
Tierno Monénembo à la Cour d’appel : quand la conscience s’invite dans un procès politique
Mercredi 26 mars 2025, Conakry. Devant les grilles austères de la Cour d’appel, les regards se figent, les murmures se propagent : Tierno Monénembo est là. En chair, en os, et en conscience. L’écrivain, l’intellectuel, le penseur libre, celui que le pouvoir militaire rêve de faire taire à coups de sarcasmes et de dénigrements, vient soutenir publiquement Aliou Bah, leader du MoDeL, jugé en appel dans ce qui ressemble de plus en plus à un procès politique taillé sur mesure.
Mais la présence de Monénembo change la donne : ce n’est plus un simple procès, c’est désormais une tribune pour la dignité.
Un procès en appel, une justice sous pression
Aliou Bah, figure montante d’une opposition nouvelle génération, paie aujourd’hui le prix fort pour avoir osé parler vrai dans une République qui n’en supporte plus la moindre contradiction. Condamné en première instance dans des conditions pour le moins douteuses, il revient en appel dans un contexte où l’instrumentalisation de la justice est devenue un sport de compétition pour le régime de Mamadi Doumbouya.
Mais voilà que dans ce théâtre judiciaire aux verdicts souvent préécrits, surgit un homme qu’aucun magistrat ne pourra réduire au silence, que ni les galons ni les menaces ne sauraient intimider : Tierno Monénembo.
Une présence qui fait trembler le mensonge
Il ne parle pas. Il n’a pas besoin de crier. Il se tient là, le regard ferme, la présence plus éloquente que mille discours. En se rendant à la Cour d’appel, Monénembo ne vient pas soutenir un ami ou une connaissance : il vient défendre une idée. Celle d’une Guinée où l’on peut encore contester, résister, débattre.
Son message est limpide : “Vous pouvez condamner Aliou Bah, mais vous ne pourrez jamais condamner la liberté d’expression. Vous pouvez suspendre un parti, mais vous ne suspendrez pas la pensée critique.”
Et cette leçon, aucun colonel à lunettes noires, aucun procureur à la solde, aucun ministre servile ne pourra l’effacer.
Un régime qui redoute les idées plus que les armes
Ce qui effraie le plus la junte, ce ne sont pas les manifestations ni les slogans. Ce sont les mots qui frappent juste, les intellectuels qui refusent de courber l’échine, les figures morales qui réveillent les consciences. Et dans ce registre, Tierno Monénembo est une arme massive.
L’homme dérange, non parce qu’il insulte, mais parce qu’il pense. Parce qu’il écrit sans trembler. Parce qu’il refuse de confondre loyauté et soumission. En se présentant à la Cour, il adresse un message limpide à la junte : “Je vous vois. Le monde vous regarde. Et l’Histoire retiendra tout.”
Aliou Bah : un symbole, pas une cible
Aliou Bah n’est pas seulement un leader politique. Il est le miroir que le régime ne supporte pas de regarder. Un jeune leader intègre, structuré, sans casseroles, sans compromissions. Trop propre pour un pouvoir qui carbure à la souillure, trop libre pour une administration qui ne tolère que les soumis.
C’est pour cela qu’on le condamne. C’est pour cela qu’on le traîne en justice. Non pour ses actes, mais pour ce qu’il incarne : l’alternative. La relève. Le renouveau.
Mais en voyant Monénembo à ses côtés, c’est tout un peuple qui comprend que ce combat n’est pas celui d’un homme seul, mais celui de toute une génération.
Un écrivain dans la cité, une République face à son destin
Dans les grandes heures de l’Histoire, les écrivains ne restent pas dans leurs bibliothèques. Ils descendent dans la rue, entrent dans les tribunaux, défient les pouvoirs, et deviennent les gardiens des principes fondamentaux.
Mercredi, à Conakry, Tierno Monénembo n’a pas seulement soutenu Aliou Bah. Il a soutenu la Guinée, celle qui ne renonce pas. Il a prouvé que la littérature peut être un acte de résistance, et la présence d’un intellectuel une déclaration de guerre à l’oppression.
Quand le silence d’un homme pèse plus que tous les discours du régime
Il n’a pas eu besoin de micro. Ni de badge. Ni de discours fleuve. Sa simple présence, digne et sereine, a suffi pour ridiculiser les petites phrases d’un pouvoir complexé, incapable de comprendre qu’une idée ne se combat pas avec une cellule de prison.
Aliou Bah est peut-être physiquement au banc des accusés. Mais ce mercredi, c’est bien le régime qui s’est retrouvé moralement jugé. Et dans cette audience silencieuse, Tierno Monénembo était l’avocat de la vérité, le témoin de l’histoire, le juge de la conscience.
La junte peut condamner. Elle ne pourra jamais faire taire la dignité.
— conakrylemag




