Cellou Baldé, la mue d’un opposant : quand les ex-dissidents vendent la Constitution de la junte à Labé
Cellou Baldé, la mue d’un opposant : quand les ex-dissidents vendent la Constitution de la junte à Labé
Labé – juillet 2025.
Dans une scène qui aurait semblé impensable il y a encore deux ans, l’ancien lieutenant de Cellou Dalein Diallo, Cellou Baldé, a foulé le sol de Labé ce lundi, non pas pour dénoncer un régime militaire, mais pour vendre, aux côtés du gouvernement, la nouvelle Constitution voulue par le CNRD. Oui, vous avez bien lu : l’ex-prisonnier politique devenu VRP d’un texte constitutionnel controversé, imposé par ceux-là mêmes qui ont écrasé les libertés publiques depuis septembre 2021.
La scène est à la fois ironique et révélatrice du climat politique actuel en Guinée : des figures historiques de l’opposition qui se reconvertissent en missionnaires zélés du pouvoir militaire. Accompagné de membres du gouvernement, Cellou Baldé est venu prêcher la bonne parole constitutionnelle à une population certes accueillante ou plutôt lassée mais pas nécessairement convaincue.
De l’opposant incarcéré au compagnon de route du pouvoir
Il fut un temps où Cellou Baldé était la figure de proue de l’aile dure de l’UFDG dans le Fouta. Emprisonné pour son opposition farouche au troisième mandat d’Alpha Condé, il incarnait, dans l’imaginaire collectif, la résistance politique. Aujourd’hui, le voici engagé dans la campagne de sensibilisation pour une nouvelle Constitution fabriquée sans débat national inclusif, sans consensus politique, sans opposition libre, sans société civile indépendante.
Il ne s’agit pas ici de jeter l’anathème sur un homme, mais de pointer ce que symbolise sa présence à Labé. Cellou Baldé est devenu le reflet d’un système qui digère ses opposants avant de les recracher comme faire-valoir. Une transition de façade, où l’on co-opte les anciens dissidents pour faire croire à une unité nationale, à une refondation consensuelle, à une réforme démocratique.
Labé, cœur du Fouta, mis à l’épreuve
Que cela se passe à Labé n’a rien d’anodin. Cette ville, bastion historique de l’UFDG, a été à la pointe des résistances contre les régimes successifs. Les rues de Labé ont connu les balles, les gaz lacrymogènes, les arrestations arbitraires, les coupures d’Internet. Et voilà que ce même Labé sert aujourd’hui de décor à une opération de charme gouvernementale.
Les slogans ont changé. Les discours sont empreints de mots creux comme « vivre-ensemble », « unité », « paix », « justice » alors que les geôles du régime sont toujours pleines d’opposants, que les médias indépendants sont muselés, et que le fichier électoral est taillé à la mesure du pouvoir.
Les populations, elles, accueillent les officiels avec ferveur mais faut-il confondre politesse culturelle et adhésion politique ? À Labé, comme ailleurs, les citoyens savent lire entre les lignes. Et beaucoup n’ont pas la mémoire courte.
La Constitution : un texte d’habillage pour une continuité autoritaire
La campagne d’information autour de la nouvelle Constitution est présentée comme un acte de pédagogie citoyenne. Mais comment parler de pédagogie quand la presse est censurée ? Quand les acteurs critiques sont arrêtés ou réduits au silence ? Quand les vrais débats sont interdits et que les questions légitimes sur le fond du texte restent sans réponse ?
Cellou Baldé, dans ses interventions, insiste sur la nécessité d’une « nouvelle ère institutionnelle ». Mais à quel prix ? Et pour qui ? Le texte proposé offre une impunité présidentielle masquée sous des formulations juridiques ambiguës (comme le fameux « exercice régulier des fonctions »), réduit les contre-pouvoirs, et pérennise de fait le pouvoir du CNRD sous un vernis pseudo-démocratique.
Le syndrome guinéen : quand l’opposition se recycle dans l’ordre établi
Cellou Baldé n’est pas un cas isolé. La Guinée traverse une crise morale de sa classe politique. L’engagement devient un tremplin pour obtenir un poste, un visa ou une rente. La majorité de ceux qui ont crié « démocratie » hier servent aujourd’hui d’alibi à un pouvoir autoritaire en quête de légitimité populaire.
Ce retournement, ce recyclage, n’est pas sans conséquences : il désarme la jeunesse, démobilise les militants sincères, et alimente le cynisme populaire. Les gens se disent : « à quoi bon voter, protester, se battre, s’ils finissent tous par retourner leur veste ? »
Entre lucidité et trahison
La visite de Cellou Baldé à Labé dans le cadre de la campagne pour le référendum constitutionnel est une page de plus dans l’histoire désolante de la politique guinéenne. Ce n’est pas un événement isolé, mais un symptôme d’un mal plus profond : la trahison des valeurs au nom du pragmatisme politique.
L’histoire jugera. Et si les noms des dissidents recyclés disparaissent, ceux des vrais résistants emprisonnés, exilés, ou réduits au silence demeureront dans la mémoire collective.
La Constitution qu’on tente aujourd’hui d’imposer par une campagne de propagande maquillée en sensibilisation n’est pas un texte de rupture, mais de continuité. Et chaque visage connu de l’opposition qui en devient le promoteur ne fait qu’ajouter à l’hypocrisie ambiante.
— conakrylemag




