
Ambassade de Guinée à Paris : un scandale diplomatique planqué sous le tapis
On pensait avoir tout vu. Et puis, il y a eu cette affaire ubuesque : une parcelle de l’ambassade de Guinée en France, saisie par la justice française et mise aux enchères. Une première dans l’histoire de la diplomatie guinéenne. Une gifle magistrale infligée à un État qui n’arrive même plus à gérer ses propres créances. Et maintenant ? Le ministre des Affaires Étrangères, dans un réflexe de pompier de service, parle de « règlement à l’amiable ». Traduction : on va essayer d’éteindre l’incendie sans que trop de monde ne voie les flammes.
Mais les faits sont têtus : cette histoire est un condensé de négligence d’État, d’irresponsabilité politique, et d’humiliation internationale. Tout commence par une dette : le salaire non payé d’un ancien garde du corps de l’ex-président Alpha Condé. Résultat ? Le plaignant saisit la justice française, qui tranche en sa faveur. Et malgré les protections supposées offertes par les conventions diplomatiques, une partie de l’ambassade se retrouve sous le marteau du tribunal.
À ce niveau, ce n’est plus une affaire de gestion. C’est une affaire de dignité nationale. Comment un État peut-il en arriver là ? Comment laisse-t-on une dette si dérisoire en apparence — un salaire — se transformer en catastrophe géopolitique ? Et surtout, combien d’autres contentieux dorment encore dans les tiroirs de nos chancelleries ?
Plutôt que d’assumer la faute, le ministre parle de « recours » et de « discussions ». On parle même de rachat de la parcelle… par l’État lui-même. Un comble : payer deux fois pour une seule erreur. Une fois en ignorant la créance. Une autre en rachetant ce qu’on a soi-même perdu par incurie.
Ce feuilleton trahit une réalité plus grave : la diplomatie guinéenne est en décomposition avancée. Sous-financée, politisée, gangrenée par des pratiques dignes d’un autre âge, elle ne protège plus rien — ni les citoyens à l’étranger, ni l’image du pays, ni même ses propres murs.
Et ce gouvernement, censé être celui de la rupture, que fait-il ? Il maquille. Il temporise. Il prie pour que l’affaire s’éteigne d’elle-même. Mais non. Cette fois, c’est à Paris que la Guinée a été ridiculisée. Dans la capitale d’un pays qui regarde déjà la junte guinéenne avec une méfiance glaciale.
Ne nous y trompons pas : ce n’est pas juste une parcelle. C’est un symbole de la faillite diplomatique et administrative d’un État qui prétend incarner la refondation, mais qui n’arrive même pas à honorer un contrat de travail. Et maintenant, il voudrait qu’on oublie, qu’on « règle à l’amiable ». C’est trop facile.
La presse, elle, doit faire son travail : enquêter, exposer, nommer les responsables. Ce n’est pas une erreur. C’est une faute. Et les fautes, en République, ça se paie.
Et pendant qu’on parle de souveraineté minière, de redressement national, de fierté retrouvée, le drapeau guinéen tangue à Paris, fragile, contesté, presque mis aux enchères. Voilà le vrai visage d’un pouvoir qui vend la grandeur en conférence, mais brade l’État dans les faits.
— conakrylemag




