Rails pillés, infrastructures à l’abandon : quand Amara Camara crie au vol sans balayer devant sa porte
Dans une déclaration qui oscille entre hypocrisie politique et cynisme absolu, Amara Camara, secrétaire général de la présidence, s’est insurgé contre les « dirigeants véreux » qui auraient « volé et dilapidé » le réseau ferroviaire guinéen.
Un aveu tardif, qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de solutions. Car si les infrastructures ferroviaires ont été sabotées, pillées, et revendues comme de la ferraille, ce n’est pas un mystère pour le peuple guinéen. La vraie question est donc : Pourquoi ce scandale refait-il surface maintenant ? Qui veut-on accuser et qui protège-t-on réellement ?
Car si Amara Camara connaît les coupables, pourquoi ne sont-ils pas inquiétés ? Pourquoi aucune action sérieuse n’a été entreprise pour restaurer le réseau ferroviaire guinéen en trois ans de transition ?
La Guinée, dotée d’un potentiel énorme en ressources minières et agricoles, continue d’être un pays où le transport de masse reste archaïque, où le commerce souffre d’un manque cruel d’infrastructures, et où les citoyens subissent les conséquences de décennies de mauvaise gouvernance.
Un réseau ferroviaire autrefois florissant, aujourd’hui en ruine
Historiquement, le chemin de fer guinéen a été un pilier essentiel du développement économique, notamment pour le transport des minerais.
À l’époque coloniale, la Guinée possédait un réseau ferroviaire efficace :
- Le chemin de fer Conakry-Niger, inauguré en 1910, qui reliait Conakry à Kankan sur plus de 660 kilomètres, était un axe vital pour le transport des marchandises et des passagers.
- Les lignes minières, développées pour l’exportation de la bauxite et du fer, ont permis à la Guinée de devenir un acteur clé dans l’industrie extractive mondiale.
Mais au fil des ans, l’irresponsabilité des gouvernements successifs et la corruption généralisée ont conduit à l’abandon progressif du rail.
Dès les années 1980, le transport ferroviaire guinéen a commencé à s’effondrer, avec des rails démontés illégalement, vendus comme de la ferraille, et un manque total d’entretien des infrastructures.
Aujourd’hui, les trains de passagers ont disparu, et seules quelques lignes minières, exploitées par des entreprises étrangères, subsistent.
Qui sont les vrais coupables du pillage ferroviaire ?
Si Amara Camara parle de « dirigeants véreux », alors qu’il les nomme. Car les responsables de ce désastre sont connus :
- Des cadres de l’administration qui ont profité de la confusion pour détourner du matériel ferroviaire et le revendre à des entreprises privées.
- Des politiciens qui ont signé des accords opaques avec des compagnies étrangères, leur offrant des concessions minières sans obligation de développer les infrastructures locales.
- Des intermédiaires et hommes d’affaires qui ont organisé la vente des rails et des équipements ferroviaires à l’étranger.
En 2017, une enquête de la Cour des Comptes révélait déjà des irrégularités flagrantes dans la gestion du patrimoine ferroviaire guinéen. Des centaines de tonnes de rails avaient mystérieusement disparu, sans qu’aucune poursuite ne soit engagée.
Le CNRD, un donneur de leçons sans bilan concret
Depuis le coup d’État de 2021, le CNRD a eu trois ans pour remédier à la situation. Qu’a-t-il fait pour restaurer le réseau ferroviaire ? Absolument rien.
- Aucun plan de relance sérieux n’a été proposé.
- Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte pour identifier les coupables de ce pillage.
- Aucune politique de modernisation du transport ferroviaire n’a été mise en place.
Alors, pourquoi ces déclarations maintenant ? Parce que la junte cherche à détourner l’attention de ses propres échecs, en pointant du doigt les fautes des gouvernements précédents.
Pendant ce temps, les Guinéens continuent d’emprunter des routes défoncées, de subir des tarifs de transport exorbitants et de voir leur économie paralysée par le manque d’infrastructures.
Des milliards engloutis ailleurs, mais pas pour le rail
Si la Guinée avait un gouvernement réellement préoccupé par le développement, le réseau ferroviaire serait une priorité absolue. Mais où va l’argent du pays ?
- Les revenus issus de la bauxite sont massivement détournés, au lieu d’être réinvestis dans les infrastructures.
- Des milliards sont dépensés pour des campagnes de communication autour de la « refondation », tandis que les besoins fondamentaux restent insatisfaits.
- L’armée et les forces de sécurité reçoivent des financements prioritaires, alors que le secteur des transports reste à l’abandon.
Un scandale qui en cache d’autres
La déclaration d’Amara Camara n’est qu’un écran de fumée pour masquer l’incompétence actuelle du régime.
- Pourquoi dénoncer le vol des rails sans proposer de solution concrète ?
- Pourquoi le CNRD ne met-il pas en place un véritable projet de réhabilitation ferroviaire ?
- Pourquoi continue-t-on d’offrir des concessions minières aux multinationales sans exiger la construction d’infrastructures de transport modernes ?
Si le CNRD veut être crédible, il doit cesser les discours et passer à l’action. Car les Guinéens en ont assez des dénonciations sans suites, des scandales sans sanctions, et des promesses sans résultats.
Un pays qui recule pendant que d’autres avancent
Pendant que le Sénégal développe un Train Express Régional (TER), que la Côte d’Ivoire modernise son réseau ferroviaire, la Guinée, elle, reste embourbée dans la médiocrité, les discours et l’inaction.
Le CNRD peut bien accuser les gouvernements précédents, mais lui-même fait partie du problème. Et tant que les véritables réformes ne seront pas engagées, les rails continueront de rouiller, les routes de se détériorer, et la Guinée de s’enfoncer dans le sous-développement.
Alors, plutôt que de pleurer sur des rails volés, Amara Camara et son gouvernement devraient commencer à construire quelque chose de durable. Mais pour cela, encore faudrait-il qu’ils en aient la volonté… et la compétence.
— conakrylemag


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