Politique

La Tribune Wine’s Forum : découvrez les lauréats 2019

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Talent de l’année : Vignobles Ducourt

Dans l’Entre-Deux-Mers, les Vignobles Ducourt, un des principaux acteurs indépendants du monde viticole dans le bordelais, expérimentent une vingtaine d’hectares de cépages résistants, sujet qu’ils ont commencé à aborder en 2014, sur les 450 hectares de vignes qu’ils ont en production (14 châteaux sur 6 AOC différentes). Après avoir rendu visite à un confrère vigneron en Provence, pour qui les traitements phyto-sanitaires avaient largement diminué, les frères Jérémie et Jonathan Ducourt ont commencé avec 4 hectares de cépages résistants (2 blancs, 2 rouges). De nouvelles variétés ont été plantées en 2018 (3 ha de souvignier gris et 3 ha de muscaris). Que ce soit avec le Cabernet Jura comme cépage hybride en rouge ou le Cal 604 (probablement baptisé Sauvignac) en blanc, dès la première année, il n’y a eu aucun traitement contre 4 ou 5 habituellement. « La 3e année, nous avons baissé le nombre de traitement de 80 %. Et nous ne procédons plus qu’à des traitements au cuivre et souffre. Il y a eu deux traitements en 3e année et aucune maladie. Cette année, un seul.« 
Le résultat est jugé très bon d’un point de vue de la qualité organoleptique. « Le blanc baptisé Métissage est proche d’un Sauvignon blanc, on est très content du résultat. Le rouge est plus atypique, coloré, épicé. Il ressemble à la Syrha et se garde bien. » A ce jour, les Vignobles Ducourt produisent 12.000 bouteilles de ce Métissage blanc et près de 25.000 en rouge, pour une production totale de plus de 3 millions de bouteilles. Objectif : atteindre 35.000 en rouge en 2020, 70.000 en blanc. Le vin Métissage, qui est exporté aux Etats-Unis, au Japon, en Chine, en Belgique, ne porte toutefois pas le nom de Bordeaux. Les cépages résisitants ne sont pas reconnus dans le cahier des charges des AOC, c’est une production en vin de France : « vin issu de vigne planté à titre expérimental ». « Ils ne doivent pas représenter plus de 5% du vignoble et 10% dans l’assemblage final selon l’INAO. » Mais pour Jérémie Ducourt, « c’est une bonne alternative. Nous sommes convaincus du schéma. » Chiffre d’affaires consolidé pour les vignobles Ducourt : 6,8 M€.

Le prix Talent de l’année a été décerné par Jean-Pierre Levayer, directeur général de la Banque populaire Aquitaine Centre Atlantique.

Prix commerce et distribution : Maison de cognac Camus

La maison de cognac familiale et indépendante, fondée en 1863, a enregistré un chiffre d’affaires de 120 M€ l’an passé, en croissance de 15% et gère également la distribution de vins et spiritueux comme le baiju chinois Moutai, distribué par Camus dans une cinquantaine d’aéroports internationaux. Sa stratégie en Asie est remarquable : favoriser l’e-commerce en BtoB pour gagner en nombre de détaillants et limiter les intermédiaires. « Les circuits commerce et distribution y sont très différents de ce qu’on trouve ici, avec une chaîne de multiples prestataires », indique son PDG Cyril Camus. Maison Camus a notamment racheté une société d’e-commerce, Fancy Cellar, créée en Chine par deux Français. L’essentiel du trafic s’y effectue non pas sur le site mais sur WeChat, l’application chinoise qui vient de dépasser le milliard de comptes et tient à la fois du réseau social et de la place de marché. « En Chine, l’e-commerce est intégré aux réseaux sociaux, précise Cyril Camus. Il n’y a pas de barrière entre le monde réel et le numérique. Pour le consommateur, la fluidité est bien meilleure : depuis l’information sur la marque, le désir d’achat, l’achat lui-même et le paiement, jusqu’à la livraison dans un point de vente ou chez soi. Cela préfigure ce qui devrait arriver sur les autres marchés. Il y a quinze ans, on faisait de l’affichage 4×3, aujourd’hui on travaille d’abord en ligne. La plus grande difficulté a été de convaincre en interne que chaque bouteille vendue en ligne ne revient pas à une bouteille en moins vendue en boutique. Au contraire, elle contribue à améliorer l’image de marque, donc à vendre plus en magasin. » La Maison Camus a signé des partenariats avec des géants tels que WeChat, Tencent, Alibaba… « qui sont avant tout des interlocuteurs commerçants capables de gérer de très gros volumes d’activité à des coûts bas ».
La Chine est désormais le marché n°1 de Camus, devant les Etats-Unis : elle y vend une bouteille toutes les minutes, à 300 € pièce en moyenne. La maison de cognac a également investi au capital et pris en charge les parties techniques et commercialisation de Château Loudenne, cru bourgeois du Médoc.

