La Pologne attise la querelle sur le coût et la signification de la neutralité carbone

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En juin dernier, la Pologne était l’un des quatre pays à s’opposer au plan de la Commission européenne visant à réduire à zéro les émissions nettes de carbone d’ici à 2050. La République tchèque, l’Estonie et la Hongrie ont également refusé d’adhérer à ce pacte qui requiert un consentement unanime.

Les quatre États récalcitrants ont évoqué les coûts de la transition énergétique pour justifier leur position. Néanmoins, les fonctionnaires du Conseil européen et des diplomates d’autres pays pensent toujours qu’un accord sera trouvé lors d’un sommet en décembre.

Le Premier ministre estonien, Jüri Ratas, a annoncé le 3 octobre que l’Estonie soutiendrait désormais l’objectif de 2050. Au même moment, Kadri Simson, la candidate estonienne au poste de commissaire à l’énergie, déclarait durant son audition devant le Parlement européen qu’elle se consacrerait à sa réalisation.

Le 1er octobre cependant, le ministre polonais de l’Énergie, Krzysztof Tchórzewski, déclarait pour sa part que les affirmations de ceux qui jugent « la Pologne capable de réduire à zéro ses émissions nettes de carbone d’ici à 2050 » relevaient du « fantasme ».

Le ministre a ajouté que la Pologne aurait besoin, à elle seule, de 900 milliards d’euros pour renforcer sa capacité de production d’énergie renouvelable, arrêter ses centrales à charbon et assainir son secteur du bâtiment.

Les analystes de la Commission européenne estiment que pour atteindre collectivement l’objectif de zéro émissions nettes de CO2 en 2050, l’ensemble du bloc européen devra débourser 575 milliards d’euros chaque année durant deux décennies. Mais, l’exécutif européen met aussi en évidence les économies considérables qui seront réalisées en évitant des coûts dans les secteurs de la santé et du climat.

Piotr Naimski, conseiller du gouvernement polonais sur les questions énergétiques et reconnu pour ses compétences en la matière, a déclaré au Financial Times qu’il était « impossible et irréalisable » que le pays atteigne l’objectif de 2050. Il a ajouté que le charbon représenterait encore la moitié du bouquet énergétique dans deux décennies.

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Le groupe de 24 États membres qui vise la neutralité carbone d’ici au milieu du siècle a toutefois encore un atout dans sa manche, et celui-ci est repose très largement sur la lecture sémantique de l’option « zéro émissions nettes ».

De nombreux diplomates soulignent que les négociations ne sont pas encore centrées sur le fait que c’est le bloc européen dans son entier qui devrait atteindre la « neutralité climatique » d’ici à 2050. Ce qui signifie en pratique que certains pays auront davantage de marge de manœuvre.

« C’est la logique que nous chercherons à faire comprendre : certains pays atteindront rapidement l’objectif de zéro émissions nettes de CO2, d’ici à 2035 peut-être, ce qui aura pour effet d’accroître le budget global des émissions », explique un fonctionnaire.

La Finlande, par exemple, s’est engagée à cesser complètement ses émissions d’ici à 2035. En raison de ses vastes forêts et de ses tourbières, le pays est un gigantesque puits de carbone qui affichera, à terme, un bilan carbone négatif. Pour l’heure, seuls le Boutan et le Suriname sont parvenus à accomplir cet exploit.

La Commission s’est progressivement détachée des objectifs énergétiques et climatiques propres à chaque pays, mais une source de l’UE souligne qu’il pourrait s’agir d’une option valable pour convaincre la Pologne qu’elle disposera d’une plus grande marge de manœuvre.

L’aide financière fait également l’objet de discussions à l’heure actuelle, avec la perspective des débats imminents sur le budget global, une mise à jour de la politique de prêts de la Banque européenne d’investissement et des ajustements du système d’échange de quotas d’émissions.

Pas d’argent, pas de problèmes

La remarque de Krzysztof Tchórzewski qualifiant de « fantasme » l’objectif de neutralité carbone pour la Pologne d’ici à 2050 a déjà été balayée sans ménagement par une nouvelle analyse émanant du groupe écologiste WWF Europe.

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L’estimation fournie par le ministre, selon laquelle il faudrait près de 1000 milliards d’euros pour effectuer la transition, est sèchement réfutée par l’ONG qui évoque pour sa part une somme entre 32 et 76 milliards d’euros.

L’analyse stipule en outre que la Pologne économiserait 55 milliards d’euros sur le coût total de l’énergie, et 200 milliards d’euros sur les coûts évités dans les domaines de la santé et de l’environnement.

« La Pologne a déjà les moyens d’assainir son système énergétique, au profit de ses travailleurs, du climat, des coûts de la santé et de l’électricité. Mais pour le moment, elle consacre la plus grande partie de cet argent au charbon polluant et au gaz », accuse Katie Treadwell, chargée des questions énergétiques au WWF, dans un communiqué.

Elle ajoute que la Pologne devrait investir dans les énergies renouvelables, réduire les subventions aux énergies fossiles et renforcer le soutien social dans les secteurs qui seront les plus touchés par la transition. Elle presse aussi l’UE de maintenir les financements régionaux, mais en s’assurant qu’ils soient dépensés pour des efforts de modernisation.

En raison des élections générales qui auront lieu le 13 octobre, la politique climatique est actuellement un sujet délicat pour le gouvernement polonais. Elles devraient être remportées par Droit et Justice, le parti au pouvoir.

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Par Sam Morgan, Euractiv.com (traduit par Sandra Moro)

(Article publié le vendredi 4 octobre 2019 à  11:42)

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