Amadou Damaro Camara gravement malade : la CRIEF joue-t-elle avec sa vie ?

Amadou Damaro Camara gravement malade : la CRIEF joue-t-elle avec sa vie ?
L’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, incarcéré depuis avril 2022 pour des accusations de détournement de fonds, tire la sonnette d’alarme sur son état de santé critique. Privé d’hospitalisation malgré une situation médicale alarmante, il dénonce un acharnement qui pourrait lui être fatal.
“Vouloir refuser mon hospitalisation, c’est éventuellement, potentiellement, me condamner à un AVC ou à une amputation.”
Cette déclaration, lourde de sens, met en lumière les conditions de détention et la gestion des prisonniers politiques en Guinée. Derrière le discours officiel de lutte contre la corruption, la CRIEF est-elle en train de se transformer en un instrument de vengeance politique ?
Un acharnement judiciaire aux allures de persécution
Depuis la chute du régime d’Alpha Condé, la CRIEF a multiplié les arrestations spectaculaires de hauts cadres de l’ancien pouvoir, sous couvert de lutte contre l’impunité. Si la nécessité de juger les actes de corruption ne fait aucun doute, le traitement réservé à certains détenus pose de sérieuses questions sur l’impartialité de la justice guinéenne.
Le cas d’Amadou Damaro Camara rappelle celui d’autres figures politiques enfermées sans procès équitable et maintenues en détention dans des conditions douteuses.
Si l’État dispose de preuves solides contre lui, pourquoi ne pas organiser un procès juste et transparent au lieu de le laisser croupir en prison jusqu’à ce que son état de santé se dégrade irrémédiablement ?
Une justice à deux vitesses
Pendant que certains grands barons du régime Condé sont traînés devant la CRIEF et maintenus en détention dans des conditions discutables, d’autres personnalités proches du pouvoir actuel échappent totalement aux poursuites.
Pourquoi cette sélectivité dans la justice ? Pourquoi le zèle répressif ne s’applique-t-il qu’à certains et non à d’autres ?
Si Amadou Damaro Camara est coupable, qu’il soit jugé dans le respect du droit. Mais s’il est malade au point de risquer un AVC ou une amputation, le priver de soins revient purement et simplement à organiser sa lente agonie.
Une mort lente comme nouvelle arme politique ?
Le régime de Doumbouya est-il en train d’expérimenter une nouvelle forme de règlement de comptes, où on laisse les prisonniers politiques mourir à petit feu en prison pour éviter d’avoir à les juger ?
Cette stratégie, déjà vue sous d’autres dictatures, consiste à priver d’accès aux soins ceux que l’on ne veut pas libérer mais dont la mort arrangerait les affaires du pouvoir.
Si tel est le cas, alors la transition guinéenne prend une tournure des plus sinistres, et la CRIEF risque de perdre tout semblant de crédibilité en tant qu’organe judiciaire.
La Guinée face à son choix : justice ou vengeance ?
Amadou Damaro Camara n’est pas un saint. Il devra répondre de ses actes s’il est coupable. Mais refuser de lui accorder des soins, c’est franchir une ligne dangereuse, celle de la justice revancharde et inhumaine.
Si la junte veut réellement instaurer un État de droit, alors elle doit choisir :
• Traiter tous les accusés avec la même rigueur, quel que soit leur camp politique.
• Garantir à tous les détenus un procès juste et équitable.
• Permettre aux prisonniers malades de bénéficier de soins médicaux, comme l’exige toute démocratie digne de ce nom.
Si au contraire, elle choisit de laisser les prisonniers politiques mourir en silence, alors elle prouvera que sa “lutte contre la corruption” n’était qu’un prétexte pour se débarrasser de ses adversaires.
Dans un pays où les prisons sont devenues des cercueils à ciel ouvert pour les opposants, qui sera le prochain ?
— conakrylemag




