Septennat en douce : Quand le CNT habille la confiscation du pouvoir d’un pseudo-consensus populaire

Septennat en douce : Quand le CNT habille la confiscation du pouvoir d’un pseudo-consensus populaire

En Guinée, même les décisions les plus explosives se prennent dans le silence. Jusqu’à ce que la presse, encore debout malgré les pressions, lève le voile. C’est ainsi que les Guinéens ont découvert que la nouvelle Constitution, concoctée dans les couloirs feutrés du Conseil National de la Transition (CNT), ne prévoyait plus un mandat présidentiel de cinq ans… mais bien de sept ans. Un glissement subtil. Un remplacement stratégique. Un prolongement du pouvoir, habillé par la justification la plus vieille du monde : « c’est le peuple qui l’a voulu ».

Ce passage du quinquennat au septennat, présenté comme un simple ajustement technique, est en réalité une décision politique lourde, une manœuvre de verrouillage du pouvoir exécutif. Et c’est Dansa Kourouma lui-même, président du CNT, qui en a confirmé la teneur non pas de manière proactive ou transparente, mais en réponse à une alerte médiatique. Dans un pays où la parole officielle est souvent calculée au millimètre près, ce silence initial en dit long.

Le septennat : un retour en arrière sous couverture “populaire”

Il y a des décisions qu’on ne prend pas à la légère dans une République. La durée du mandat présidentiel en fait partie. Elle n’est pas anodine : elle structure la temporalité du pouvoir, elle balise les rythmes de la démocratie, elle impose à tout chef d’État une cadence de redevabilité.

Passer de cinq à sept ans, c’est accorder deux années supplémentaires sans contrepartie. Deux années de pouvoir en plus, sans élection, sans débat, sans légitimité supplémentaire. C’est un blanc-seing octroyé à l’avance, au bénéfice d’un homme encore inconnu sauf si ce changement est taillé sur mesure pour un homme déjà là.

Et pour justifier cela, Dansa Kourouma sort le joker : « le peuple l’a demandé ». Mais qui est ce peuple ? À quelle étape a-t-il clairement exprimé une préférence pour un septennat ? Lors de quelle consultation publique ? Avec quels sondages indépendants ? Où sont les rapports ? Où est la transparence ?

Il n’y en a pas.

Le “peuple” devient ici une abstraction utile. Une marionnette rhétorique que l’on agite pour justifier des décisions déjà prises. Ce n’est pas un glissement démocratique. C’est un habillage populiste de la dérive autoritaire.

Un CNT de plus en plus décrié, de moins en moins légitime

Le CNT est censé être un organe de transition. Une instance temporaire chargée d’assurer un retour à l’ordre constitutionnel. Pas un laboratoire de constitutionnalisation du pouvoir militaire.

Mais avec ce changement silencieux, le CNT franchit un cap. Il ne propose plus un cadre pour l’après-Doumbouya. Il prépare un prolongement structuré de la junte.

Et Dansa Kourouma, que beaucoup voyaient comme un homme pondéré, donne l’image d’un facilitateur docile. Un homme plus préoccupé par le rôle qu’il joue dans l’architecture du pouvoir, que par les conséquences de ses choix sur l’avenir démocratique du pays.

En validant le septennat sans en informer clairement l’opinion, le CNT se décrédibilise. Il agit comme une chambre d’enregistrement. Il trahit sa vocation. Et surtout, il participe à un mécanisme de confiscation du pouvoir qui se fait de plus en plus visible.

Le septennat, outil de verrouillage

Pourquoi passer de cinq à sept ans ? Plusieurs réponses, toutes peu convaincantes, sont évoquées :

En réalité, le septennat permet une chose : rallonger le bail présidentiel. Gagner du temps. Repousser la reddition de comptes. Donner à Mamadi Doumbouya — s’il se présente, ce qui ne fait presque plus aucun doute — un avantage colossal sur ses adversaires politiques.

Car si cette Constitution passe, le général devenu président par coup d’État aura la possibilité d’être “élu” pour un mandat de sept ans. Et de briguer une réélection. Cela fait 14 ans de pouvoir potentiel. Une éternité dans une république fragile.

Silence au sommet, inquiétude à la base

Ce qui choque, ce n’est pas seulement le contenu du texte. C’est surtout la manière. Le passage du quinquennat au septennat ne fait l’objet d’aucune explication préalable. Aucune communication publique. Aucun débat citoyen.

C’est la presse, une fois encore, qui a déterré l’information. Ce sont les journalistes, les activistes et les juristes indépendants qui ont alerté. Le CNT, lui, a préféré l’opacité, le flou, la technique.

Et dans une démocratie véritable, ce genre de manœuvre provoque une crise de confiance. Car ce n’est pas qu’un changement de durée : c’est un changement de nature. On ne prépare pas une Constitution pour une nation sans expliquer les choix fondamentaux qu’elle contient.

Le risque d’un référendum sous pression

Ce texte sera soumis à référendum en septembre. Mais avec quelle préparation ? Quel débat ? Quelle campagne équilibrée ? Quelle garantie que le “oui” ou le “non” reflétera réellement l’opinion des Guinéens et non une pression sécuritaire ou médiatique ?

Un référendum n’est démocratique que s’il est libre, éclairé, transparent. Dans les conditions actuelles, rien ne garantit que ce sera le cas.

D’autant que plusieurs indices indiquent une mise en condition du terrain :

Dans ce contexte, le référendum peut très vite devenir un simulacre, un plébiscite organisé pour légitimer ce qui a déjà été décidé.

La démocratie guinéenne sous anesthésie

L’opposition politique est marginalisée. Les voix indépendantes sont étouffées. La société civile est affaiblie. Et maintenant, les institutions de la transition, au lieu de préparer un retour à la démocratie, structurent le maintien du régime militaire.

Le septennat devient ainsi un symbole de cette dérive. C’est le marqueur d’un projet de long terme pour Mamadi Doumbouya. Non pas en tant que président de transition, mais en tant que président élu dans un cadre fabriqué sur mesure.

Et si les Guinéens n’y prennent garde, ce glissement pourrait devenir permanent.

Ce que révèle vraiment cette affaire

A quoi sert une Constitution taillée pour l’homme et non pour la nation ?

Le passage au septennat n’est pas un simple “choix technique”. C’est une orientation politique. Une boussole. Un test de sincérité démocratique.

Et pour l’instant, ce test est un échec.

Car quand on veut construire un État de droit, on commence par écouter son peuple — pas par lui attribuer des volontés qu’il n’a jamais exprimées. On débat. On explique. On convainc. On ne glisse pas un article-clé dans un texte fondateur en espérant que personne ne le remarque.

Ce septennat, tel qu’il est proposé, tel qu’il est défendu, n’a pas vocation à servir le peuple guinéen. Il a vocation à prolonger le pouvoir de ceux qui l’exercent aujourd’hui.

Et c’est justement contre cela qu’une Constitution doit protéger.

 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

— conakrylemag

Author Signature for Posts

Exprimez-vous ! Réagissez à cet article maintenant avec Facebook
Quitter la version mobile