
Bah Oury et la « refondation » éternelle : l’art d’enrober la confiscation du pouvoir
À force de vouloir « réussir la refondation », ne risque-t-on pas d’oublier qu’il s’agit d’une transition censée avoir une fin ? Bah Oury, Premier ministre d’un gouvernement qui semble avoir pris goût aux délices du pouvoir militaire, continue de vendre le grand projet de restructuration de la Guinée, tout en évitant soigneusement de parler d’élections, de calendrier électoral ou de remise du pouvoir aux civils.
Dans son dernier discours, il tente encore de nous faire croire que le CNRD ne veut que du bien au pays, et que la démocratie peut attendre pendant qu’ils peaufinent leur « refondation ». En clair : « Circulez, il n’y a rien à voir, on bosse pour vous », même si le peuple s’appauvrit et que la répression bat son plein.
Une transition à durée illimitée, avec option renouvelable
Bah Oury, dans son rôle de garant officiel des belles paroles, nous sert encore le même refrain fatigué :
« L’objectif est de réussir la refondation. »
Ah bon ? Mais depuis trois ans, on nous promet des institutions solides, des réformes historiques et un retour progressif à l’ordre constitutionnel. Où en sommes-nous réellement ?
- Pas de calendrier électoral clair.
- Opposition neutralisée, exilée ou emprisonnée.
- Justice transformée en machine à broyer les contestataires.
- Société civile bâillonnée, médias sous pression.
Ça ressemble à une refondation ? Non. Ça ressemble à une confiscation du pouvoir, bien maquillée sous des discours ronflants.
Le « temps de bien faire les choses », ou comment gagner du temps indéfiniment
On pourrait presque applaudir la finesse de la stratégie du CNRD : se draper dans la nécessité des réformes pour reculer sans cesse l’échéance du retour à la démocratie.
D’ailleurs, Bah Oury, dans un élan de sincérité à peine dissimulé, nous glisse que « l’État doit se consolider avant de passer aux élections ». Traduction ?
- « Nous sommes encore là pour longtemps. »
- « Nous déciderons du calendrier quand bon nous semblera. »
- « Continuez à patienter, on vous dira quand il faudra voter (si on vous laisse voter). »
Car soyons clairs : si Mamadi Doumbouya et sa clique avaient la moindre intention d’organiser des élections transparentes, cela se saurait déjà.
Bah Oury, Premier ministre ou bouclier du CNRD ?
Le plus ironique dans cette affaire, c’est bien Bah Oury lui-même. L’ancien opposant, celui qui critiquait jadis les dérives autoritaires, est aujourd’hui le plus zélé des porte-paroles d’un régime militaire qui verrouille la Guinée à double tour.
À ce rythme, on pourrait presque s’attendre à le voir plaider pour un « référendum populaire » qui demanderait aux Guinéens s’ils veulent prolonger la transition de 5 ou 10 ans supplémentaires… Histoire d’être bien sûrs que la refondation soit « réussie » !
En attendant, les Guinéens s’enfoncent dans la misère, la jeunesse s’exile, et la répression écrase toute voix discordante. Mais tout va bien, Bah Oury nous l’assure : « l’objectif est de réussir la refondation ».
Jusqu’à quand va-t-on nous vendre ce mensonge ? Jusqu’à quand les Guinéens accepteront-ils cette mascarade ?
— conakrylemag




