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La multiplication des fauteuils : Quand le CNRD démantèle l’État pour récompenser ses alliés

La transition guinéenne semble avoir pris un tournant définitivement cynique. Alors que les caisses de l’État sont désespérément vides, que les enseignants, les médecins, les magistrats et les surveillants d’examens attendent encore leurs primes ou salaires, la junte du CNRD, sous couvert de « réorganisation administrative », a trouvé un moyen très efficace pour caser ses hommes de confiance et élargir son emprise politique : scinder les ministères existants pour créer de nouveaux départements.

Un décret présidentiel, tombé dans la soirée du lundi 30 juin 2025, annonce en toute solennité une « nouvelle ossature gouvernementale ». En réalité, il s’agit ni plus ni moins d’un jeu de chaises musicales budgétivore qui augmente artificiellement le nombre de ministères, sans justification stratégique, sans bilan public, sans évaluation des besoins réels du pays.

Plus de fauteuils, moins d’État

Derrière le jargon technocratique du décret se cache une logique que les Guinéens connaissent trop bien : le clientélisme politique à ciel ouvert. On ne réforme pas l’administration pour plus d’efficacité, mais pour récompenser, caser, fidéliser.

Voici la nouvelle géométrie du pouvoir version CNRD :

  1. Agriculture scindée en Agriculture + Élevage

  2. Énergie, Hydraulique et Hydrocarbures scindé en Énergie + Hydraulique et Hydrocarbures

  3. Commerce, Industrie et PME scindé en Commerce + Industrie et PME

  4. Jeunesse et Sports scindé en Jeunesse + Sports

  5. Culture, Tourisme et Artisanat scindé en Culture et Artisanat + Tourisme et Hôtellerie

Résultat : dix ministères au lieu de cinq. Dix ministres au lieu de cinq. Dix cabinets ministériels à entretenir, dix flottes de véhicules, dix lignes budgétaires, dix salaires de ministres et de directeurs de cabinet, dix contingents de « conseillers techniques », dix cortèges, dix gardes rapprochées. Et des dizaines de nouveaux postes à distribuer comme des bonbons.

Et pendant ce temps…

Le contraste est glaçant :

  • Des enseignants grévistes manifestent pour obtenir leur dû.

  • Les magistrats crient à l’indépendance entravée.

  • Des hôpitaux publics manquent de médicaments de base.

  • Les surveillants d’examens du BEPC et du CEE n’ont toujours pas reçu leurs maigres primes.

  • Le pays quémande un appui financier international pour « retourner à l’ordre constitutionnel ».

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Et dans ce contexte de précarité assumée, la priorité devient… la création de nouveaux ministères.

Une transition ou une usine à nominations ?

À ce stade, on peut raisonnablement se demander : Sommes-nous encore dans une phase de transition censée conduire à des élections libres et transparentes ? Ou bien assistons-nous à la construction patiente mais méthodique d’un régime de pouvoir personnalisé, verrouillé et néo-militarisé ?

La multiplication des ministères n’a aucune justification technique. Elle ne répond à aucun besoin de rationalisation. Elle n’a pas été précédée d’un audit de l’administration. Elle n’a pas été soumise au débat public. Elle est décidée par décret, tard dans la nuit, comme une manœuvre d’urgence pour caler des ambitions personnelles.

Un ministère divisé, c’est plus de budgets à répartir, plus de nominations à accorder, plus de leviers à offrir. Et donc, plus de fidélités à acheter. Cette stratégie est bien connue sous d’autres cieux : c’est le pouvoir qui se fragilise, mais qui se renforce artificiellement en saupoudrant les privilèges.

Le paradoxe de l’efficacité

Certains, à la défense du décret, évoqueront la nécessité de « recentrer les missions » ou de « spécialiser les départements » pour plus d’efficacité. Argument fallacieux.

Car ce n’est pas la structure qui pose problème en Guinée, c’est la gouvernance. On peut diviser un ministère en 5, 10, ou 20 entités si les titulaires sont incompétents, opportunistes ou clientélistes, rien ne changera.

