
Maison centrale de Conakry : une saisie de téléphones qui expose l’ampleur de la corruption carcérale
Une vaste opération menée à la maison centrale de Conakry a permis la saisie de 147 téléphones portables, des armes blanches et d’autres objets interdits entre les mains des détenus. Une découverte qui, loin d’être surprenante, met une fois de plus en lumière l’ampleur des complicités internes qui gangrènent le système carcéral guinéen.
Le nouveau régisseur de la prison ne s’en cache pas : « Il y a forcément des complicités au sein du personnel. » Une déclaration qui sonne comme un constat d’échec sur l’incapacité des autorités à lutter efficacement contre la corruption et les réseaux mafieux opérant au sein des établissements pénitentiaires.
Une prison sous contrôle des détenus les plus puissants ?
Comment expliquer qu’autant de téléphones, d’armes blanches et d’autres objets interdits puissent circuler librement dans un environnement censé être ultra-surveillé ?
Les prisons guinéennes, à commencer par la maison centrale de Conakry, sont depuis longtemps connues pour être des zones de non-droit où les détenus les plus influents imposent leur loi. Cette situation est favorisée par un personnel pénitentiaire sous-payé, vulnérable à la corruption et soumis à de fortes pressions.
- Des prisonniers de « haut standing » bénéficient d’un régime de faveur, avec accès à des téléphones pour continuer à gérer leurs affaires depuis leur cellule.
- Des trafics en tout genre prospèrent, grâce à la complicité de certains gardiens et responsables.
- La sécurité est compromise, les armes blanches circulant librement augmentent les risques de violences et d’émeutes carcérales.
Une justice à deux vitesses, même en prison
La saisie massive de ces objets illustre aussi une réalité bien connue en Guinée : tous les détenus ne sont pas logés à la même enseigne.
- Les prisonniers ordinaires subissent des conditions de détention inhumaines, entassés dans des cellules insalubres.
- Les prisonniers « VIP », en revanche, ont leurs connexions, leurs privilèges et leurs passe-droits.
Cette situation pose une question fondamentale sur l’état de droit en Guinée : comment espérer une justice équitable quand même derrière les barreaux, l’argent et le pouvoir continuent de dicter les règles ?
Des opérations spectaculaires, mais aucune réforme de fond
Cette saisie, aussi impressionnante soit-elle, ne résout en rien le problème de fond. Tant que :
- Les salaires des agents pénitentiaires resteront misérables,
- Aucune réforme sérieuse ne sera menée pour assainir le système carcéral,
- Les autorités continueront de fermer les yeux sur les complicités internes,
Les prisons guinéennes resteront des foyers de corruption et de trafic en tout genre.
Le nouveau régisseur pourra bien multiplier les descentes et les confiscations, mais sans une refonte totale du système, la prochaine saisie ne sera qu’une question de temps.
— conakrylemag




