Aliou Bah lève le voile : « J’ai dit aux autorités à l’époque… » — l’opposant qui parle vrai dans un pays qui ment en boucle
Il fallait s’y attendre : malgré les barreaux, la voix d’Aliou Bah continue de porter. Incarcéré, menotté, traîné de cellule en prétoire, le président du MoDeL n’a rien perdu de sa lucidité. Pire (pour le régime), il parle encore. Il nomme. Il accuse. Il témoigne. Dans sa dernière déclaration, reprise par AfricaGuinée, l’opposant révèle avoir averti les autorités dès l’époque sur l’illégitimité, l’inefficacité et la dangerosité des dérives en cours.
Mais comme d’habitude en Guinée, celui qui dit la vérité ne passe pas à la télévision — il passe devant le juge.
Un homme qui avertit pendant que les autres complotent
Dans un pays normal, un homme qui alerte les autorités est écouté, consulté, voire respecté. En Guinée, il est catalogué comme agitateur, subversif, menace potentielle à neutraliser. Aliou Bah, depuis des années, n’a cessé de prévenir. Sur la confiscation du pouvoir. Sur la dérive militariste. Sur l’abandon de l’ordre constitutionnel. Sur le poison de l’impunité.
Il les a prévenus. Il a dit. Il a écrit. Il a répété. Mais le pouvoir ne l’a pas écouté. Pourquoi ? Parce que la vérité gêne, surtout quand elle vient d’un homme libre, indépendant, incorruptible. Alors on l’a mis de côté. Puis dans le viseur. Puis en cellule.
Aliou Bah, l’empêcheur de gouverner en rond
Ce que le régime craint avec Aliou Bah, ce ne sont pas ses muscles — ce sont ses mots. Son discours droit. Son regard franc. Son refus obstiné d’entrer dans la grande famille des opposants domestiqués. Il ne louvoie pas. Il ne quémande pas. Il ne pactise pas.
Et maintenant qu’il est privé de liberté, il continue de dénoncer, de raconter, de résister. Cette nouvelle révélation — « J’ai dit aux autorités à l’époque… » — sonne comme un avertissement écrit à l’encre de l’histoire. Ceux qui aujourd’hui le font taire savaient. Ils ont choisi de l’ignorer. Ils ont préféré le bâillon au dialogue, la prison au débat.
Une junte sourde, une opposition lucide
Le régime de Mamadi Doumbouya, comme tous les pouvoirs autoritaires en fin de souffle, refuse d’écouter ceux qui pensent. Il préfère s’entourer de griots, de flatteurs, de conseillers sans colonne vertébrale, plutôt que de tendre l’oreille à ceux qui osent formuler une critique argumentée, une alternative sérieuse.
Aliou Bah est de ceux-là. Il dérange car il propose, pas juste il s’oppose. Il questionne, il construit, il anticipe. Ce n’est pas un opposant de circonstance. C’est un militant de fond. Et ça, la junte ne sait pas gérer.
La vérité d’hier devient l’acte d’accusation d’aujourd’hui
Dans sa déclaration, Aliou Bah ne se dédouane pas. Il ne pleurniche pas. Il réaffirme qu’il a joué son rôle de citoyen éveillé, qu’il a tenté d’alerter. Et aujourd’hui, le pouvoir le lui reproche.
Ironie cruelle : ce qu’il dénonçait il y a deux ou trois ans est désormais la triste réalité quotidienne. L’autoritarisme rampant. La militarisation de la société. La justice instrumentalisée. L’espace politique verrouillé. L’économie asphyxiée.
Aliou Bah avait raison. Et c’est précisément pour ça qu’on l’enferme.
Ceux qui préviennent finissent en prison, ceux qui détruisent sont promus
Ce régime veut des citoyens obéissants, silencieux, dociles. Aliou Bah est tout l’inverse. Et parce qu’il a parlé quand il fallait, parce qu’il a dit aux autorités ce que personne ne voulait entendre, on tente aujourd’hui de le faire passer pour un criminel.
Mais l’Histoire, elle, retiendra autre chose. Elle retiendra qu’en Guinée, un homme a eu le courage de dire la vérité aux puissants. Qu’il a refusé de se taire. Qu’il a résisté à l’oppression. Et que, quelles que soient les manœuvres judiciaires, on ne pourra jamais enfermer la lucidité.
Aliou Bah a dit aux autorités. Elles n’ont pas écouté.
Qu’elles assument désormais le prix de leur surdité.
— conakrylemag




