Je n’avais pas confiance en eux, mais je croyais que poussé par leur base et les guinéens, ils ne pouvaient pas en arriver là. Quelle trahison. Conakrylemag.com 1er site d'information en Guinée toute l'actualité en continu
Alpha Saliou Wann
Alpha Saliou Wann

Je n’avais pas confiance en eux, mais je croyais que poussé par leur base et les guinéens, ils ne pouvaient pas en arriver là. Quelle trahison.

Je partage en ce moment l’immense déception de nos compatriotes face au reniement des syndicalistes.

J’écris avec beaucoup d’amertume ces lignes et une profonde tristesse m’envahit en ce moment lorsque je pense aux sacrifices douloureux des guinéens qui se sont battus depuis les années 1990 pour obtenir la démocratie, L’État de droit et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Dans le feu de l’action entre 1990 et 1993, je ne pouvais jamais imaginer que 25 ans après notre pays sera encore au point de départ, voire régresser, jamais je ne l’aurais cru. Aujourd’hui, ce sont quelques survivants parmi les principaux acteurs de ces luttes qui sont les responsables de notre faillite économique, sociale et morale. Ils ont décrédibilisé la parole publique.

C’est pourquoi je considère Alpha Condé comme un traitre à la cause des vrais combattants de la liberté, de tous ceux qui se sont battus au sacrifice de leur vie pour une Afrique nouvelle depuis les temps glorieux de la FEANF jusqu’à aujourd’hui. Il a perdu toute légitimité à nos yeux.

Il peut rester au pouvoir par la force des baïonnettes comme tous les dictateurs africains qui se maintiennent au pouvoir par des élections truquées pour faire bonne figure, mais il ne pourra plus se draper dans son habit d’opposant historique qui s’est battu pour la démocratie. Les masques sont tombés depuis longtemps, il n’a été qu’un entrepreneur politique qui a trompé ses propres militants avec le discours qui prône la démocratie afin de susciter leur adhésion.

Pour revenir aux syndicalistes, je me demande comment ont-ils osé nous faire ça?

Je n’avais pas confiance en eux, mais je croyais que poussé par leur base et les guinéens, ils ne pouvaient pas en arriver là. Quelle trahison.

Les 12 points de revendications qu’ils ont obtenu, encore des promesses du gouvernement, sur 13 points ne sont favorables qu’aux fonctionnaires, alors que la baisse du prix du carburant concerne toutes les entreprises et tous les guinéens ( à part les dirigeants qui ont des bons de carburant gratuitement) et c’est pour ce point qu’ils se sont mobilisés pour ne pas continuer a souffrir et a être écrasés par les nouvelles taxes fiscales.

J’ai une pensée émue pour Dr Ibrahima Fofana en qui je rends hommage ici, un combattant infatigable qui avait à coeur de faire gagner ses mandants. Nous étions à ses côtés pour mener ces grands combats sociaux et politiques de 1990 à sa mort en 2010. Dr Fofana est mort avec le mouvement social en Guinée. Les faits l’ont prouvé, les renoncements et autres manquements des leaders syndicaux et de la société civile nous le confirment.

Dr Ibrahima Fofana qui avait un très haut niveau technique et des convictions fortes n’allait jamais avaler les sornettes du gouvernement.

Fofana n’allait jamais se présenter devant le peuple de Guinée fortement mobilisé pour cette grève et lui annoncer qu’il n’a pas obtenu même 1 franc de réduction du prix du carburant. Honte à vous leaders syndicaux.

Je crois maintenant à cette histoire de distribution par un homme d’affaire proche du pouvoir de 4 millions de dollars aux leaders syndicaux pour que le prix du carburant soit maintenu à 8.000 francs. Elle est vraisemblable, sinon je ne vois pas par quel miracle, ils ont pu affronter effrontément leur base pour annoncer la fin de la grève sans avoir obtenu gain de cause sur leur revendication phare.

Face aux cris de désapprobation de la base, leur porte parole dit ceci : “Si nous ne le faisons pas, ceux qui sont entrain de crier ne connaissent pas la gravité, car demain, on ne pourra plus payer nos travailleurs”. Quel argument fallacieux pour faire peur aux guinéens. Dans la loi de finance initiale de 2016, les dépenses de Salaires et traitement se chiffrent à 3.273 milliards de francs pour des recettes intérieures de 11.212 milliards de francs, ce qui veut dire dans le pire scénario de baisse massive des recettes, la part des salaires des fonctionnaires sera toujours couverte.

Les dirigeants guinéens ne font que défendre becs et ongles leur train de vie, la préservation de leurs immenses débouchés de richesses. Il faut remarquer aux pires années d’Ebola en 2014 et 2015, ils ont maintenu, voire augmenté le niveau des investissements publics, le train de vie de l’Etat et autres subventions. Pour capter nos ressources publiques, ils ont créé des sociétés écrans, signé des contrats de gré à gré pour leurs hommes d’affaires qui ont procédé à des rétro commissions en leur faveur et pour financer les campagnes électorales et autres corruption d’opposants politiques.