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Le prix Commerce et distribution a été remis par Damien Vernier, directeur commercial du groupe GSE et Rodolphe de Malet, directeur agence Bordeaux de Cushman & Wakefield.

Prix Equipementier : D-Innovation

Trois jeunes ingénieurs se sont associés en 2017 pour créer D-Innovation, société basée à Beychac-et-Caillau en Gironde qui développe des inventions, brevetées, pour améliorer les pratiques au chai. Tout est parti du père de l’un des associés, œnologue pour une maison de négoce bordelaise, qui rentrait le soir en se plaignant de la difficulté de prélever des échantillons fiables sur les cuves : les robinets bouchés et très durs à nettoyer l’empêchaient d’être serein sur ses prélèvements. D-Innovation a donc mis au point un premier robinet de dégustation, Heclipse, qui ne se bouche pas pendant les périodes de vinification (peaux, pépins, rafles dans la cuve), permet de prélever des échantillons représentatifs de la cuve de façon pratique, rapide et hygiénique. « Des analyses d’échantillon sont d’ailleurs effectuées en laboratoire pour appuyer notre discours« , explique Justine Larrous, cofondatrice et directrice générale. 1.000 unités du premier robinet ont été vendues depuis le début de la commercialisation. Problème : il ne s’adapte que sur les cuves existantes. Un 2e robinet a donc été conçu, Hekinox, adaptable sur toutes les cuves. Il a été vendu à 2.000 exemplaires. « Mais le but n’est vraiment pas de devenir robinetier. Ce que l’on aime, c’est partir d’une problématique marché pour concevoir ou repenser des produits. Nous sommes avant tout un bureau d’étude », avance Justine Larrous. Ainsi, une jauge de niveau est par exemple proposée depuis cette année.
D-Innovation prépare également un autre produit pour la barrique, une jauge de niveau. « Notre objectif, en créant notre 1er produit était d’asseoir notre réputation dans le milieu du vin. Il fallait que l’on apprenne à se faire connaître. » La société commercialise actuellement 80 % de ses produits en France, le reste part en Australie, en Espagne, aux Etats-Unis ou encore au Canada. D-Innovation, qui conçoit le produit, ne procède pas en revanche à sa fabrication. « On fait usiner à Grenoble. Mais nous disposons d’un atelier pour vérifier et notamment mesurer les pièces avant de les assembler. » D-Innovation ambitionne de doubler son chiffre d’affaires en 2019 et ainsi atteindre 160.000 euros.

Le prix Equipementier a été remis par Sylvie Cazes, présidente du Wine & Business Club Bordeaux.

