Guinée : quand les mouvements de soutien à Doumbouya deviennent des machines à enrôler… et à manipuler
Ils étaient les tambourinaires zélés du régime. Les agitateurs de pancartes aux slogans surjoués. Les champions du pagne floqué à l’effigie du Général. Les “mouvements de soutien” à Mamadi Doumbouya avaient pour mission initiale de saturer l’espace public de leur ferveur, de noyer les critiques sous une vague de louanges en treillis. Mais voilà : la comédie festive a été suspendue. Ordre de la Présidence à peine voilé. Place au recensement. Place au vrai boulot : mobiliser la plèbe pour légitimer un futur scrutin au goût déjà amer.
Finies les danses folkloriques devant les caméras. Finis les concerts improvisés à la gloire du chef. Désormais, ces mouvements doivent “sensibiliser les populations”, “accompagner l’enrôlement”… Bref, se muer en bras civils de la stratégie politique du CNRD. Et personne ne s’étonne. Parce que tout le monde a compris : le pouvoir n’a plus besoin de louanges. Il a besoin de chiffres. De taux de participation. De bulletins bien rangés dans l’urne.
Mais soyons clairs : ce “nouveau cap” n’a rien de citoyen. C’est une opération de reconquête déguisée. On utilise les jeunes désœuvrés, les femmes manipulées, les notables sous perfusion financière pour faire croire à une mobilisation populaire. On fait du “recensement” un devoir sacré, un acte patriotique. Et pendant ce temps, la vraie participation politique celle qui critique, qui débat, qui remet en question est muselée, moquée, marginalisée.
Car que vaut un enrôlement orchestré par des mouvements instrumentalisés ? Que vaut un fichier électoral construit à coups de promesses, de pressions, de manœuvres opaques ? On prépare un scrutin comme on prépare un spectacle : avec des figurants, un décor et un public sous contrôle.
Il faut être d’une naïveté abyssale pour croire que ces mouvements sont “spontanés”, “apolitiques”, “citoyens”. Depuis quand des citoyens libres et éclairés reçoivent-ils des instructions directes de la Présidence pour “recentrer leur action” ? Depuis quand l’engagement civique se pilote depuis un bureau climatisé de Kaloum ?
Ce n’est plus de l’engagement, c’est de la consigne. De la basse manipulation. Du recyclage de clientélisme à peine déguisé.
Et ne parlons même pas du timing : à quelques mois du référendum constitutionnel prévu en septembre 2025, le pouvoir commence à stresser. L’image de Doumbouya s’effrite, les critiques grondent, la désillusion ronge même certains anciens partisans. Il fallait réagir. Vite. Et comme on n’a pas d’opposition crédible à convaincre, on envoie les fidèles saturer le terrain. Faire du chiffre. Fabriquer du consentement. À la guinéenne.
Mais le peuple n’est pas dupe. Il voit que derrière la “mobilisation citoyenne”, c’est une campagne électorale déguisée qui s’organise. Sans contradicteurs, sans débat, sans projet de société. Juste un slogan : “inscrivez-vous”. Pour quoi ? Pour qui ? Pourquoi faire ? Silence radio. Les questions dérangent. Ce qu’on veut, c’est votre nom. Pas votre opinion.
Pendant ce temps, ceux qui parlent de fraude, d’inéligibilité du CNRD à organiser sa propre succession, de confiscation de la souveraineté populaire, sont traités d’agitateurs, d’ennemis de la paix. On les enferme, on les exfiltre, on les fait taire. Et on présente les mouvements de soutien comme le “visage lumineux” d’une transition qui n’a plus rien de transitoire.
Mais à force de manipuler les foules, on finit par récolter des soulèvements.
Ces mêmes jeunes qu’on paie aujourd’hui pour faire du porte-à-porte au nom de Doumbouya pourraient bien être ceux qui, demain, brûleront les urnes en découvrant que leur voix ne vaut rien, que leur vote a été volé, que leur avenir a été troqué contre des tee-shirts et des per diem.
Le pouvoir actuel joue avec le feu. Il croit qu’une armée de partisans préfabriqués suffit à construire une légitimité. Il se trompe. La légitimité ne se fabrique pas, elle se mérite. Et elle se perd vite quand elle repose sur la manipulation et le mensonge.
Les mouvements de soutien ne sont plus des militants : ce sont des pions dans un jeu dangereux. Et s’ils ne s’en rendent pas compte aujourd’hui, l’histoire elle n’oubliera rien.
Pas même ceux qui auront aidé, en toute conscience ou par intérêt, à faire passer la Guinée d’une transition… à une trahison.
— conakrylemag


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