Politique

Ceetrus pris dans le tourbillon des municipales

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Décrié en septembre dans Le Monde par des architectes du Grand Paris, considérant le projet comme « inacceptable et pharaonique », l’agrandissement de la gare du Nord s’est invité, depuis le début de la semaine dernière, dans le débat parisien. A cinq mois des élections municipales, l’équipe de la maire Anne Hidalgo, qui avait donné un avis favorable le 10 juillet dernier au Conseil de Paris, a demandé de « revoir le projet » et de le financer via des fonds publics.

« La Ville ne sera pas aux côtés de la SNCF pour défendre le projet commercial », écrivaient, jeudi dernier, Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme, et Alexandra Cordebard, maire du Xème arrondissement. Paris « est prête à assumer sa part aux côtés de l’Etat et de la région Île-de-France. »

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Des fonds publics pour la gare ? « Pas question ! » (Pécresse)

Gares & Connexions, filiale de la SNCF dédiée à l’aménagement des gares, qui détient 34% de la co-entreprise créée pour l’occasion, a aussitôt répliqué que « le projet de 600 millions d’euros est entièrement financé sur fonds privés par StatioNord, l’investissement ne pesant ni sur les finances de la SNCF ni sur le prix du billet de train, ni sur les impôts des Parisiens ou des habitants de l’Île-de-France ». Pour la présidente du conseil régional Valérie Pécresse, il n’est « pas question » non plus d’entrer au capital, considérant que la transformation de la gare du Nord va « remettre du commerce dans un quartier sinistré dans la capitale ».

Il n’empêche, la maire de Paris Anne Hidalgo a considéré, en Conseil de Paris le 2 octobre, que « cette dimension de création d’un centre commercial dans le Xe quasiment à la place de la gare du Nord n’est pas acceptable ». Hier, c’est Jean-Baptiste Djebarri, secrétaire d’Etat aux Transports, qui a déclaré, sur France 3, que le projet serait « validé », ne devant être « la variable d’ajustement des politiques électorales à l’approche des municipales ». En revanche, Ceetrus, filiale immobilière du groupe Auchan qui a gagné le concours en juillet 2018 et qui possède 66% des parts de StatioNord, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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Le gouvernement souffle le froid et le chaud sur Europacity

Outre ce chantier qui doit, selon les chiffres officiels, conduire à notamment 30.000 mètres carrés d’équipements publics en plus ainsi que 13.900 m² supplémentaires de commerces d’ici aux Jeux olympiques de 2024, Ceetrus supervise aussi la construction du complexe Europacity, prévu sur le triangle de Gonesse dans le Val-d’Oise pour 2027. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement, à commencer par la ministre de la Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne, souffle le froid et le chaud. La semaine dernière, elle a reçu tour à tour le collectif « Europas du Tout » qui redoute la suppression de 8.000 postes dans les commerces de proximité, ainsi que les élus locaux qui espèrent la création de plus de 10.000 emplois localisés avec ces 250.000 mètres carrés d’activités et de loisirs.

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Pendant que des « anti » marchaient en direction de Matignon le 4 octobre dernier, Europacity, qui porte le projet avec le chinois Wanda à hauteur de 3 milliards d’euros, est sorti de son silence, organisant une conférence de presse avec la présidente du conseil départemental, le président de la communauté d’agglomération, deux sénateurs et trois responsables associatifs qui travaillent au recrutement sur place.

« Il semble qu’à l’Élysée, le dossier soit de nouveau regardé pour des motifs plus politiques que rationnels », estime ainsi le maire de Gonesse Jean-Pierre Blazy. « Que l’Etat tienne enfin ses promesses ! », renchérit le sénateur Arnaud Bazin, ex-président du 95. « A chaque gouvernement, chaque ministre, tout est remis en cause ! », poursuit-il. « C’est notre Eurodisney à nous ! », s’enflamme son collègue du palais du Luxembourg. Sébastien Meurant. « Il serait criminel de la part de l’Etat de ne pas soutenir ce projet. »

Des adversaires écologistes et des opposants économiques

Quand le directeur général d’Europacity prend enfin la parole, il tente de donner des gages aux adversaires écologistes. En contrepartie de l’artificialisation de 80 hectares de terres agricoles, Benoît Chang annonce en effet la création de 80 hectares de parcs en Île-de-France, mais aussi la plantation de 4.000 arbres pour réintroduire de la biodiversité « extrêmement faible après des des décennies d’agriculture intensive », l’annulation « définitive«  de la piste de ski ou encore un approvisionnement énergétique qui se fera « à 100% » par des énergies renouvelables.

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En revanche, dès qu’il s’agit d’évoquer les opposants économiques à un tel projet, le nom du candidat officiel de La République en marche à Paris, qui a pris position contre le projet en octobre 2018 devant le Medef Île-de-France, revient dans toutes les bouches.

« Benjamin Griveaux a travaillé chez Unibail-Rodamco (directeur de la communication et des affaires publiques de 2014 à 2016, NDLR). N’y-a-t-il pas ça aussi ? », s’interroge Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse. « Monsieur Boulanger, d’Aulnay-sous-Bois, a dit que le financement venait d’Unibail », accuse de son côté Patrick Renaud, président de la communauté d’agglomération Roissy Pays de France.

Le 1er août dernier, l’un des trois porte-paroles d' »Europas du tout », Alain Boulanger, commerçant à Aulnay-sous-Bois, affirmait au Parisien qu’ils n’étaient « que des prête-noms pour les centres commerciaux qui se défendent contre Europacity », assurant que ce sont ces acteurs qui ont permis au collectif de financer « un logo, une chargée de communication d’une agence réputée chargée d’envoyer des communiqués de presse, et même un sondage Ifop ». Leader mondial dans le domaine de l’immobilier commercial, Unibail-Rodamco possède en effet les centres commerciaux d’Aéroville et de Rosny, situés l’un à 5 kilomètres de là, l’autre à 10 kilomètres. 

Relancé à ce sujet, Benoît Chang, directeur général d’Europacity, botte en touche : « Nos meilleures armes consistent à fédérer les énergies positives autour du projet ». Plus tôt, son directeur du développement David Lebon s’interrogeait, à voix haute, sur les « entreprises cotées en Bourse qui ont intérêt à garder un pré-carré » sans en cibler une en particulier.



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