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Morissanda Kouyaté ou l’art d’enrober l’exclusion dans le langage diplomatique

Morissanda Kouyaté ou l’art d’enrober l’exclusion dans le langage diplomatique

C’est à Paris, loin de Conakry, que le ministre guinéen des Affaires étrangères a jugé bon de justifier une exclusion qui scandalise de plus en plus d’observateurs : celle de Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et chef de file de l’opposition, empêché de se faire enrôler lors de l’opération RAVEC à Abidjan. À l’occasion d’un sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie, Dr Morissanda Kouyaté a livré ce qui ressemblait davantage à une esquive qu’à une explication.

Son argument ? « On ne peut pas organiser un recensement à ciel ouvert. » La phrase a l’apparence du bon sens. Elle sonne bien, comme une maxime de gouvernance raisonnable. Mais derrière la façade, c’est tout un mécanisme d’exclusion politique qui s’enclenche, avec l’assentiment silencieux des institutions censées garantir les droits des citoyens.

Cellou Dalein Diallo affirme disposer de tous les documents requis. Pourtant, il lui a été interdit de s’enregistrer. Aucun motif officiel, aucune explication écrite. Rien qu’un vide. Ce n’est qu’après le tollé médiatique que la parole ministérielle s’est faite entendre, trop tard, trop vague, trop politiquement orientée.

Le discours de Morissanda Kouyaté ne convainc pas. Il tente de donner un vernis légal à ce qui ressemble fort à une volonté politique d’écarter un rival gênant. Le ministre évoque un « risque de voir des terroristes s’enrôler ». Une sortie alarmiste, certes, mais sans le moindre début de preuve. A-t-on recensé des cas concrets ? Des chiffres ? Des incidents réels ? Aucune donnée n’est fournie. Comme souvent dans les systèmes autoritaires, l’argument sécuritaire sert de paravent à une régression démocratique.

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Il faut le dire clairement : empêcher un leader de l’opposition d’apparaître sur les listes électorales, c’est tuer dans l’œuf tout processus électoral crédible. C’est choisir à la place du peuple. C’est graver à l’avance les noms de ceux qui auront le droit de se présenter. Ce n’est pas une démocratie, c’est une mascarade.

Le contexte guinéen aggrave cette inquiétude. Une transition qui s’éternise. Une Constitution bricolée en coulisses, avec un septennat inséré en douce comme une pilule empoisonnée. Un fichier électoral préparé sans observateurs indépendants. Et maintenant, un recensement biométrique qui exclut de manière sélective. C’est un tableau noirci par l’opacité, où chaque décision semble guidée non par l’intérêt général, mais par l’obsession de verrouiller le pouvoir.

Le ministre parle de cartes consulaires, de justificatifs de résidence. Il oublie que l’opération RAVEC est un recensement administratif, pas un processus d’asile. Il oublie que la Constitution guinéenne garantit l’égalité d’accès à la citoyenneté. Il oublie que la démocratie n’est pas un concours de bureaucratie, mais une exigence de transparence et de respect.

Ce n’est pas la première fois que les autorités de la transition jouent avec les règles. Mais cette fois, l’exclusion est trop visible pour passer inaperçue. Elle vise un homme qui représente une partie importante de l’électorat. Elle intervient alors que la pression internationale sur le régime s’accentue. Elle coïncide avec d’autres manœuvres : scission des ministères pour caser les alliés, multiplication des détentions arbitraires, neutralisation rampante des contre-pouvoirs.

Et pendant ce temps, à l’international, les représentants du pouvoir répètent que la Guinée est « sur la bonne voie ». À Paris, on parle d’inclusion. À Conakry, on pratique l’exclusion. À New York, on évoque la stabilité. Sur le terrain, on enlève, on frappe, on intimide.

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Le cas de Cellou Dalein n’est pas un détail administratif. C’est un révélateur. Il montre comment le régime tente de construire une élection sans adversaire. Une compétition sans concurrent. Une façade de légitimité sans les fondations démocratiques.

Il faut appeler les choses par leur nom. Le refus d’enrôler un citoyen guinéen, qui plus est un ancien Premier ministre, sans justification légale, est une violation grave des droits fondamentaux. C’est une atteinte directe à l’esprit même de la transition. C’est une dérive autoritaire qui ne dit pas son nom.

Le recensement, censé être une opération administrative neutre, devient un outil politique. Un filtre. Un piège. Une purge silencieuse. On choisit qui peut devenir électeur. On choisit qui peut devenir candidat. On prépare une élection sur mesure, taillée pour garantir la victoire d’un système, pas celle d’un projet.

Face à cela, le silence de la société civile est inquiétant. La prudence des diplomaties occidentales est complice. Le mutisme des institutions régionales est un abandon. Et la langue de bois du ministre Morissanda Kouyaté, une insulte à l’intelligence collective.

La Guinée n’a pas besoin de discours rassurants, mais de garanties fermes. Elle n’a pas besoin de justifications fumeuses, mais de preuves de bonne foi. Elle n’a pas besoin de recensements à géométrie variable, mais d’un processus électoral inclusif, vérifiable, ouvert.

Cellou Dalein Diallo a été empêché de se faire recenser. Demain, ce sera qui ? Combien d’autres anonymes ont été écartés sans bruit ? Quelle sera la crédibilité d’une élection bâtie sur un fichier ainsi contaminé ?

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Le ministre des Affaires étrangères, en bon diplomate, tente de maquiller la réalité. Mais les faits sont têtus. Le pouvoir en place ne veut pas d’élections ouvertes. Il veut une reconduction maquillée. Il ne veut pas de transition, mais une transformation permanente du système en une autocratie stable, habillée en république.

Les Guinéens ne sont pas dupes. Ils voient, ils comprennent, ils jugeront. Le régime a fait le choix du verrouillage. Il doit en assumer les conséquences.

Et Dr Kouyaté ferait bien de se souvenir que l’Histoire, elle, ne s’écrit pas avec des formules toutes faites, mais avec des actes. Des exclusions comme celle-ci, elle ne les oublie jamais.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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