Politique linguistique de la Guinée: le poids des mots
J’apprends que certains proposent de reléguer le français au rang de langue de travail en Guinée. Ainsi, le français ne devrait plus être la langue officielle du pays. Aucune autre langue ne devrait avoir le statut de langue officielle. Mais l’Etat aurait l’obligation de promouvoir nos langues nationales.
Avant qu’une telle initiative ne soit finalement envisagée, il importe d’attirer l’attention sur la signification et la portée des concepts en jeu.
Une langue officielle est une langue désignée comme telle, généralement par la Constitution d’un pays, et qui doit être employée dans la rédaction de tous les documents officiels (lois, règlements, jugements, etc.) du pays en question ou de l’organisation internationale considérée. Elle est donc à la fois d’usage interne et d’usage externe. Ce dernier étant le plus important puisqu’il permet de savoir quelle est la langue « parlée » par un Etat. C’est ainsi que l’on sait que le Royaume-Uni « parle » anglais et la République de Guinée « parle » français.
Une langue de travail, par contre, a un usage purement interne. Elle ne dit pas quelle langue « parle » la Guinée mais quelle langue « parlent » les employés, les fonctionnaires de l’Etat guinéen dans le cadre de leur travail. En d’autres termes, on va encourager les gens à parler sossokhoui, pular, maninkakan, lomaghoy, etc. mais on va leur dire « parlez français entre vous dans vos lieux de travail ».
En conclusion, l’aménagement linguistique devrait se faire sans passion aucune. Ici, seule l’efficacité et le raisonnable comptent. Même une nation homogène a besoin d’une langue officielle puisque celle-ci lui est nécessaire à la fois dans ses rapports avec ses administrés et dans ses rapports avec le monde extérieur. La Guinée, pays multiethnique dont la Nation est en construction, ne peut pas se passer d’une langue officielle. Si maintenant l’identification de celle-ci pose encore problème, on pourrait toujours en débattre.
S.O.Camara
— conakrylemag


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