Kankan : des violences foncières font cinq blessés entre deux villages voisins
Un bas-fond agricole au cœur d’affrontements sanglants
La préfecture de Kankan, en Haute-Guinée, a été le théâtre d’un nouveau conflit foncier dimanche 14 juin 2026. Les districts de Dalala et Seködö, situés dans la sous-préfecture de Koumban, se sont violemment opposés autour d’un bas-fond agricole, revendiqué par les deux communautés. Selon les premiers bilans, au moins cinq personnes ont été blessées et évacuées vers l’hôpital régional.
Ces heurts surviennent dans un contexte déjà tendu, alors que d’autres affrontements avaient éclaté la veille entre des villages des sous-préfectures de Missamana et Djimbala. Les autorités locales, alertées par l’escalade de la violence, ont immédiatement réagi en appelant au calme et en dépêchant une mission préfectorale sur place.
Deux versions divergentes sur l’origine des violences
À Dalala, les habitants dénoncent une agression préméditée de la part de leurs voisins de Seködö. Lancinè Keïta, porte-parole du village, affirme que la communauté a toujours privilégié le dialogue et les voies légales pour régler le différend. Selon lui, les tensions ont dégénéré lorsque des résidents de Seködö se sont rendus sur le bas-fond pour s’en prendre à un enfant, avant de s’attaquer à des adultes venus s’interposer.
« Nous avons choisi la loi plutôt que la violence, mais nos efforts n’ont pas été récompensés. Des habitants de Seködö sont venus chez nous pour agresser nos concitoyens », a-t-il déclaré. Parmi les victimes, Bangaly Keïta, un résident de Dalala, aurait été grièvement blessé. Plusieurs autres personnes présentent des traumatismes, dont une qui aurait perdu des dents lors de l’affrontement.
Du côté de Seködö, la version des faits est radicalement différente. Lancinè Condé, l’un des responsables du village, rejette ces accusations et affirme que le conflit découle du non-respect d’une décision administrative. « Le bas-fond avait été placé sous interdiction d’exploitation par le sous-préfet, mais des habitants de Dalala ont continué à y travailler », explique-t-il. Il ajoute qu’un de ses proches a été frappé à la tête et qu’une arme blanche aurait été utilisée lors des échauffourées.
Une zone sous haute surveillance administrative
Le sous-préfet de Koumban, le lieutenant Finando Tidian Kaba, a confirmé que la zone litigieuse avait été officiellement placée « en défense » pour éviter toute exploitation jusqu’à ce que le conflit soit résolu. « Nous avions interdit l’accès au bas-fond pour prévenir les incidents, mais malheureusement, les violences ont éclaté », a-t-il regretté. Dès qu’il a été informé des affrontements, il a saisi la préfecture et les forces de sécurité pour intervenir.
Une mission conduite par le secrétaire général de la préfecture, Souleymane Condé, s’est rendue sur place pour évaluer la situation. Après avoir rencontré les autorités coutumières et les représentants des deux villages, elle a établi que les tensions actuelles s’inscrivaient dans un conflit plus large, lié à l’exploitation d’une carrière de sable. « Les deux communautés revendiquent non seulement ce bas-fond, mais aussi des terres agricoles, dans un climat de méfiance accumulée », a-t-il précisé.
Les autorités misent sur la justice pour apaiser les tensions
Face à la gravité des événements, le préfet de Kankan, le colonel Mohamed Niang, a demandé aux deux parties de cesser immédiatement toute activité dans la zone contestée et d’attendre les décisions de la justice. Il a également annoncé que les personnes impliquées dans les violences feraient l’objet d’enquêtes et pourraient être poursuivies conformément à la loi guinéenne.
Pour l’heure, le calme semble être revenu dans la zone, mais les rancœurs persistent. Les deux communautés attendent désormais un arbitrage judiciaire, alors que la saison agricole vient à peine de commencer. Ce nouveau conflit met en lumière la récurrence des litiges fonciers en milieu rural, où les terres cultivables deviennent une source croissante de tensions entre villages voisins.
Les autorités locales espèrent que cette affaire servira d’avertissement et encouragera les populations à privilégier le dialogue et les procédures légales pour régler leurs différends. En attendant, la préfecture de Kankan reste en alerte pour éviter toute nouvelle flambée de violence.
— conakrylemag



