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Kindia engloutie : quand les pluies révèlent l’abandon des routes guinéennes

Une ville paralysée dès les premières gouttes

La saison des pluies a à peine commencé que Kindia, troisième ville de Guinée, sombre déjà sous les eaux. Les précipitations, même modérées, transforment ses artères en pièges à ciel ouvert : chaussées défoncées, nids-de-poule géants et eaux stagnantes isolent des quartiers entiers. Pour les 200 000 habitants de cette cité connue pour ses agrumes, c’est un scénario qui se répète inlassablement chaque année, comme une malédiction administrative.

Les images sont éloquentes : des conducteurs slaloment entre les cratères remplis d’eau boueuse, tandis que des piétons, chaussures à la main, tentent de traverser des portions de route devenues impraticables. « On dirait une ville bombardée », résume un habitant du quartier Caravansérail, où les taxis-motos, principaux moyens de transport, deviennent des engins à haut risque dès que le ciel s’assombrit.

Des vies et des économies brisées par l’asphalte

Le désastre ne se limite pas à l’inconfort. Pour Mamadou Barry, mototaxi depuis dix ans, chaque averse est une loterie mortelle. « L’eau cache les trous, alors on ne voit pas où poser les roues. La semaine dernière, j’ai chuté trois fois en une seule journée. Heureusement, ce n’était que des éraflures, mais demain ? » Son cas n’est pas isolé : les centres de santé de la ville enregistrent une hausse des consultations pour fractures et entorses depuis le début de la saison pluvieuse.

L’impact économique est tout aussi brutal. Au marché central, où transitent des tonnes de marchandises chaque jour, les commerçants voient leurs revenus fondre. Aïssatou Camara, vendeuse de légumes, montre du doigt les camions immobilisés à l’entrée de la ville : « Les transporteurs refusent de venir jusqu’ici par peur d’abîmer leurs véhicules. Résultat, les prix flambent et les clients se font rares. » Une situation qui aggrave la précarité dans une ville où plus de 60 % de la population vit du commerce informel.

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Kindia, plaque tournante oubliée des politiques publiques

Pourtant, Kindia n’est pas une ville mineure. Située à 135 kilomètres de Conakry, elle constitue un carrefour stratégique entre la capitale, les régions forestières et les pays voisins comme le Sierra Leone. « C’est ici que transitent les produits agricoles, le bétail, les minerais… Comment peut-on laisser une telle artère dans cet état ? » s’interroge Ibrahima Bah, enseignant et riverain du quartier Tafory. Pour lui, comme pour beaucoup, le problème dépasse la simple question de l’entretien : « C’est une question de dignité et de développement. Une ville qui ne peut pas circuler est une ville qui meurt. »

Les causes de cette dégradation sont connues : absence de systèmes de drainage efficaces, matériaux de mauvaise qualité lors des rares réfections, et surtout, un manque criant de volonté politique. « On nous parle de budgets, de plans de développement, mais sur le terrain, rien ne change », soupire un membre du collectif des jeunes de Kindia, qui organise régulièrement des opérations de colmatage des nids-de-poule avec des moyens dérisoires.

Des promesses en l’air, des habitants dans l’impasse

Face à l’urgence, les appels se multiplient. Les habitants réclament des travaux immédiats pour éviter que la situation ne devienne catastrophique d’ici quelques semaines, lorsque les pluies atteindront leur pic. « Si rien n’est fait maintenant, ce sera trop tard. Les engins ne pourront même plus circuler pour effectuer les réparations », alerte un ingénieur en génie civil contacté par la mairie.

Pour l’instant, les autorités locales se contentent de communiqués rassurants, promettant des « interventions ciblées » et des « solutions durables ». Mais pour les Kindiotes, ces déclarations sonnent creux. « On nous a déjà fait le coup l’année dernière, et celle d’avant, et celle d’avant encore… À un moment, il faut arrêter de nous prendre pour des idiots », lance, amer, un conducteur de taxi-brousse.

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En attendant, la ville s’organise comme elle peut. Des comités de quartier se forment pour signaler les zones les plus dangereuses, tandis que des bénévoles tentent de déblayer les caniveaux obstrués. Mais ces initiatives, aussi louables soient-elles, ne suffiront pas à combler l’absence de l’État. « On ne peut pas remplacer des routes et des égouts avec des pelles et des seaux », résume un habitant, résigné.

Et demain ? L’ombre d’une crise humanitaire

Si rien n’est fait rapidement, les conséquences pourraient être dramatiques. Les risques d’inondations, déjà élevés, menacent des milliers de foyers, notamment dans les quartiers périphériques comme Koloma ou Sonfonia. Les maladies hydriques, comme le choléra, pourraient faire leur retour, comme ce fut le cas en 2020, où une épidémie avait frappé la région après des pluies diluviennes.

Pour l’instant, l’espoir est mince. Les habitants de Kindia savent que la saison des pluies ne fera qu’empirer, et que les solutions, si elles arrivent, viendront probablement trop tard. En attendant, ils continuent de vivre au rythme des averses, entre résignation et colère, dans une ville où les routes, autrefois symboles de connexion, sont devenues des obstacles infranchissables.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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