Aly Touré, procureur ou exécutant du pouvoir ?
Une stratégie pour museler toute opposition

Aly Touré menace Kassory : Justice ou acharnement politique ?
Quelques jours après la condamnation de Kassory Fofana, l’ex-Premier ministre sous Alpha Condé, le procureur spécial près la CRIEF, Aly Touré, hausse le ton. Il prévient que si Kassory ne respecte pas certaines conditions, il sera immédiatement réintégré à la Maison centrale.
Mais alors que ce dossier est déjà perçu comme une mascarade judiciaire visant à liquider les figures de l’ancien régime, cette nouvelle menace pose une question cruciale : la CRIEF applique-t-elle la loi ou exécute-t-elle un agenda politique dicté par le CNRD ?
Une condamnation qui n’en finit pas
Officiellement, Kassory Fofana a été condamné pour détournement de fonds publics, un chef d’accusation qui colle à la peau de presque tous les anciens dignitaires du régime Condé.
Mais ce qui frappe dans cette affaire, c’est que :
- Les proches du CNRD ne sont jamais inquiétés, malgré des soupçons de détournements sous la transition.
- D’anciens hauts cadres de l’ère Condé qui ont prêté allégeance à la junte ne font pas face à la même rigueur judiciaire.
- Le dossier Kassory semble avancer à vitesse accélérée, comme s’il fallait à tout prix enterrer politiquement l’ex-Premier ministre.
Si la CRIEF voulait véritablement lutter contre la corruption, elle n’aurait aucun mal à élargir ses enquêtes aux affaires opaques du régime militaire actuel.
Mais bizarrement, ceux qui occupent aujourd’hui les postes stratégiques échappent toujours à son radar.
Aly Touré, procureur ou exécutant du pouvoir ?
La déclaration d’Aly Touré sonne plus comme une menace politique qu’une annonce judiciaire.
« Nous allons le réintégrer à la Maison centrale si… »
Mais si quoi exactement ?
- Kassory dérange-t-il encore le pouvoir par son influence silencieuse ?
- Le CNRD craint-il que la décision de la CRIEF soit contestée sur le plan juridique et politique ?
- Est-ce une façon d’intimider les anciens du régime Condé et d’envoyer un message à ceux qui oseraient défier l’autorité de la junte ?
En démocratie, une condamnation doit être suivie de l’application des peines dans un cadre strictement légal, pas d’un feuilleton judiciaire où l’on ajuste la pression au gré des intérêts du régime en place.
Aly Touré est-il en train de nous annoncer à demi-mot que la justice guinéenne est une variable ajustable, utilisée comme une arme contre les ennemis politiques du moment ?
Une justice à deux vitesses
Si Kassory Fofana doit retourner en prison pour non-respect de certaines conditions, alors où en est-on avec d’autres figures politiques poursuivies ?
- Que devient l’affaire des marchés publics attribués sous la transition ?
- Pourquoi aucune enquête sérieuse n’est menée sur la gestion des milliards de fonds miniers sous le CNRD ?
- Pourquoi les alliés du régime bénéficient d’une impunité totale ?
À force de manipuler la justice à des fins politiques, le CNRD et la CRIEF risquent de délégitimer totalement l’institution judiciaire et de transformer les procès en simples parodies, où les verdicts sont écrits avant même le début des audiences.
Une stratégie pour museler toute opposition
Kassory Fofana n’est pas qu’un ancien Premier ministre, il reste un acteur politique influent, avec des connexions solides et une capacité à rassembler.
Le maintenir sous pression permet :
- D’empêcher toute tentative de retour sur la scène politique.
- De faire planer une menace permanente sur les autres cadres de l’ancien régime.
- De montrer que le CNRD détient toujours les rênes du pouvoir judiciaire.
Si demain, Kassory venait à être réintégré en détention, ce serait le signe évident que la justice n’est plus qu’un instrument au service des ambitions du régime militaire.
Un message envoyé à toute la classe politique
À travers ces menaces ouvertes, Aly Touré envoie un avertissement :
- Aucun opposant ne sera libre tant que le CNRD ne l’aura pas décidé.
- Quiconque tente de se repositionner politiquement sera écrasé judiciairement.
- Les procès ne sont pas là pour rendre justice, mais pour éliminer des adversaires.
Le véritable enjeu ici n’est pas seulement le sort de Kassory, mais l’avenir même de l’espace politique guinéen.
Si ce modèle de justice à géométrie variable perdure, alors aucune transition démocratique ne sera possible.
Et c’est peut-être exactement ce que veut le CNRD : une opposition bâillonnée, une justice domestiquée, et un pouvoir militaire qui dure.
— conakrylemag




