Affaire Cellou Dalein Diallo : la Cour suprême déboute l’État, mais la manœuvre politique continue
La justice guinéenne est-elle un instrument aux mains du pouvoir ou une véritable instance d’arbitrage indépendante ? Le verdict de la Cour suprême dans l’affaire de l’expropriation de Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré met une nouvelle fois en lumière l’instrumentalisation judiciaire en Guinée.
Jeudi 13 février 2025, la plus haute juridiction du pays a statué sur le litige foncier opposant l’État guinéen aux deux leaders politiques. Contrairement aux narrations officielles, la Cour suprême n’a pas annulé le décret attribuant les terrains en question, mais a plutôt déclaré irrecevable la requête de l’État qui visait à l’annuler. Pourtant, la propagande gouvernementale s’est empressée de présenter cette décision comme une victoire, alors qu’en réalité, l’État a été débouté.
Une expropriation aux relents politiques
Le dossier remonte à 2022, lorsque le régime de transition a ordonné l’expulsion brutale de Cellou Dalein Diallo de sa résidence de Dixinn, suivie de sa démolition sous prétexte que le terrain appartenait à l’État. Pourtant, comme le rappelle Souleymane Souza Konaté, conseiller en communication du leader de l’UFDG, l’achat de cette résidence s’est fait dans la légalité totale :
- Évaluation indépendante,
- Paiement par chèque bancaire,
- Quittance libératoire délivrée par l’État,
- Décret présidentiel attribuant officiellement le domaine.
Trois ans plus tard, la Cour suprême vient de confirmer que l’État a tenté d’annuler ce décret de manière irrégulière et hors délai (19 ans après les faits). Mais plutôt que de reconnaître cette réalité, le régime tente de manipuler l’opinion en insinuant que Cellou Dalein Diallo aurait « perdu son procès ».
Un mensonge grossier.
Un acharnement judiciaire et une justice instrumentalisée
Ce n’est un secret pour personne : la junte au pouvoir en Guinée a fait du harcèlement judiciaire une arme politique. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, toutes les grandes figures de l’opposition ont été ciblées par des procédures douteuses, des interdictions de voyage et des campagnes de diabolisation orchestrées par l’appareil d’État.
Le cas de Cellou Dalein Diallo est emblématique. Pourquoi un décret signé sous Lansana Conté, et resté en vigueur sous Alpha Condé, deviendrait-il soudainement « illégal » sous Mamadi Doumbouya ?
La réponse est politique.
- En 2022, le CNRD cherchait à affaiblir les figures de l’opposition et à envoyer un message clair : personne n’est intouchable.
- L’expropriation et la démolition de la résidence de Cellou Dalein n’étaient pas une simple affaire foncière, mais une volonté d’humilier un adversaire politique de premier plan.
- Aujourd’hui, avec l’approche des élections présidentielles que la junte veut contrôler, la stratégie ne change pas : déstabiliser, discréditer et neutraliser toute opposition.
Une bataille loin d’être terminée
Si l’État a perdu sa tentative d’annuler le décret, le dossier judiciaire reste ouvert devant le tribunal de Dixinn. L’enjeu est de taille : la reconnaissance du droit de propriété de Cellou Dalein Diallo et, au-delà, la confirmation que cette expropriation était une pure manœuvre politique.
Mais dans un pays où les décisions de justice sont souvent dictées par le pouvoir exécutif, peut-on réellement espérer un procès équitable ? La pression sera immense sur les juges, car une reconnaissance du droit de l’opposant serait un camouflet pour le régime.
L’affaire Cellou Dalein Diallo n’est donc pas qu’un simple contentieux foncier. Elle est le symbole du bras de fer entre un régime qui veut écraser toute opposition et une classe politique qui refuse de céder à l’intimidation.
La Cour suprême vient de révéler une manipulation ratée du pouvoir. Mais la guerre judiciaire et politique, elle, est loin d’être terminée.
— conakrylemag


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