Bentourayah : recensement biométrique ou racket d’État organisé ?

Bentourayah : recensement biométrique ou racket d’État organisé ?

Bienvenue à Bentourayah, Coyah. Ici, le recensement citoyen censé être une opération gratuite, équitable et républicaine s’est transformé en une foire aux extorsions. Une foire sale, honteuse, assumée en silence. Il ne s’agit plus de faire entrer les citoyens dans le fichier électoral, mais plutôt de leur soutirer un “droit d’accès” à leur propre citoyenneté. Paye, ou reste invisible. Voilà l’alternative.

Dans ce coin du pays, des agents recenseurs probablement missionnés par une administration qui jure ses grands dieux lutter contre la corruption font payer les citoyens pour les enrôler. Oui, vous avez bien lu : un processus censé être gratuit se vend désormais au détail, dans les quartiers, entre deux kits biométriques flambant neufs financés par 35 millions de dollars d’argent public.

Mais à quoi bon investir autant si c’est pour transformer les bureaux de recensement en guichets d’arnaque institutionnalisée ? Qui encaisse ? Qui couvre ? Qui autorise ? Car dans un pays où rien ne bouge sans aval politique, ne venez surtout pas nous faire croire que ce racket est le fruit d’initiatives isolées. Ce n’est pas un bug. C’est un système. Rodé. Huilé. Protégé.

Des citoyens, souvent analphabètes, vulnérables, sans aucun recours, se voient contraints de payer un “frais d’enregistrement”. Montant variable, selon l’humeur du jour et le degré de désespoir du demandeur. Certains paient 10 000 GNF. D’autres 20 000. Pour quoi ? Pour le “temps du technicien”. Pour “l’impression”. Pour « le carburant ». Des excuses minables pour une escroquerie bien rodée.

Mais le plus choquant, ce n’est pas l’arnaque elle-même. C’est le silence des autorités. La présidence, si prompte à donner des instructions aux mouvements de soutien pour “mobiliser sur le terrain”, semble soudainement frappée de mutisme. Le ministère de l’Administration du territoire, toujours prompt à menacer les opposants de sanctions, ne pipe mot. Le MATD regarde ailleurs. Et pendant ce temps, les faussaires de la République continuent leur besogne, carte biométrique contre espèces sonnantes.

Et on ose encore parler de “transition inclusive” ? De “restauration de la confiance citoyenne” ? Quelle confiance peut-on avoir dans un État qui fait de l’accès au vote un commerce honteux ? Ce recensement, pourtant crucial pour les prochaines élections, est en train de devenir l’illustration parfaite d’une transition dévoyée, gangrenée par le clientélisme, l’abus de pouvoir et l’indifférence crasse.

Et surtout, qui protège ces agents ? Car il ne suffit pas de blâmer “quelques brebis galeuses”. Si elles sont galeuses, c’est que la bergerie est pourrie. Si personne ne les arrête, c’est qu’elles sont utiles. Si elles peuvent rançonner impunément, c’est que quelqu’un, quelque part, y trouve son compte.

Ce n’est pas un scandale local. C’est un test national. Un test pour savoir si cette transition a encore un soupçon de colonne vertébrale morale. Si un gouvernement qui se dit “refondateur” peut tolérer qu’on fasse payer des citoyens pour exercer leur droit le plus fondamental : exister dans les registres de la République.

Mais ne vous y trompez pas : chaque billet extorqué est un clou enfoncé dans le cercueil de la confiance. Et à force de jouer avec les droits des pauvres, de mépriser leur dignité, de leur vendre ce qui leur appartient de droit, le régime prépare sa propre délégitimation.

Ce recensement n’est pas un simple processus administratif. C’est un révélateur. Il montre, mieux qu’un rapport de la Cour des Comptes, à quel point l’État guinéen est devenu un appareil au service de quelques-uns, contre les siens. Même les cartes d’identité se vendent au marché noir de l’administration.

Alors oui, on peut toujours faire de beaux discours. On peut acheter d’autres kits, organiser des séminaires, multiplier les appels à “la citoyenneté responsable”. Mais tant que l’on fera payer un pauvre pour simplement être reconnu comme citoyen, c’est le pouvoir lui-même qui sera illégitime.

Et que personne ne vienne dire ensuite : “On ne savait pas.” À Bentourayah, on sait. On voit. On paie. Et on attend, pendant que l’État… se tait.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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