Ok, vous avez compris que ce week-end, la thématique porte sur la corruption. Et ici, j’interpelle tous les citoyens guinéens. On ne peut pas lutter contre la corruption de manière ciblée. J’ai vu dans ce pays des programmes anticorruption lancés en fanfare. Résultat, on a emprisonné des opposants, des gêneurs et autres indésirables qui embêtaient le pouvoir en place. Parfois même, on a été exhumer des dossiers compromettant des opposants anciennement au pouvoir. Au besoin, on n’a pas craint de fabriquer des faux dossiers pour faire chuter les concitoyens ciblés.
On en vient à craindre pour la tranquillité de la femme ou l’homme qui devient populaire, dangereusement populaire. Pour autant, tout le monde voyait très bien dans quel camp se trouvaient les plus gros corrupteurs et les plus grands corrompus. Ce n’est pas sans raison que l’on a souvent parlé de délit d’apparence.
Cette façon de procéder consacre l’impunité en obligeant tout le monde à une sagesse contrainte. Et les personnages influents qui voulaient la paix n’ont pas trouvé meilleur refuge que de s’enrôler dans le parti au pouvoir.
On ne peut éduquer que lorsqu’il y a possibilité de sanction. Si je sais que « je fais et puis y a rien », pourquoi se gêner ? Si on veut vraiment et réellement éradiquer la corruption, la structure chargée de ce combat doit pouvoir aller partout où il faut. Elle doit pouvoir agir sans contrainte et sans crainte.
Tous, nous voyons ou bien nous supputons les dégâts que la corruption cause à nos économies nationales et par quels mécanismes pervers elle gangrene la vie sociale. Aucun progrès n’est possible dans une société corrompue. Les acteurs de la vie économique du pays en savent quelque chose.
Le journaliste, de son côté, recueille des révélations qu’il doit tenir secrètes. Soit pour sa propre sécurité, soit parce que les auteurs de ces confidences craignent pour la bonne marche de leurs affaires. Que dire alors du magistrat placé en première ligne ?
Un directeur national des services de police n’a pas craint de me dire un jour, « ce n’est pas parce qu’on a voté une loi qu’on est obligé de l’appliquer ». Un président de l’Assembée nationale guinéenne qui vote les lois, a déclaré que « si l’application d’une loi peut créer des vagues, il vaut mieux se garder de l’appliquer ». A-t-on vraiment besoin de commentaires ?
On lance un programme au bénéfice des femmes en milieu rural. Au ministère d’abord, ceux qui le peuvent « prennent leur part ». Ensuite les gens chargés d’aller sur le terrain « prennent leur part ». Ainsi de suite, tout au long de la chaîne de décision. Résultat des courses : les femmes au village reçoivent des miettes. Et elles disent « merci », parce qu’elles ignorent tout de ce gigantesque râteau qui les spolie à chaque étape.
Terminons en disant que nous n’avons pas le choix. Si on veut être réellement libres dans une société démocratique, si nous voulons le développement, il nous faudra éradiquer la corruption. Sans faux-semblants et sans faux-fuyants. C’est difficile, c’est dur à entendre mais nous devons nous dire la vérité les yeux rouges dans les yeux rouges.
Abdoulaye Sankara
— conakrylemag


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