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Mamadou Aliou Keïta dit N’Jo Léa

Mamadou Aliou Keïta dit N’Jo Léa

 

Ma petite anecdote avec N’Jo Léa avant de vous retracer son parcours que j’ai déjà publié.

A la fin d’un des entrainements du Hafia, je suis m’embarqué avec les joueurs pour leur internat, comme j’habitais dans le quartier, cela m’évitait de marcher. Le bus était en panne, un camion vint les chercher. Pas de siège pour s’assoir, les joueurs debout au milieu et certains assis sur les bords. J’étais assis sur le bord tout en m’accrochant très bien pour ne pas tomber. N’Jo Léa assis à ma gauche. Arrivée devant la villa Syli de la belle vue, le chauffeur entra brusquement dans le virage, N’Jo Léa qui ne tenait rien, failli tomber, il s’accrocha à moi et à celui qui était à gauche. Tout le monde fut secoué dans le camion. Certains joueurs crièrent « doucement chauffeur ». N’Jo Léa cria « j’ai failli tomber ». Oh que j’ai eu peur.

 

Ces joueurs ne se plaignaient pas pour des primes de match, ni pour des moyens de transports à leur disposition ou leur condition de vie à l’internat. 

 

Maintenant le parcours de N’Jo Léa : Né en 1952, Mamadou Aliou Keïta commença à jouer très tôt au foot, il se fit remarquer par un avant-centre dont la Guinée parle encore, Ibrahima Kandia Diallo (Anthony), surnommé Monsieur but. Kandia le protégea et l’appuya pour jouer dans le kaloum star et dans l’équipe du 3ème arrondissement. Son surnom vient du footballeur Camerounais Eugène N’Jo Léa.

 

L’élève et le maitre.

 

Ismaël Sylla Eusobe dit « c’est dommage que vous n’ayez pas vu Kandia Diallo jouer, N’Jo Leah avait toutes ses qualités » et la femme de Kandia d’ajouter « c’est le petit de mon mari, c’est lui qui l’a formé » ; pour Jimmy Camara « N’Jo Leah était la copie conforme de Kandia ». Tout le monde est unanime sur ce point.

 

En 1970, Kandia est en fin de carrière et la Guinée manque cruellement d’avant-centre type, à la même époque, des jeunes joueurs notamment Papa Camara, Ismaël Sylla, Ousmane Bangoura, Mamadou Aliou et tant d’autres de l’équipe espoir, sont envoyés pour une formation en Hongrie.

Mamadou Aliou est remarqué par les entraineurs hongrois, il est incorporé avec Papa Camara, Ismaël Eusobe et d’autres dans le Hafia et l’équipe nationale.

 

Mamadou Aliou Keïta va jouer la finale de 1972 à Conakry, il marquera deux buts.

C’est après cette première victoire sur les Simba (Lions) de Kampala avec le terrible Wandera, que Mamadou Aliou sera titulaire à part entière du Hafia et de l’équipe nationale.

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N’Jo Léa va devenir la terreur des défenses et le cauchemar des gardiens de buts.

D’abord par son sens du placement, que le centre vienne de la gauche ou de la droite, N’Jo Léa est toujours au second poteau pour une reprise ; bon de la tête et des deux pieds, vous imaginez bien le résultat. Ensuite, il avait un coup de pied terrible, des frappes des deux pieds d’une adresse diabolique ; s’ajoute à cela la rapidité. Mamadou Aliou pouvait en pleine course, frapper des deux pieds à la surprise des gardiens de buts.

 

Et enfin, à la moindre petite espace, N’Jo Léa s’y engouffrait et il était servi par un des meilleurs milieux que l’Afrique ait connu : Papa Camara, Mory Koné, Ismaël Sylla, Thiam Ousmane Tolo.

Avec Bangaly Sylla sur le côté gauche, les automatismes étaient si bien travaillés à l’entrainement, qu’ils savaient exactement où trouver ce renard les surfaces de réparations.

Ismaël Sylla Eusobe dit « N’Jo Léa ne ratait presque pas des occasions ; sur dix, il pouvait en marquer huit » ; eh oui, la signature du buteur type.

