Fichier électoral en Guinée : la biométrie au secours du mensonge électoral ?
C’est désormais officiel : le fameux PN-RAVEC, longtemps vendu comme la solution miracle pour un fichier électoral fiable, a été abandonné en rase campagne. À la place, le gouvernement de transition dégaine un recensement biométrique national express, censé démarrer le 15 avril 2025, pour boucler — tenez-vous bien — en 45 jours chrono. Une prouesse technocratique jamais vue, sauf peut-être… dans les manuels de prestidigitation électorale.
On nous parle de transparence. On nous parle de retour à l’ordre constitutionnel. Mais ce qu’on voit, c’est un régime qui change les règles du jeu à chaque tour, supprime les arbitres, et installe ses propres commissaires de recensement… sans les partis politiques.
À ce stade, ce n’est plus une transition. C’est une transformation contrôlée du pouvoir en machine à reconduction. Avec, au passage, une belle couche de « biométrie » pour faire propre.
PN-RAVEC : mort clinique d’un projet mort-né
Le PN-RAVEC, lancé en novembre 2024, devait servir de fondement solide à un fichier d’état civil moderne, à vocation électorale. Mais comme tout ce qui demande rigueur, délai, transparence et inclusivité, il vient d’être jeté aux oubliettes. Et avec lui, la promesse d’un processus piloté par une logique républicaine.
Le motif officiel ? Accélérer le processus électoral. La vérité ? Créer un fichier sur mesure, expédié en 45 jours, sans observateurs politiques, sans filets de sécurité démocratique.
45 jours pour refonder un pays électoralement explosé ? Sérieusement ?
Un recensement biométrique national, dans un pays aussi administrativement désorganisé que la Guinée, ne peut pas être fait correctement en 45 jours.
- Pas avec des routes impraticables.
- Pas avec une administration à genoux.
- Pas avec une population méfiante, un climat politique délétère et un appareil étatique militarisé.
Ce délai est tout simplement impossible.
Sauf si, bien sûr, le but n’est pas l’exactitude, mais l’apparence.
Sauf si l’objectif n’est pas un fichier crédible, mais un outil de légitimation rapide.
Exclusion des partis : la grande mascarade électorale commence
Les commissions de recensement, selon le courrier du ministre, seront composées de sages, de jeunes et de femmes.
C’est joli sur le papier. Très inclusif en apparence. Mais il y a un absent de taille : les partis politiques.
On ne veut pas d’eux dans les commissions. On ne veut pas d’yeux critiques, de témoins gênants, de voix discordantes. On veut un processus sans surveillance, sans contradiction, sans garantie.
Et ensuite, on dira que le fichier est biométrique, donc « fiable ». Comme si la technologie suffisait à camoufler la manipulation politique.
Digitalis, encore et toujours…
L’entreprise DIGITALIS, déjà prestataire de l’État pour la biométrisation des fonctionnaires, hérite à nouveau d’un contrat sensible. Pas de mise en concurrence transparente. Pas d’appel d’offre public détaillé. Pas de débat parlementaire (évidemment, il n’y en a pas).
Le même fournisseur, les mêmes réseaux, les mêmes habitudes.
On ne change pas une équipe qui “fonctionne” — ou plutôt, qui obéit.
Une transition de plus en plus suspecte
Depuis que le général Doumbouya a promis un retour à l’ordre constitutionnel, le calendrier électoral a été ajusté, les institutions neutralisées, les partis suspendus, la justice instrumentalisée, et maintenant… le fichier électoral réinventé.
Le tout pendant que des mouvements de soutien à une candidature Doumbouya fleurissent comme des champignons sous contrôle.
Vous voyez le tableau ? Nous y sommes : Une transition militaire qui mène tranquillement à une élection sans concurrence, sans transparence, sans base électorale crédible.
Un fichier sur mesure pour un candidat en treillis civilisé ?
Soyons clairs : le recensement biométrique lancé dans ces conditions n’est pas une solution. C’est une manœuvre.
Il ne vise pas à rendre le vote plus crédible. Il vise à le verrouiller.
Ce fichier ne sera pas le reflet du peuple. Il sera le reflet d’un projet autoritaire, camouflé sous les oripeaux d’une “année électorale”.
Et pendant que les Guinéens courront de centre en centre, récépissé en main, la présidentielle, elle, sera déjà écrite.
Dans les bureaux du palais.
Dans les algorithmes de Digitalis.
Et dans les rêves de pouvoir infini d’un général aux ambitions messianiques.
La Guinée mérite un vrai fichier électoral, pas un outil de confiscation légalisée.
Elle mérite une transition démocratique, pas une reconduction camouflée en biométrie.
Elle mérite une élection… pas une sélection.
Et ça, ni les récépissés, ni les logiciels, ni les discours lissés ne pourront le cacher.
— conakrylemag


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