
Carte de presse 2025-2027 : la HAC distribue les badges, mais pas la liberté
La Haute Autorité de la Communication (HAC) a annoncé, par communiqué officiel, le lancement des opérations de délivrance et de renouvellement de la carte professionnelle de presse pour la période 2025-2027. À partir du jeudi 17 avril 2025, journalistes de la presse nationale et correspondants étrangers sont invités à récupérer les fiches d’enrôlement et de renouvellement au siège de la HAC, à Conakry.
Jusque-là, rien d’anormal, si ce n’est qu’en Guinée, obtenir une carte de presse ne vous protège ni des arrestations arbitraires, ni des convocations nocturnes, ni des censures officieuses.
Une formalité administrative dans un climat d’intimidation généralisée
À lire le communiqué, on pourrait croire que la presse fonctionne normalement en Guinée. Pourtant, dans les faits :
- L’accès aux tribunaux pour couvrir certains procès est interdit (comme celui d’Aliou Bah),
- Des journalistes sont régulièrement interpellés ou menacés,
- Des médias sont suspendus ou intimidés dès qu’ils sortent de la ligne officielle du régime.
Alors distribuer une carte de presse dans ce contexte, c’est comme distribuer un gilet pare-balles sans armure à l’intérieur.
Un processus lourd, encadré… et politiquement filtré ?
Pour toute première demande de carte, la HAC exige :
- Un extrait de naissance ou équivalent,
- Un extrait de casier judiciaire de moins de trois mois,
- Des diplômes ou attestations de formation en journalisme,
- Un contrat de travail ou preuves d’activité pour les pigistes,
- Deux photos d’identité.
Autrement dit, un parcours du combattant administratif, dans un pays où obtenir un extrait de naissance peut déjà relever du miracle logistique. Mais surtout, quelles garanties que cette carte ne sera pas utilisée comme un instrument de contrôle politique déguisé ?
Dans une Guinée où les journalistes critiques sont blacklistés, où les médias indépendants sont réduits au silence, cette carte risque de devenir un outil d’exclusion plus qu’un outil de protection.
Un président de la HAC très discret sur la liberté de la presse
Le communiqué est signé de Boubacar Yacine Diallo, président de la HAC. Mais pas un mot sur les menaces qui pèsent sur les journalistes, pas une ligne sur la nécessité de garantir la sécurité, l’indépendance et la liberté d’expression.
On vous donne une carte, mais on garde le sifflet. Et gare à celui qui sortirait du terrain balisé par le pouvoir !
Carte de presse ou carte de soumission ?
Dans un pays où : La presse n’a pas libre accès à certains procès, La censure prend la forme de “recommandations” officieuses, Le régime utilise les institutions pour étouffer la voix des médias critiques,
Distribuer des cartes de presse sans garantir la liberté, la sécurité, ni la pluralité de l’information, c’est faire du cosmétique institutionnel. Un écran de fumée administratif dans un paysage médiatique de plus en plus verrouillé.
Alors oui, la carte de presse est relancée. Mais à quoi bon un badge si le journaliste qui le porte ne peut ni voir, ni dire, ni dénoncer ce qui se passe réellement dans son pays ?
La liberté de la presse ne se décrète pas, elle se garantit. Avec du courage politique, pas des fiches d’enrôlement.
— conakrylemag




