Guinée : Quand la religion devient un outil de propagande
En Guinée, la politique ne se limite plus aux discours, aux manifestations et aux décisions gouvernementales. Désormais, elle s’invite même dans les lieux de culte, ces espaces supposés être dédiés à la spiritualité et à la paix intérieure. La mosquée marocaine de Conakry, l’un des plus imposants édifices religieux du pays, en est aujourd’hui l’illustration parfaite : un sanctuaire transformé en panneau publicitaire géant pour le pouvoir en place.
Sur cette image frappante, des centaines de fidèles sont rassemblés pour prier devant une mosquée aux façades immaculées, au style architectural raffiné. Mais au-dessus de l’entrée principale, un immense portrait du roi Mohammed VI du Maroc trône aux côtés de celui du général Mamadi Doumbouya, chef de la junte guinéenne. Un spectacle surréaliste qui en dit long sur la manière dont la religion est instrumentalisée à des fins politiques en Guinée.
La mosquée, nouveau terrain de jeu du culte de la personnalité
Dans un État qui se prétend laïc, les lieux de culte devraient être neutres, préservés des influences politiques. Pourtant, en Guinée, ce principe fondamental est de plus en plus bafoué. Les églises, les mosquées, les confréries religieuses deviennent des instruments de communication et de légitimation du pouvoir en place.
Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis des décennies, les régimes successifs ont compris le poids considérable des leaders religieux et des lieux de prière dans une société où la foi joue un rôle central. S’adosser à la religion permet de donner une illusion de légitimité divine et de renforcer l’idée que le chef de l’État serait une sorte d’élu providentiel.
Sauf que cette fois-ci, la mise en scène dépasse l’entendement. Une mosquée, financée par un pays étranger, devient un support de propagande politique où l’image du dirigeant local est associée à celle d’un monarque étranger. On ne glorifie plus seulement un homme, on impose une double allégeance : celle à un président-putschiste et celle à un allié stratégique.
La religion au service de la mise en scène du pouvoir
Cette instrumentalisation de la religion n’est pas qu’un simple détail. Elle est le signe d’un État obsédé par son image, prêt à tout pour contrôler chaque espace d’expression publique. En Guinée, il ne suffit pas d’être chef de l’État : il faut être omniprésent, il faut s’infiltrer dans chaque recoin de la vie des citoyens, jusqu’à leurs moments les plus intimes de recueillement et de prière.
À chaque prière du vendredi, des milliers de fidèles verront ce portrait affiché sur la mosquée. À chaque passage devant ce monument, ce message implicite sera ancré un peu plus profondément dans les esprits : le pouvoir est partout, il vous regarde, même dans votre foi.
Ce n’est pas anodin. C’est une technique vieille comme le monde, utilisée par les régimes autoritaires pour asseoir leur influence. En Égypte, en Turquie, en Arabie Saoudite, en Russie, le pouvoir politique s’adosse systématiquement à la religion pour légitimer son autorité et se rendre inattaquable. La Guinée ne fait que suivre cette trajectoire inquiétante.
L’hypocrisie du pouvoir et l’illusion du progrès
Pendant que l’on placarde des affiches géantes sur les mosquées, le quotidien des Guinéens, lui, ne change pas. Les coupures d’électricité paralysent les foyers et les entreprises, les prix des denrées alimentaires explosent, la justice est aux abonnés absents, et l’insécurité grandit. Mais tout cela importe peu tant que l’image du chef est bien visible sur les murs de la ville.
Le paradoxe est saisissant : on construit de magnifiques infrastructures, on érige des mosquées majestueuses, mais l’essentiel, lui, est toujours négligé. À quoi sert une mosquée flambant neuve si les fidèles qui y prient souffrent de pauvreté et d’injustice ? À quoi sert de magnifier l’architecture d’un bâtiment si ceux qui le fréquentent doivent lutter au quotidien pour survivre ?
Le véritable drame, c’est que ce genre de mise en scène fonctionne. À force d’être abreuvés de symboles, beaucoup finissent par oublier la réalité. On les convainc que le simple fait d’avoir une belle mosquée est une victoire. On les pousse à admirer la façade, sans jamais questionner ce qui se cache derrière.
Jusqu’où ira la théâtralisation du pouvoir ?
Si aujourd’hui les mosquées servent à afficher des portraits de dirigeants, que verra-t-on demain ? Des prêches du vendredi dictés directement par le gouvernement ? Des sermons à la gloire du chef de l’État ? Des imams transformés en porte-paroles du régime ?
Il est urgent de tirer la sonnette d’alarme. La religion doit rester un espace sacré, à l’abri des manipulations politiques. Il ne faut pas que les mosquées, lieux de paix et de recueillement, deviennent des annexes du ministère de la Communication.
Les Guinéens méritent mieux que cette comédie permanente. Ils ont besoin de dirigeants qui travaillent pour améliorer leurs conditions de vie, pas de figures imposées sur les façades des mosquées. Un pouvoir qui se sent obligé d’envahir la sphère religieuse pour exister est un pouvoir fragile. Et un peuple qui accepte cela sans réagir est un peuple enchaîné, non pas par la foi, mais par l’illusion d’un pouvoir omniprésent et omniscient.
La vraie spiritualité ne se trouve pas dans les affiches, ni dans les bâtiments luxueux. Elle se trouve dans la justice, dans l’intégrité et dans le respect du peuple. Et à ce niveau, la Guinée a encore un long chemin à parcourir.
— conakrylemag


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