  • Diviser l’agriculture et l’élevage n’améliorera ni la sécurité alimentaire ni la productivité.

  • Scinder la jeunesse et les sports ne créera pas subitement de meilleures conditions pour les jeunes ou les athlètes.

  • Fractionner l’énergie n’allumera pas une seule ampoule de plus dans les foyers guinéens.

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Ce ne sont pas des ministères qu’il faut couper, ce sont les privilèges. Ce ne sont pas des portefeuilles qu’il faut multiplier, mais des objectifs qu’il faut clarifier, évaluer, atteindre.

Une logique de clan, pas d’État

Ce que cette restructuration révèle, c’est l’absence de vision à long terme. Elle témoigne d’un pouvoir qui ne gouverne plus, mais gère une écurie politique, avec comme boussole unique la satisfaction des appétits de ses alliés.

Ce pouvoir n’a pas de cap économique, il n’a qu’un calendrier de cooptation.Et chaque fois que l’opinion publique s’interroge sur les priorités nationales, le régime répond par plus de nominations, plus de décorations, plus de propagande.Pendant ce temps, le chômage explose, l’inflation étrangle les familles, l’insécurité juridique se généralise, et les libertés fondamentales se rétractent.

La politique du remplissage

L’autre effet pervers de cette multiplication ministérielle, c’est la dilution des responsabilités. En multipliant les portefeuilles, on fragmente la chaîne de décision, on rend la coordination impossible, on désengage chacun, on confusionne les rôles.

C’est la stratégie du flou : personne n’est responsable de rien, tout le monde est dans quelque chose.

Mais au fond, ce n’est pas l’efficacité qu’on cherche. C’est la dispersion du blâme. Un régime affaibli partage les titres pour ne pas assumer les échecs.

Le silence complice du CNT

Et pendant que l’exécutif s’autocongratule dans la multiplication des portefeuilles, le CNT, censé encadrer cette transition, reste muet.

Pas un mot, pas un débat, pas une mise en garde sur les implications budgétaires ou l’absence de stratégie. Un silence de complicité.

Ce Conseil national de la transition est devenu le miroir d’un pouvoir qu’il ne contrôle plus. Il n’est plus la vigie républicaine que les Guinéens espéraient. Il est devenu la chambre d’écho d’un exécutif en quête de survie.

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Où sont les priorités ?

Dans un pays où :

  • le système éducatif est en crise,

  • les soins de santé de base sont un luxe,

  • les infrastructures routières s’effondrent,

  • la corruption gangrène chaque échelon,

  • et où les jeunes désespèrent et migrent en masse…

La priorité du régime, en ce 30 juin 2025, c’est d’annoncer plus de ministères.

Pas une feuille de route pour les élections.
Pas un plan de sauvetage pour l’économie.
Pas un programme d’emploi jeunes.
Mais plus de fauteuils.

Et après ?

L’étape suivante est prévisible. Ces nouveaux ministères seront confiés à des fidèles. Des visages recyclés. Des amis d’amis. Des membres de la galaxie du CNRD. Peut-être même à certains artistes ou influenceurs reconvertis en communicants du pouvoir.

La République devient une entreprise de distribution de titres.

Et chaque décret s’ajoute à une pyramide instable : celle d’un pouvoir sans légitimité électorale, mais désespérément soucieux de paraître incontournable.

L’économie guinéenne paiera la facture politique

Ces ministères supplémentaires coûteront des milliards en fonctionnement. Mais surtout, ils renforceront la perception que ce régime gouverne pour lui-même et non pour la nation.

Le CNRD est en train de gonfler l’appareil d’État comme une baudruche. Mais à force d’étendre un ballon sans le remplir d’air frais, il finit toujours par éclater.

À quand la fin de cette comédie de gouvernance ?
À quand une transition qui cesse d’être une mascarade ?
À quand un gouvernement qui se souvient que gouverner, ce n’est pas répartir les miettes du pouvoir, c’est servir l’intérêt général ?

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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