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Inflation des prix, déflation des politiques

Inflation des prix, déflation des politiques

 C’est ainsi que nous mettons dans un même sac fort commode et de manière indifférenciée – comme pour nous faire peur et entretenir cette hantise – tout ce qui est susceptible de présider à une augmentation des prix, faute de pouvoir définir les ressorts de l’inflation. Milton Friedman y est pour beaucoup, lui qui  – à cause de sa célèbre répartie « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire » – a activement contribué à nous enfermer dans une interprétation restrictive et biaisée de l’inflation. Pur ceux qui ont traversé l’inflation très élevée des années 1970, l’inflation est toujours et partout provoquée par la spirale de l’augmentation des prix et des salaires. Tandis que les allemands, et plus généralement l’Ecole Autrichienne, considèrent que l’inflation est toujours et partout la résultante de banques centrales qui impriment trop d’argent. Que les chantres du rétrécissement des pouvoirs de l’Etat, les néolibéraux, estiment pour leur part que l’inflation est toujours et partout la punition infligée par l’économie et par les marchés aux gouvernements qui empruntent et qui dépensent trop. Quand les fanatiques de l’or et détracteurs du flottement des monnaies imputent toujours et partout l’inflation aux dévaluations. Et que les adeptes de la « Modern Monetary Theory » soutiennent que l’inflation est toujours et partout la sécrétion d’une mauvaise allocation des ressources et des travailleurs.

Il n’y a pas jusque la mesure de l’inflation elle-même qui ne soit problématique car, outre les nombreux indices qui en mesurent les composantes diverses et variées, la tarification volatile de certains biens et produits confèrent à l’inflation une instabilité de façade qui contribue à entretenir les angoisses. Alors qu’il va de soi que nos habitudes de consommation évoluent considérablement, que les progrès technologiques participent de l’affaissement des prix, que d’autres produits deviennent plus chers ponctuellement du fait d’améliorations cosmétiques… Quant à ces indices officiels de l’inflation, ils ne tiennent absolument pas compte des flambées boursières alors que les banques centrales furent sévèrement critiquées pour le déclenchement de la crise des subprimes …

Nous ne comprenons donc pas ce qui cause vraiment l’inflation : les interprétations divergent et nous ne disposons pas non plus de mesures fiables à même de nous indiquer sans ambiguïté et hors de toute manipulation politique son évolution, même si nous attendons de la part de nos banques centrales qu’elles la maîtrisent de manière infaillible afin de ne pas mettre en péril notre épargne. De fait, cette exigence porte en elle une reconnaissance au moins intuitive selon laquelle l’inflation est un phénomène qui peut être géré, « managé » par nos gouvernements et responsables économiques : perception qui n’est pas éloignée de la réalité car l’hyperinflation est une calamité survenant dès lors que la population perd confiance dans une monnaie et qu’elle refuse de continuer à l’utiliser comme moyen d’échanges.

L’hyperinflation n’est donc pas la résultante systématique et naturelle de l’augmentation de la base monétaire car elle se manifeste mécaniquement dès lors que les citoyens-consommateurs ne croient plus en les capacités de leurs gouvernants à maintenir leur pouvoir d’achat. Ainsi, l’hyperinflation est une érosion – voire une destruction – de la valeur et de la confiance accordées à nos billets de banque du fait de l’incompétente – voire de la corruption dans certains cas – de nos responsables. C’est, en d’autres termes, la faillite et la défaillance des pouvoirs débouchant sur le désordre social et sur le chaos économique qui sont foncièrement inflationnistes, et non telle ou telle autre mesure technique adoptée par une banque centrale.

L’inflation est, en somme, étroitement corrélée à la crédibilité de nos Etats et non – comme ne cessent de l’asséner les fétichistes des déficits – proportionnelle aux endettements publics. C’est ainsi que le Venezuela, qui a un lourd passif d’irresponsabilité économique, subira bien plus facilement l’hyper inflation que les Etats-Unis qui ont toujours honoré leurs obligations… L’inflation est donc toujours et partout une question de confiance.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

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