Le public guinéen était aux anges et il égrenait comme un chapelet, les réalisations de son avant-centre fétiche jusqu’en cette année maudite de 1976.

 

En 1976 donc, le Hafia est encore une fois, en finale de la coupe d’Afrique des clubs champions contre le Mouloudia d’Alger. A Conakry, les guinéens l’emportent par trois buts à zéro et logiquement, pour beaucoup de supporters, le retour ne sera qu’une formalité mais le Dieu du football ne le voit pas ainsi et à la surprise générale, les algériens l’emportèrent aux tirs aux buts après 3 à 0 au temps réglementaire. Une défaite qui passa mal aux yeux des autorités guinéennes. Le retour à Conakry se fit dans la tristesse.

 

 Le lendemain de l’arrivée des joueurs, un communiqué radio les invita à une réunion au palais du peuple. Les héros malheureux se présentèrent et des jeeps militaires vinrent les chercher pour la présidence. Dans le bureau du président, ils reçurent des feuilles pour que chacun écrive le compte rendu de la finale perdue.

Que le grand gardien Bernard Sylla, spécialiste des tirs aux buts, n’arrête pas des pénaltys ou que le grand goleador Mamadou Aliou, ne marque pas de but, cela est suspect et certains parlèrent de complot. Ces deux joueurs vont injustement ramasser le pot cassé.

 

Ils sont emprisonnés au Camp Boiro et après cinq mois de prison. Son séjour carcéral lui a fait prendre du poids qu’il ne parviendra jamais à s’en défaire. Le renard des surfaces ne sera plus que l’ombre de lui-même jusqu’à la retraite.

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Entre 1972 et 1976, N’Jo Léa sera le meilleur avant-centre guinéen et à une époque, l’un des meilleurs sinon le meilleur de l’Afrique.

A une coupe Cabral, il marqua quatorze buts et devint Monsieur but, le titre de son maitre, Ibrahima Kandia Diallo.

 

Retraité du football mais toujours fonctionnaire au Ministère de Mines, N’Jo Léa habitait dans une maison de l’État jusqu’au changement de régime.

Sous le règne du Général Lansana Conté, cette maison fut vendue à une militante du PUP (Parti de l’Unité et du Progrès) au pouvoir et sans préavis, cette Dame se décida à récupérer son bien.

 

Un jour, sous une pluie battante, N’Jo Léa vint trouver le toit de la maison enlevé et ses affaires dehors. C’est le choc, il chercha une place pour sa famille, une pour ses affaires et fila chez Ismaël Sylla Eusobe, en vacances à Conakry. Pour des raisons inavouées, il n’y eu pas beaucoup soutien.

C’est son ami Antonio Souaré de Guinée games, qui l’aidera à trouver un logement.

Le chagrin et l’amertume le rongèrent, sa santé se détériora au point que Antonio et Eusobe décident de l’envoyer se reposer à Paris. C’est dans cette semaine que Mamadou Aliou Keita tira sa révérence, en 2004.

 

Nous lui avons décerné une médaille à titre posthume, pauvre consolation. Il y a tant d’hommes et de femmes dans tous les domaines, qui ont beaucoup apporté au pays et qui n’ont aucune reconnaissance ou un soutien ne serait que moral.

Certains sont partis dans la misère et d’autres vivent aujourd’hui dans une galère et un oubli total.

 

Jimmy Camara dit « La Guinée pleurera pendant longtemps N’Jo Léa et nous mettrons du temps avant de trouver un avant-centre de ce type ». Eusobe d’ajouter «il rigolait toujours, je ne l’ai jamais vu fâché sur le terrain et en dehors du terrain. », avec une vibration dans sa voix ; l’on ressent la profondeur de leur amitié.

 

Je ne peux pas terminer ce texte sans remercier Ismaël Sylla Eusobe qui fut ma source indispensable.

 

C’était là un hommage à un joueur de qualité qui fit rêver les amateurs du ballon rond et qui fut emporté par le chagrin.

 

Paul Théa

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