Aliou Bah, l’autre oublié de la dictature guinéenne : silence sur un prisonnier politique
Tandis que les projecteurs se braquent à juste titre sur les cas de disparition forcée de Foniké Menguè et Billo Bah, un autre nom résiste dans les ombres d’un oubli orchestré : Aliou Bah, président du MoDeL, prisonnier politique dans une Guinée qui se radicalise chaque jour davantage.
Condamné à deux ans de prison ferme pour « diffamation et offense au chef de l’État », Aliou Bah croupit derrière les barreaux uniquement pour avoir osé parler, critiquer, questionner le pouvoir. Dans une démocratie normale, cela aurait fait de lui un opposant politique. Sous la junte de Mamadi Doumbouya, cela fait de lui un détenu.
Un an de silence médiatique, d’oubli diplomatique, de mutisme judiciaire. Et pourtant, le cas d’Aliou Bah est un révélateur brutal de ce que la Guinée devient : une République où la parole libre est passible de prison.
Un procès politique, une condamnation déjà écrite
Arrêté en avril 2024, Aliou Bah a été condamné en mai 2024 à deux ans d’emprisonnement pour des propos critiques tenus dans une interview publique. Une procédure express, sans nuance, sans débat réel, où l’accusation d’ »offense au chef de l’État » a servi de prétexte à une condamnation politique.
Aucune insulte. Aucune incitation à la haine. Juste des mots. Des mots qui dérangent un régime qui se vit comme infaillible, mais qui tremble à chaque critique bien argumentée.
Pourtant, l’article 10 de la Charte de la Transition toujours en vigueur garantit la liberté d’opinion, d’expression, et de conscience. Mais en Guinée, la Constitution, la loi, la charte ou les droits humains n’ont plus cours quand ils contrarient le pouvoir.
Le silence complice des institutions judiciaires
Ceux qui espéraient un minimum de courage ou de dignité institutionnelle ont été cruellement déçus. Le TPI de Mafanco a fait ce qu’on lui a demandé : sanctionner, faire taire, enfermer.
En appel, la Cour a confirmé la sentence. Le procureur général, Fallou Doumbouya, a salué la décision comme « exemplaire ». Le ministre de la Justice, Alphonse Charles Wright, s’est réfugié dans des silences tactiques, incapable de défendre le principe même de justice équitable.
Mais au fond, qui s’étonne encore ? Depuis trois ans, la justice guinéenne a troqué la balance contre le sabre.
Un message d’intimidation à toute la jeunesse
Aliou Bah n’est pas qu’un homme politique. C’est un symbole générationnel. Un leader de la nouvelle vague. Un militant formé, éduqué, structuré, qui incarne une opposition civique, non violente et progressiste.
Son incarcération n’est pas qu’un règlement de compte : c’est un avertissement à tous les jeunes guinéens. Un message froid : « Si vous critiquez trop, vous finirez comme lui. »
Dans un pays où 70 % de la population a moins de 30 ans, cette peur généralisée est l’outil le plus efficace de la junte. Pas besoin d’emprisonner tout le monde. Il suffit d’enfermer un symbole.
Pourquoi ce silence autour de son cas ?
C’est là que l’injustice devient double. Pourquoi le cas d’Aliou Bah n’indigne-t-il pas autant que ceux de Foniké ou Billo ? Pourquoi si peu d’articles, si peu de réactions, si peu de solidarité ?
Serait-ce parce qu’il est toujours vivant ? Parce que son sort semble moins spectaculaire qu’une disparition forcée ? Parce qu’il appartient à un petit parti ? Parce que sa voix, aussi forte soit-elle, ne dispose pas d’un mégaphone médiatique ?
Ce silence est une complicité. Car oublier un prisonnier politique, c’est accepter les barreaux que l’on n’a pas vus.
Mamadi Doumbouya, le Général de la censure
Derrière l’uniforme, derrière la mise en scène virile, Mamadi Doumbouya gouverne aujourd’hui par l’intimidation. Un général sans combat militaire, mais en guerre contre les libertés. Un président par effraction, bombardé chef d’État, dont le pouvoir se nourrit de la peur et du culte du silence.
Aliou Bah a refusé ce silence. Il a dénoncé les dérives du CNRD, l’absence de feuille de route claire, les violations répétées des droits, le mépris des engagements pris devant le peuple. Pour cela, il a été puni.
Mais en réalité, il a été emprisonné parce qu’il avait raison trop tôt.
Un avenir menacé si la peur devient la norme
Si le cas d’Aliou Bah reste sans écho, si sa détention devient une banalité, alors tout devient possible : l’arrestation des journalistes, la criminalisation des ONG, la surveillance des professeurs, l’emprisonnement des blogueurs. Tout.
Nous sommes au bord de cette pente. Et il ne suffit pas de dire « c’est injuste ». Il faut agir, écrire, dénoncer, répéter, relayer.
Tant qu’un seul homme est en prison pour ses idées, aucun d’entre nous n’est libre.
N’oublions pas Aliou Bah
Son nom n’est pas toujours dans les titres. Mais son sort en dit long sur l’état de notre pays. Il est un prisonnier de la peur présidentielle.
Dans une Guinée où l’on s’habitue à l’impensable, où les prisons deviennent les seules institutions qui fonctionnent, Aliou Bah mérite notre voix.
Qu’on soit de son parti ou non. Qu’on soit jeune ou vieux. Qu’on soit d’accord avec lui ou pas. Ce qui compte, c’est qu’il soit en prison pour avoir parlé. Et que cela, jamais, ne devienne acceptable.
— conakrylemag


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