Justice en Guinée : modernisation ou poudre aux yeux ?

Justice en Guinée : modernisation ou poudre aux yeux ?

Le ministre de la Justice, Yaya Kairaba Kaba, serait engagé dans une modernisation profonde du secteur judiciaire et pénitentiaire, à en croire ses soutiens. Une réforme ambitieuse censée redonner à la justice guinéenne son indépendance et sa crédibilité. Mais derrière ces belles déclarations, la réalité est tout autre : une justice toujours instrumentalisée, des prisons surpeuplées où croupissent des opposants politiques et des procédures judiciaires dictées par l’agenda du pouvoir.

Loin d’une refonte structurelle, la réforme annoncée n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer l’essentiel : la justice guinéenne reste un outil au service du régime. On parle de modernisation, mais les juges continuent d’être soumis aux pressions politiques. On évoque l’amélioration des conditions carcérales, mais les détenus politiques et les prisonniers d’opinion continuent d’être entassés dans des cellules insalubres, privés de leurs droits les plus élémentaires.

La transition militaire, qui s’était engagée à restaurer l’État de droit, a multiplié les procès à charge contre ses adversaires, tandis que les affaires impliquant des figures proches du pouvoir sont soigneusement enterrées. La lutte contre l’impunité, vantée par le ministère de la Justice, ne vise que ceux que le régime veut neutraliser. Pendant ce temps, les responsables des violences et des abus sous la transition continuent d’agir en toute tranquillité, à l’abri des poursuites.

Les discours sur la modernisation judiciaire sonnent creux face à l’absence d’indépendance réelle du système. Les infrastructures pourront bien être rénovées, les effectifs renforcés et les textes de loi actualisés, rien ne changera tant que la justice restera inféodée au pouvoir. La seule réforme qui vaille commence par une séparation claire entre la politique et l’appareil judiciaire. Tant que ce principe ne sera pas respecté, toute modernisation ne sera qu’une façade.

Une justice à deux vitesses

En Guinée, la justice n’est pas la même pour tout le monde. D’un côté, les proches du pouvoir bénéficient d’une impunité absolue. De l’autre, les opposants, les journalistes critiques et les activistes sont traqués et jetés en prison sous des prétextes fallacieux.

Qui sont les prisonniers qui remplissent aujourd’hui les cellules ? Des citoyens ordinaires pris dans les rouages d’une administration judiciaire archaïque, des militants politiques arrêtés pour avoir osé exprimer une opinion dissidente, des figures de l’opposition réduites au silence par des procès bâclés. Pendant ce temps, les détournements de fonds publics, les abus de pouvoir et les violences d’État restent impunis.

La réforme annoncée par Yaya Kairaba Kaba n’évoque nulle part la nécessité de garantir un véritable équilibre dans le traitement des dossiers judiciaires. Il n’y a aucun engagement sérieux pour mettre fin aux arrestations arbitraires et aux poursuites sélectives. On modernise la forme, mais on laisse intacte une justice servile et corrompue.

Des prisons modernisées… pour mieux enfermer ?

Le gouvernement parle d’améliorer les conditions carcérales, mais qui sont les bénéficiaires de ces efforts ? Les prisonniers d’opinion et les détenus politiques continuent de croupir dans des cellules bondées, dans des conditions indignes. On modernise les bâtiments, mais on ne touche pas aux abus qui conduisent tant de Guinéens en prison pour des raisons purement politiques.

L’amélioration du système pénitentiaire ne peut se faire sans une réforme profonde de la justice elle-même. Ce n’est pas en repeignant les murs d’une prison qu’on efface les injustices qui y conduisent. La première modernisation qui s’impose, c’est celle de l’État de droit.

Mais est-ce réellement l’objectif du gouvernement ? Rien ne l’indique. Les efforts du ministre de la Justice semblent davantage orientés vers une communication bien ficelée, destinée à séduire la communauté internationale, plutôt qu’à résoudre les véritables problèmes du système judiciaire guinéen.

Une justice au service du pouvoir

Sous la transition, la justice n’a jamais été aussi politisée. Les magistrats indépendants sont écartés, les décisions judiciaires sont dictées par les intérêts du régime, et les affaires sensibles sont tranchées en coulisses bien avant d’arriver devant un tribunal.

Les exemples sont nombreux : Des leaders de l’opposition incarcérés sans preuves solides. Des journalistes et des activistes persécutés pour avoir simplement exercé leur droit à l’information. Des procès montés de toutes pièces pour écarter les voix discordantes.

Pendant ce temps, les véritables criminels, ceux qui pillent les ressources du pays et qui violent les droits fondamentaux des citoyens, continuent de circuler librement.

Les tribunaux guinéens ne sont plus que des chambres d’exécution des décisions politiques, où les verdicts sont connus d’avance, les peines dictées par le sommet du pouvoir, et les juges réduits à de simples figurants.

Un discours creux, une réalité brutale

La modernisation du secteur judiciaire et pénitentiaire annoncée par Yaya Kairaba Kaba n’est qu’un mirage. On veut donner l’impression d’un État en mutation, alors que rien ne change sur le fond. Tant que les lois seront appliquées à la tête du client, tant que les magistrats seront sous pression, tant que les prisons resteront des outils de répression politique, aucune réforme ne pourra être qualifiée de sérieuse.

Si le ministre de la Justice veut réellement marquer son passage, qu’il commence par rendre son indépendance au pouvoir judiciaire, qu’il mette fin aux procès politiques et qu’il garantisse des jugements équitables pour tous. Sans cela, toutes les réformes annoncées ne seront que de la poudre aux yeux.

Les Guinéens ne veulent pas d’une justice « modernisée » en surface. Ils veulent une justice juste. Et tant que ce ne sera pas le cas, tous les discours officiels resteront vides de sens.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

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