
Nouvelle Constitution : le général Amara Camara vend-il une illusion démocratique ?
Le ministre secrétaire général à la présidence, le général Amara Camara, affirme qu’une « Constitution robuste » est essentielle pour garantir la pérennité de la démocratie en Guinée. Une déclaration qui, sur le papier, semble empreinte de bon sens. Mais dans un pays où chaque régime fabrique sa propre Constitution pour mieux asseoir son pouvoir, cette annonce a tout du discours creux destiné à masquer les véritables intentions du CNRD.
Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, les militaires au pouvoir entretiennent le flou sur la transition, jouant sur les mots et les délais pour maintenir leur emprise. Cette nouvelle Constitution s’inscrit-elle dans une volonté sincère de retour à l’ordre démocratique ou sert-elle à préparer un cadre légal qui garantirait une continuité du pouvoir militaire sous une autre forme ?
Une Constitution taillée sur mesure ?
Chaque régime qui se succède en Guinée commence par réécrire la Constitution.
- Alpha Condé l’a fait en 2020 pour s’octroyer un troisième mandat.
- Le CNRD, après avoir dénoncé cette manipulation, semble aujourd’hui vouloir imposer son propre texte.
Si cette future Constitution est réellement destinée à garantir une démocratie durable, alors pourquoi :
- Le processus reste opaque, sans consultations inclusives réelles ?
- Les acteurs politiques et la société civile dénoncent une instrumentalisation du cadre institutionnel ?
- Aucune garantie n’a été donnée sur l’organisation d’élections libres et transparentes en 2025 ?
Tant que ces questions restent sans réponse, cette nouvelle Constitution ne sera perçue que comme un outil destiné à légitimer une future candidature militaire.
Un faux débat pour détourner l’attention ?
Parler de Constitution permet à la junte de détourner le débat des vraies urgences nationales :
- Une crise économique qui étrangle les ménages.
- Une transition sans calendrier clair.
- Un climat de répression politique et de musellement des libertés.
Au lieu d’offrir des garanties concrètes sur le retour des civils au pouvoir, les militaires préfèrent jouer sur des concepts vagues comme une « Constitution robuste ».
Mais une loi fondamentale ne protège une démocratie que si ceux qui l’appliquent respectent les principes qu’elle défend. Or, l’histoire de la Guinée a prouvé que les textes sont réécrits au gré des ambitions personnelles des dirigeants du moment.
Vers une nouvelle imposture politique ?
Si la transition était réellement engagée dans un processus démocratique sincère, la priorité ne serait pas la rédaction d’un texte, mais la mise en place de mécanismes garantissant des élections libres et crédibles.
Tant que la junte refusera de :
- Fixer une date claire et définitive pour les élections.
- Permettre aux partis politiques d’exercer librement.
- Assurer une indépendance totale de la future CENI et du cadre électoral.
Alors, parler de « Constitution robuste » restera un simple exercice de communication.
Les Guinéens ont trop souvent été bernés par les discours institutionnels. Ils attendent des actes. Et jusqu’à preuve du contraire, le CNRD ne montre aucun signe réel de vouloir rendre le pouvoir aux civils.
— conakrylemag




