Kankan : les enseignants contractuels jetés à la rue annoncent une manif — quand l’État recrute l’humiliation à la place du mérite
La colère monte à Kankan, et elle est aussi légitime qu’explosive. Les enseignants contractuels communaux non retenus lors des récentes vagues de recrutement annoncent une manifestation pour le jeudi 3 avril. Des hommes et des femmes qui, pendant des années, ont tenu debout des écoles abandonnées par l’État, qui ont enseigné sans salaire fixe, sans sécurité sociale, sans espoir, et qui aujourd’hui se voient simplement éjectés du système.
Pas parce qu’ils sont incompétents. Pas parce qu’ils ont échoué. Mais parce qu’ils ne sont pas “retenus”.
Traduction : ils n’ont pas le bon parrain. Pas le bon nom. Pas la bonne carte. Pas la bonne loyauté politique.
Rejetés après des années de service : le mépris élevé au rang d’institution
Ces contractuels, ce ne sont pas des figurants. Ce sont les piliers invisibles de l’éducation guinéenne, ceux qui, depuis des années, remplacent les absents, pallient les carences, enseignent dans des conditions indignes — et ce, sans statut clair.
Ils ont attendu. Espéré. Persisté. Certains ont enseigné pendant cinq, six, parfois huit ans, croyant naïvement qu’un jour leur patience serait récompensée.
Et aujourd’hui ?
Un simple “non retenu” comme réponse.
Aucune explication. Aucun recours. Aucune reconnaissance.
Une sélection opaque, politisée, clientéliste
Mais qui a été “retenu”, exactement ?
Quels critères ont été utilisés ? Où sont les procès-verbaux ? Où est la transparence ?
Tout le monde le sait : cette opération de recrutement n’a pas récompensé le mérite, mais l’allégeance.
Le piston a remplacé le diplôme.
La recommandation du haut a balayé l’expérience du bas.
Et pour ceux qui ne font pas partie du réseau ? C’est la trappe.
Retour à zéro. Débrouillez-vous. Allez cultiver. Faites du taxi-moto. Ou allez grossir les rangs de l’émigration.
Kankan se lève, et c’est tout un symbole
Ce n’est pas un hasard si la fronde vient de Kankan, bastion historique de mobilisation, terre de révolte et de conscience sociale. Là-bas, les humiliations ne passent pas comme ailleurs. Là-bas, les enseignants ont le courage de dire non.
Ce jeudi, ils marcheront. Pour leur dignité. Pour tous les contractuels de Guinée. Pour dire que l’éducation ne se gère pas comme une loterie politicienne, mais comme un pilier fondamental de la République.
Et le gouvernement, lui, regarde ailleurs
Pendant que ces enseignants réclament justice, le ministère de l’Éducation nationale dort sur ses lauriers.
Aucune cellule d’écoute. Aucun dialogue. Aucun plan B.
Juste un mépris froid, bureaucratique, comme si ces enseignants étaient de simples statistiques éliminables.
Mais ce que le pouvoir oublie, c’est que chaque enseignant humilié, c’est une école affaiblie, un élève perdu, une famille fragilisée.
C’est l’État lui-même qui sabote sa propre colonne vertébrale.
Manifester pour enseigner : l’absurde réalité guinéenne
En Guinée, il faut battre le pavé pour avoir le droit de continuer à enseigner.
Il faut faire grève pour exister. Il faut crier pour ne pas être effacé.
Quel pays traite ainsi ses éducateurs ?
Quel pays met à la porte ceux qui ont tenu ses écoles quand tout le monde les abandonnait ?
Quel gouvernement peut encore parler de refondation quand il piétine ainsi ceux qui forment l’avenir ?
Ce jeudi, les contractuels de Kankan ne réclament pas une faveur.
Ils réclament ce qui leur revient de droit : la reconnaissance, la régularisation, la dignité.
Et si le pouvoir continue de faire la sourde oreille,
alors il faut s’attendre à voir, bientôt, tout le pays entrer en classe… de colère.
— conakrylemag


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