
Prières et bénédictions pour le CNRD : Foi sincère ou simple manipulation politique ?
Depuis quelques semaines, les cérémonies de prières et de bénédictions en faveur du CNRD se multiplient à travers la Guinée. Présentées comme des élans spirituels spontanés pour soutenir la transition, elles suscitent néanmoins de vives interrogations.
S’agit-il d’un véritable élan de foi populaire ou d’une opération soigneusement orchestrée pour légitimer le pouvoir militaire ? La religion est-elle devenue un nouvel instrument de propagande pour un régime qui cherche à s’éterniser ?
Quand la religion sert d’outil de propagande
L’Histoire nous l’a prouvé : les régimes en quête de légitimité instrumentalisent souvent la religion pour manipuler l’opinion et asseoir leur pouvoir.
- Organiser des prières massives, c’est donner l’impression que le régime bénéficie d’un « soutien divin ».
- Faire prêter serment sur le Coran à des fonctionnaires, c’est créer une illusion de moralité et détourner l’attention des vraies questions.
- Mettre en avant des religieux acquis à la cause du pouvoir, c’est neutraliser toute critique et dissuader les fidèles de s’opposer à un régime jugé « bénit par Dieu ».
Ce schéma est bien connu. Après les militaires et les politiciens, voici venu le temps des religieux convertis en soutiens de la junte.
Des religieux divisés : sincérité ou hypocrisie ?
Face à cette vague de prières en faveur du CNRD, les avis divergent même au sein des autorités religieuses.
D’un côté, Elhadj Chérif Barry, imam de la grande mosquée de Dalaba, met en garde contre les prières intéressées et hypocrites. Il rappelle que :
« Toute prière organisée dans un but intéressé, notamment pour des gains personnels et sans sincérité, est invalide aux yeux de l’islam. »
Un rappel frappant, qui sous-entend que certains imams se prêtent à ce jeu non par conviction, mais par opportunisme.
D’un autre côté, Elhadj Ibrahima Bah, secrétaire général adjoint des affaires religieuses, tente de justifier ces prières en expliquant que :
« Ces prières sont avant tout un moyen de solliciter l’aide divine afin d’accomplir leur mission avec efficacité et loyauté. »
Un discours bien rodé, qui laisse entendre que prier pour un pouvoir en place serait une nécessité spirituelle.
Mais la question fondamentale reste : Dieu bénit-il réellement un régime qui confisque le pouvoir et bafoue les libertés fondamentales ?
Des prières, mais pour quel bilan ?
Si ces prières et bénédictions étaient légitimes et désintéressées, elles devraient être accompagnées d’un bilan concret de la gouvernance du CNRD. Or, qu’a réellement apporté cette transition ?
- Une répression accrue contre les voix dissidentes (arrestations arbitraires, interdiction des manifestations).
- Un calendrier électoral flou, où tout semble taillé pour une candidature de Mamadi Doumbouya.
- Une corruption persistante, malgré les discours sur la « refondation de l’État ».
- Une précarité galopante, avec un coût de la vie qui ne cesse d’augmenter.
Alors, prie-t-on pour la stabilité du pays, ou pour que la junte puisse s’installer durablement au pouvoir ?
La religion doit-elle cautionner l’injustice ?
L’un des plus grands dangers de ces « prières officielles », c’est qu’elles risquent de donner une caution religieuse à des pratiques douteuses.
En Guinée, les leaders religieux jouent un rôle majeur dans la société. Leur parole influence des millions de fidèles. Mais doivent-ils être les complices silencieux d’un pouvoir en quête de légitimation ?
- Ont-ils dénoncé les violations des droits de l’homme sous le CNRD ?
- Ont-ils exigé que la transition respecte son engagement à rendre le pouvoir aux civils ?
- Ont-ils condamné les arrestations arbitraires et la répression politique ?
Ou bien préfèrent-ils se taire et se ranger du côté du plus fort, en espérant quelques privilèges ?
Une manipulation qui ne trompe personne
Les Guinéens ne sont pas dupes. Ils savent faire la différence entre une vraie prière pour la paix et une mise en scène orchestrée par le pouvoir.
Si réellement ces prières étaient désintéressées, alors qu’elles soient aussi l’occasion d’interpeller la junte sur ses dérives.
Car un régime qui se cache derrière la religion pour masquer ses échecs ne peut pas durer éternellement.
Et aucune bénédiction ne protégera un pouvoir qui trahit les aspirations du peuple.
— conakrylemag