Le gouvernement nous avance le chiffon rouge FMI, pour nous dire que notre sacrifice est nécessaire pour obtenir son programme. A quoi nous ont servi le PPTE et tous ses programmes formels avec le FMI? Rien du tout sauf de nouvelles dettes que les dirigeants se partagent et qu’ils nous somment de rembourser d’année en année.

Je le redis depuis 2011, chaque année, l’Etat guinéen finance ses déficits budgétaires qui se chiffrent en milliers de milliards de francs par endettement bancaire pour financer des dépenses improductives et enrichir ses clans voraces au travers de ces marchés d’investissements publics. Conséquence immédiate, les banques guinéennes ne financent plus l’économie réelle, c’est pourquoi le secteur privé créateur de richesses et d’emplois dans le pays est asphyxié par faute de financements. Les banques se contentent de financer les déficits de l’Etat qui est une activité juteuse pour elles et sans risque tant que nous continuons a payer nos impôts et taxes.

Le gouvernement ne passe pas par quatre chemins, il ne réfléchit pas, il se limite a surtaxer les marchandises à l’importation à leur entrée à la douane et surtaxer le carburant pour atteindre ses objectifs de recettes. Avec facilité, pas question de réformer les administrations financières, ni de proposer une politique économique globale de développement.

Depuis le début de la baisse continu et brutale du prix du baril de pétrole en juin 2014, les recettes de l’Etat ne font qu’augmenter sur les ventes de carburant. Ainsi, réduire le prix pour les consommateurs que nous sommes, n’est qu’une sorte de rééquilibrage à notre profit cette fois-ci de cette manne.

Toutefois, pour le pouvoir de Alpha Condé, c’est une victoire à la Pyrrhus. Il n’y aura pas de relance économique. La majorité des PME locales sont en faillite et les entreprises qui tiennent encore debout sont en difficultés en raison de la faiblesse de la consommation des ménages guinéens appauvris par la mal gouvernance du gouvernement. Notre économie est sortie exsangue de 5 ans de tâtonnements, de mauvais choix économiques et des conséquences des violences politiques et d’Ebola.

Rien n’est prévu dans ce budget 2016 pour encourager l’essor du secteur privé et cette dégringolade du franc guinéen par rapport au dollar et à l’euro ne sont pas de nature à stimuler la consommation des guinéens qui seront étranglés par les taxes et l’envolée des prix des marchandises qui sont toutes importées.

La confiance est rompue avec les guinéens. Pour eux Alpha Conde est méchant, égoïste, sans pitié pour leurs souffrances et les leaders syndicaux de corrompus, des traitres à la solde du pouvoir.

C’est une immense déception pour les guinéens tout bord politique confondu dans la mesure ou cette grève a été respectée sur l’ensemble du territoire. Il s’agissait pour eux de défendre leur pouvoir d’achat.

Face à la démission des élites dirigeantes de notre pays, il ne faut que celles et ceux qui se battent sincèrement ne pas se décourager, il faut continuer le combat car nous sommes un pays dont l’existence va au-délà de nos propres vies.

Ils veulent nous dégouter pour qu’on baisse les bras et qu’ils puissent continuer tranquillement à nous sucer jusqu’a la moelle epiniere.

Restons débout et cherchons d’autres formes d’organisations pour peser sur l’échiquier politique et social de notre pays.

Il nous faut du don de soi, de la générosité, du désintéressement pour parvenir au changement souhaité. Voyez vous les leaders syndicaux n’ont pensé qu’à leurs propres intérêts qu’ils partagent avec les caciques du pouvoir et chaque revendication sociale est une occasion pour eux pour gagner leur part du festin organisé par le pouvoir.

Même le gouvernement autoritaire chinois est obligé de se battre sur le plan économique pour contenir les pressions sociales des chinois qui voient leur niveau de vie augmenter rapidement car ils ont conscience que plusieurs dynasties impériales chinoises sont tombées sous les coups de boutoir de violentes révoltes paysannes.

Les pouvoirs ne craignent que ces révoltes populaires et nous devons utiliser cette menace pour obliger nos dirigeants à s’occuper correctement de nos affaires. Et de nos intérêts.

Les guinéens ont pensé que les syndicats jugés neutres politiquement et dont le rôle est la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs, étaient les mieux places pour exprimer leur demande sociale, pour faire pression sur le pouvoir.

Mais ne nous y trompons pas, les syndicalistes guinéens sont passés maitres dans l’art de nous abandonner en rase campagne. Sans la pression d’autres forces sociales notamment les jeunes, ils ne nous serviront que ce spectacle honteux. Sans la détermination et le courage de la jeunesse guinéenne, il n’y aurait pas eu janvier-février 2007 et leur espérance a été assassinée sur l’autel des intérêts sordides des élites chargées de les représenter.

Nous devons réinventer d’autres formes de lutte et nous assurer que celles et ceux qui portent nos espoirs ne trahissent pas.

Par Alpha Saliou Wann

Président de l’Alliance des forces démocratiques (AFD)

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