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Bah Oury vend la fin des présidences à vie : promesse sincère ou écran de fumée ?

Une déclaration aux allures de rupture…

 

Bah Oury vend la fin des présidences à vie : promesse sincère ou écran de fumée ?

Alors que le texte du projet de nouvelle Constitution est sur toutes les lèvres et divise l’opinion publique guinéenne, le Premier ministre Bah Oury, en bon messager du régime, s’est livré à un exercice périlleux de pédagogie politique. Selon lui, cette nouvelle Loi fondamentale mettra définitivement fin à la tentation des « présidences à vie ». Une promesse noble en apparence, mais à laquelle l’histoire récente de la Guinée impose de ne pas accorder un crédit aveugle.

« La nouvelle Constitution mettra fin à la volonté de se cramponner au pouvoir pendant longtemps »

Une déclaration aux allures de rupture…

« La nouvelle Constitution mettra fin à la volonté de se cramponner au pouvoir pendant longtemps », a affirmé Bah Oury, balayant d’un revers de main les inquiétudes qui montent autour de ce projet de réforme. En clair, le texte en gestation serait le rempart juridique contre les dérives autoritaires et la captation du pouvoir par des dirigeants en quête d’éternité au sommet de l’État.

Sur le papier, cela ressemble à une promesse progressiste. Après tout, la Guinée n’a jamais connu d’alternance démocratique normale. Le pouvoir s’y transmet davantage par la force que par les urnes, et les mandats se prolongent au gré des révisions constitutionnelles taillées sur mesure pour les présidents en place.

Dans un pays traumatisé par les tripatouillages de 2001 (Lansana Conté), de 2010 (le flou de la transition), et surtout de 2020 (Alpha Condé), l’aspiration à un véritable verrou démocratique est légitime. Bah Oury le sait, et il cherche à rassurer.

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…Mais un discours qui sonne creux

Sauf que voilà : à trop vouloir convaincre, le Premier ministre frôle l’auto-caricature. Car comment croire que cette Constitution, rédigée sous l’autorité d’une junte militaire qui n’a jamais été élue, incarnera soudainement la démocratie vertueuse et le respect des mandats ? Où sont les garanties ? Où est la transparence du processus constituant ? Où sont les débats publics ouverts et pluralistes ?

À ce stade, le texte n’est même pas encore soumis au référendum, et il suscite déjà une vague de suspicion. De nombreuses voix estiment qu’il s’agit d’un habillage légal destiné à offrir un futur costume présidentiel à Mamadi Doumbouya lui-même ce qu’il avait pourtant promis de ne jamais endosser.

Alors quand Bah Oury parle de limitation du pouvoir, certains y voient un discours de façade, récité pour calmer les chancelleries internationales et tenter de mobiliser une population de plus en plus méfiante.

Un historique de promesses non tenues

La Guinée n’en est pas à sa première promesse constitutionnelle. En 2010, Alpha Condé avait juré qu’il ne ferait qu’un seul mandat. Dix ans plus tard, il modifiait la Constitution pour s’octroyer un « nouveau départ », ouvrant la voie à un troisième mandat autoritaire. Résultat : manifestations, répression, morts, et une profonde fracture nationale.

Le CNRD, qui prétend aujourd’hui moraliser la vie publique, n’a jamais rendu justice aux victimes de cette période. Et il gouverne depuis près de quatre ans sans légitimité électorale, avec des institutions neutralisées, une société civile fragilisée, des journalistes bâillonnés, et des opposants réduits au silence ou à l’exil.

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Dans ce contexte, la parole du pouvoir même lorsqu’elle est prononcée par un Bah Oury apparemment sincère ne suffit plus. Elle doit être adossée à des actes tangibles, des mécanismes de contrôle solides, et des garanties constitutionnelles fermes et vérifiables.

Un texte flou, un référendum contesté

Pour l’instant, rien ne permet de dire que la nouvelle Constitution empêchera effectivement une dérive autoritaire. Les détails du texte restent peu accessibles au grand public. La campagne d’information menée tambour battant ressemble davantage à une propagande officielle qu’à une pédagogie démocratique.

Les articles clés sur la durée des mandats, le renouvellement, les prérogatives du président, les contre-pouvoirs, et les mécanismes de destitution ne sont pas suffisamment débattus. Le Conseil constitutionnel, censé être l’arbitre suprême, sera-t-il réellement indépendant ? Les institutions de contrôle auront-elles les moyens de s’opposer à l’exécutif ?

Sans réponse claire à ces questions, l’engagement de Bah Oury reste un vœu pieux.

Une parole politique à reconstruire

La déclaration du Premier ministre illustre un mal plus profond : le divorce entre la parole publique et la confiance populaire. Depuis trop longtemps, les promesses politiques en Guinée sont des outils de manipulation. On promet pour séduire. On écrit pour rassurer. On jure fidélité au peuple, tout en préparant les moyens de le contourner.

Aujourd’hui, les Guinéens ne veulent plus des discours ils veulent des institutions solides, des règles du jeu claires, et des dirigeants qui respectent la Constitution au lieu de la réécrire selon leurs intérêts.

Si Bah Oury veut vraiment tourner la page des présidences à vie, il devra aller au-delà des déclarations et garantir que la Constitution à venir sera verrouillée contre toute manipulation future, y compris celle de ceux qu’il sert aujourd’hui.

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PAR CONAKRYLEMAG.COM

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