Prix Jeune Talent : Vegetal Signals

Derrière Vegetal Signals, un chercheur en neurosciences qui travaillait sur le sommeil humain et en particulier sur les signaux électriques humains, Fabian Le Bourdiec. Depuis 2016, année de création de l’entreprise, il travaille sur l’activité électrique chez les plantes dans le but d’identifier les maladies et ainsi trouver de nouvelles stratégies phytosanitaires, un nouveau moyen de piloter l’utilisation des pesticides, trouver une raison de retarder au maximum l’utilisation de ces produits. Très rapidement, Fabian Le Bourdiec a développé des prototypes qui consistent à planter des électrodes dans la plante qui permettent d’obtenir un tracé électrique comparable à un électroencéphalogramme humain. « J’ai éveillé l’intérêt d’un industriel et commencé à travailler sur le stress hydrique sur la tomate. Résultat : nous étions capables de distinguer une plante qui avait soif d’une plante qui n’avait pas soif, ce qui a permis d’imaginer un prototype de système d’irrigation directement contrôlé par les plantes. Concrètement, le signal de soif déclenche le robinet », explique Fabian Le Bourdiec. Le travail sur le stress hydrique de la vigne a alors été lancé. « L’intérêt, c’est d’avoir un signal pris à l’intérieur de la plante et que potentiellement nous pouvons lire tout un tas de phénomène : maladie, soif, faim…« 
En 2019, Vegetal Signals a ainsi initié un programme avec 8 châteaux du bordelais à titre expérimental, plutôt positionné mildiou. « On cherche à déterminer une signature spécifique du mildiou dans les signaux des plantes, l’idée étant d’anticiper la maladie. Nous sommes un peu en avance sur le champ académique. Avant le nôtre, il n’existait pas d’outil permettant de faire des études en condition réelle de production. Nous sommes donc obligés de créer nous-même notre catalogue de signatures végétales pour transformer une information, en l’occurrence un bruit, en information utile pour l’agriculture. Cette exploration est faite au moyen d’algorithmes, de machine learning. On accumule énormément de données. En résumé, on cherche à produire une brique de technologie qui s’intègre dans les chaines de production pour faire de l’optimisation et être au plus juste du besoin de la plante. » L’équipe est aujourd’hui composée de 8 personnes, ingénieurs et docteurs en sciences (électronique, agronome, data scientist, statisticien…) Une levée de fonds est espérée pour début 2020.

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Le Prix Jeune Talent a été remis par Lydia Héraud, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine déléguée à la viticulture et aux spiritueux.

Prix spécial du jury : Châteaux Guibeau et Guibot la Fourvieille

Ces deux domaines, qui n’en forment plus qu’un d’une taille de 45 hectares, dont 38 ha en appellation Puisseguin Saint Emilion (Château Guibeau) et 7 ha en Castillon-Côtes-de-Bordeaux (Château Guibot La Fourvieille) sont gérés par Brigitte Destouet (depuis 1991) et son mari Eric (depuis 1996). Ces deux domaines ont la particularité d’être des pionniers de la culture Bio en Gironde, puisqu’ils ont basculé dans ce mode de production dès 2009. « Nous vivons au milieu les vignes avec trois enfants, nous avons donc fait le choix de stopper les produits chimiques », explique Brigitte Destouet.  Dix ans plus tard, il n’est pas question de faire marche arrière. « On a réappris notre métier. On est obligé d’apprendre à mieux connaitre la plante. Et d’un point de vue gustatif, le résultat est positif : on obtient une meilleure expression du terroir dans des vins qui sont plus fruités et ont un meilleur équilibre. » Pour autant, le parcours a été long et semé d’embuches. « En théorie, il faut compter 3 ans de conversion mais je pense, pour ma part, qu’il en faut 5, voire 10 le temps que le vignoble s’adapte. Au début, il souffre. » Les rendements ont baissé, même s’il est difficile de n’attribuer cela qu’au bio. « Il y a eu les événements climatiques : gel, grêle… On fait un peu moins de 200.000 bouteilles par an. Dans mes rêves : 250.000. On se bat, c’est difficile de combattre le mildiou avec du cuivre et du souffre. En 2018, nous avons perdu 75 % de la récolte. Mais le plus dur, c’est le stress humain. Dès qu’il pleut, la vigne n’est plus protégée. » Prochaine étape à venir prochainement : la biodynamie.

Le Prix spécial du jury a été remis par Charlotte Glayrouse, directrice commerciale de Noxoe.



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