienveillance, c’est un calcul politique pour éviter une crise qui aurait pu échapper à tout contrôle.

Mais une chose est sûre : chaque recul du CNRD est un signe que le rapport de force n’est plus à sens unique. Et ceux qui pensent que Doumbouya peut tout imposer sans contestation feraient bien de regarder cette affaire de plus près.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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