La violence gagne un nouveau palier en Guinée

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    La violence gagne un nouveau palier en Guinée. Hier mardi, l’on a assisté, encore, au lynchage d’un présumé voleur à Lambanyi, dans la haute banlieue de Conakry.

    Un acte qui inquiète plus d’un dans la capitale guinéenne. Joint au téléphone, ce mercredi 31 mai 2017, par la rédaction de nos confrère de MEDIAGUINEE, le président de l’Institution Nationale Indépendante des Droits Humains (INIDH), Mamady Kaba, condamne cet acte inqualifiable avec la dernière énergie. Il dénonce, sans concession, les vindictes populaires, quelles qu’en   soient les raisons et les formes.

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    « Nous condamnons avec la dernière énergie les vindictes populaires, quelles que soient les raisons et les formes. Nous sommes aussi très attristés par la recrudescence du grand banditisme et la banalisation de la vie.

    Car les populations ne se sentent vraiment plus en sécurité. Et les forces de l’ordre sont parfois moins motivées et moins équipées que les bandits qu’elles sont censées traquer. Cela pousse les populations à se rendre justice et à travailler à leur propre sécurité. C’est très inquiétant aujourd’hui. Vous vous souvenez, dans le même quartier de Lambanyi, quelques jours avant, il y a un jeune conducteur de mototaxi qui a été égorgé et sa moto emportée.

    Cela a créé l’émotion dans le quartier chez les conducteurs de mototaxis mais aussi chez les familles. Donc, pour le présent cas, ce sont les populations qui se sont mobilisées pour tenter de mettre un terme à cette descente aux enfers. Je crois que c’est ce qui est arrivé. Maintenant, ce sont des leçons qu’il faut tirer de ces situations », a déclaré le président de l’INIDH. Selon Mamdy Kaba, il faut reconnaître que la justice et la sécurité sont très éloignées de la population. Le désespoir est en train de s’installer chez la population.

    « Toute la responsabilité revient à l’Etat, qui a la charge de protéger les populations et leurs biens. Maintenant, il faut travailler pour faire en sorte que les services de sécurité soient de mieux en mieux équipés afin de les motiver. Ce qui signifie qu’il faut relever leur niveau de traitement, leur donner un salaire qui correspond à leur niveau de vie.

    Si l’Etat ne fait pas ça, les populations ne bénéficieront pas correctement des services publics en la matière. Et les populations, face au danger de mort et face aux menaces qui pèsent sur leurs biens, vont être obligées d’avoir des comportements comme celui que l’on a connu à Lambanyi hier.

    Je pense que les efforts doivent être faits pour donner des alternatives aux populations pour travailler afin de rapprocher la justice des justiciables », précise-t-il. Notre interlocuteur a poursuivi en faisant comprendre qu’il a longtemps proposé à l’Etat la construction des centres d’assistance juridique et judiciaire.

    « J’ai longtemps proposé qu’il était important que des centres d’assistance juridique et judiciaire soient mis en place dans les cinq communes de Conakry, d’abord comme expérimentation.

    Et que l’INIDH et le ministère de la Justice soient chargés pour recevoir des victimes de violations des droits humains, les conseiller et les accompagner à la justice pour être rétablies dans leurs droits. Cela permettra que la population ait de moins en moins peur de l’institution judiciaire, de ses coûts et de ses tracasseries.

    Si les victimes sont de plus en plus rétablies dans leurs droits, avec moins de souffrances, ça va pousser les autres populations à recourir à l’institution judiciaire.

    Et en recourant à l’institution judiciaire, les populations vont renoncer aux vindictes populaires. Je pense que c’est l’unique moyen aujourd’hui pour faire reculer le phénomène », souhaite le président de l’INIDH.

    Par ailleurs, Mamady Kaba a invité les autorités guinéennes à prendre le taureau par les cornes, à temps. « En tout cas, c’est maintenant qu’il faut prendre le taureau par les cornes. Sinon, à l’allure où vont les choses, je crains très fort qu’on aboutisse à une situation de désordre généralisé où les populations vont tourner le dos à la justice et à la sécurité pour s’en charger elles-mêmes.

    Donc, dans ce contexte-là, nous créons une instabilité. Je crois que c’est qui est arrivé en Centrafrique et à la Côte d’Ivoire, après la guerre civile. La Guinée n’a pas encore atteint ce niveau-là mais si elle ne prend pas le taureau par les cornes maintenant, elle pourrait se voir débordée par l’ampleur du phénomène. Et je ne suis pas sûr que ce soit dans l’intérêt de la démocratie et de l’Etat de droit auxquels nous aspirons », a conseillé Mamady Kaba.

    A rappeler que la vindicte populaire est devenue monnaie courante en Guinée. L’on se rappelle encore le tragique sort qui a été réservé, il y a quelques mois, à deux innocentes personnes lynchées à Sangardo, dans la préfecture de Kissidougou. Yaya  Dramé


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