Arrestation du Dr Sékou Condé : la mise en scène politico-judiciaire racontée par Marc Yombouno

Arrestation du Dr Sékou Condé : la mise en scène politico-judiciaire racontée par Marc Yombouno

C’est un feuilleton de plus dans le théâtre judiciaire guinéen, où la mise en scène semble souvent plus travaillée que le fond des accusations. L’arrestation récente du Dr Sékou Condé, ancien haut cadre de l’administration guinéenne, fait grand bruit, d’autant plus que Marc Yombouno, ancien ministre et compagnon politique, a décidé d’en dévoiler les coulisses.

Et autant le dire tout de suite : le scénario sent le piège cousu main, le montage précipité, et surtout, la volonté politique de faire tomber une figure encombrante. Comme toujours sous les régimes à tendance autoritaire, la justice n’est qu’un levier d’épuration ciblée, et chaque arrestation un message codé à destination des potentiels « indisciplinés ».


Un « film » à suspense… mais sans surprise

Selon Marc Yombouno, l’arrestation du Dr Sékou Condé ne tient pas du hasard. Elle est le résultat d’un enchaînement bien huilé d’actions savamment orchestrées : convocation, interrogatoire musclé, puis privation de liberté sous des prétextes encore flous, le tout dans un climat de tension palpable.

Aucune transparence sur les charges retenues, aucune garantie sur la régularité de la procédure, mais une certitude dans les faits : la volonté de neutraliser un homme.

Et comme souvent dans ces affaires, la justice guinéenne brille par son zèle dès qu’il s’agit de poursuivre des figures de l’ancien régime, pendant qu’elle piétine face aux fautes actuelles des nouveaux proches du pouvoir.


Sékou Condé, cible politique ou symbole sacrificiel ?

Qui est visé derrière Sékou Condé ? Un individu ? Ou tout ce qu’il représente : l’ancien pouvoir civil, les réseaux d’Alpha Condé, l’administration d’avant-2021, l’élite formée en dehors du cercle militaire ?

Cette arrestation ressemble fort à un message adressé aux anciens dignitaires : “Tenez-vous tranquilles ou nous viendrons vous chercher.”
Et tant pis si les preuves sont maigres.
Tant pis si la procédure est bancale.
Tant pis si l’accusation flotte dans le brouillard.
Le but est ailleurs : faire peur, frapper les esprits, montrer que le sabre tient toujours le stylo.


Marc Yombouno : le contre-récit d’un homme de l’ancien système

Dans sa sortie médiatique, Marc Yombouno ne se contente pas de relater les faits. Il accuse à demi-mot, critique sans nommer, mais dénonce clairement le caractère politique de l’opération. Selon lui, le Dr Sékou Condé n’a jamais été impliqué dans des affaires de malversations. Mieux : il aurait servi l’État loyalement.

Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi lui ?
Parce qu’il fallait un nom. Une figure. Un symbole à livrer à l’opinion pour nourrir l’illusion d’une lutte contre l’impunité.
Un os à jeter à une population affamée de justice, pendant que les vrais prédateurs du régime actuel continuent de jouir en toute impunité.


La CRIEF, instrument ou institution ?

Encore une fois, c’est la CRIEF (Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières) qui est mise en avant. Officiellement créée pour assainir la gestion publique, elle s’est transformée en machine à broyer sélective, spécialisée dans l’acharnement judiciaire sur les anciens… et dans l’amnésie bienveillante pour les actuels.

À ce rythme, la CRIEF risque fort de devenir la vitrine judiciaire d’un régime qui parle de justice tout en pratiquant la vengeance.


L’indignation sélective du pouvoir

Ce qui choque encore plus, c’est l’indifférence du régime face aux dénonciations. Pas un mot pour répondre aux critiques de Marc Yombouno. Pas de transparence sur les motifs de l’arrestation. Aucun effort pour rassurer l’opinion sur l’indépendance de la procédure.

Le silence devient alors une confirmation.
Confirmation que le procès est politique.
Confirmation que l’accusé est désigné, non pas par la loi, mais par la stratégie du moment.
Confirmation que dans la Guinée du général Doumbouya, la justice est un outil, pas une institution.

Une justice aux ordres ne rend pas service à la Guinée

Si le pouvoir espère se donner une image de rigueur à travers ces arrestations, il se trompe de méthode. Car une justice sélective n’est pas une justice. C’est une revanche.
Et quand l’appareil judiciaire sert à régler des comptes politiques, c’est l’ensemble de l’État de droit qui recule.

L’arrestation du Dr Sékou Condé est peut-être un coup politique réussi à court terme. Mais à long terme, c’est une fissure de plus dans le peu de crédibilité qu’il reste à la transition guinéenne.


Derrière chaque prisonnier politique, il y a une justice enchaînée.
Et derrière chaque silence du régime, il y a une peur du débat, une peur de la vérité.
Le pouvoir peut enfermer les hommes. Mais il n’enfermera jamais la mémoire du peuple.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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